Dossier collectif IA61002504 | Réalisé par
Maillard Florent (Contributeur)
Maillard Florent

Chercheur associé au Parc naturel régional du Perche depuis 2011, en charge de l'étude et de la valorisation du patrimoine bâti.

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  • enquête thématique régionale, architecture rurale du Parc naturel régional du Perche
les maisons et les fermes de la commune déléguée de La Lande-sur-Eure
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général
  • (c) Parc naturel régional du Perche

Dossier non géolocalisé

  • Dénominations
    maison, ferme
  • Aires d'études
    Parc naturel régional du Perche
  • Adresse
    • Commune : La Lande-sur-Eure

Parmi les 98 édifices repérés (25 fermes, 43 maisons et 30 bordages), 10 ont été sélectionnés pour l’étude (soit 6 fermes et 4 maisons de maître) et font l’objet de 9 dossiers (au 1 rue de l’Étang, la maison de maître dite château de La Lande et la ferme qui en dépend sont regroupées en un seul dossier) ; deux dossiers d’ensemble, un de type « écart » au Chêne d’Auvilliers et le village de La Lande regroupent les maisons et les fermes de ce hameau et du bourg.

Au sein d'un plateau à dominante bocagère, les deux grands massifs forestiers qui enserrent la commune – la forêt de Longny à l’ouest et au sud-ouest, et la forêt de La Ferté-Vidame au nord – occupent environ 40% du territoire communal. À l’exclusion des zones forestières, l’habitat se trouve dispersé sur l´ensemble de la commune qui compte environ 30 lieux-dits dont une dizaine de fermes, maisons et moulins isolés et une vingtaine de hameaux dont le plus important est le Chêne d’Auvilliers avec 28 maisons et fermes repérées.

N°6 le Chêne d’Auvilliers : vue générale d’un bordage.N°6 le Chêne d’Auvilliers : vue générale d’un bordage.

Une terre de polyculture et d’élevage

La Lande-sur-Eure se situe sur un plateau assez élevé pour le Perche, d’altitudes comprises entre 220 m au fond de la vallée de l’Eure au sud et 285 m au nord-est en bordure de la forêt de La Ferté-Vidame. Les sols sont en général assez acides et hydromorphes, plus adaptés à l’élevage qu’à la culture de céréales. Pour autant, de nombreuses parcelles sont aujourd’hui exploitées en culture, à l’ouest du village notamment, ainsi que dans un secteur compris entre Huchepie, la Goulvendrie et la Louvetière. Sur les parcelles les plus proches des cours d’eau, plus humides, les pâturages dominent et les haies sont parfois conservées, comme au sud des Tégnères. Enfin, plusieurs élevages de chevaux, essentiellement des trotteurs, se sont développés sur la commune depuis les années 1970-1980, au Manoir, à la Gandonnière et au Chêne d’Auvilliers. Bien visibles sur les vues aériennes, leurs pistes de trotteurs marquent le territoire.

La Fortinière : vue d’ensemble de la ferme à cour ouverte.La Fortinière : vue d’ensemble de la ferme à cour ouverte.

Définition des familles d’édifices

Il est parfois difficile de distinguer la ferme de la maison du fait des remaniements successifs et de l’abandon, parfois ancien, de l’activité agricole. Pour les fermes, l’exploitation agricole – en polyculture et élevage jusqu’à l’après-guerre – nécessite la présence de dépendances servant, soit à abriter le bétail, soit à stocker le fourrage et les céréales récoltées. Le commanditaire (ou le locataire) de la ferme tire son revenu de la vente de sa production agricole. La maison se distingue par l’absence de dépendance agricole significative. Son occupant tire son revenu d’une (ou plusieurs) autre(s) activité(s). Il peut être journalier (louant ponctuellement ses bras aux fermes proches lors des labours, aux « usines » métallurgiques et verreries du secteur et/ou aux exploitants forestiers) ou artisan (activité liée au bois (bûcheron, scieur de long, fendeur, charbonnier, sabotier, etc.), à la construction (maçon, charpentier, menuisier, etc.). Le bordage constitue l’échelon intermédiaire entre la maison et la ferme. Sous l’Ancien Régime, et tout au long du 19e siècle, le bordager est un paysan, indépendant ou locataire, qui pratique une agriculture de subsistance. Il ne dispose que d'une ou deux dépendances agricoles, lui permettant de posséder des poules, un cochon, une ou deux vaches et parfois un cheval.

Repères historiques

N°2 rue de l’Étang : maison d’artisan à atelier.N°2 rue de l’Étang : maison d’artisan à atelier.Les maisons se situent au village de La lande pour 13 d’entre elles. Les 30 autres se trouvent au sein des hameaux, notamment au Chêne d’Auvilliers qui en regroupe 7. Une maison pourrait dater du 17e siècle, à la Thibaudière, 5 du 18e siècle au Coudray, à la Chevalerie, à la Duretière, à la Furetière et au bourg (n°1 rue de la Forêt), comme tendent à le montrer plusieurs caractéristiques architecturales : la pente de toit, plus faible que pour les édifices antérieurs mais plus forte qu’au 19e siècle, les murs maçonnés en moellons de silex enduits d’une épaisseur comprise entre 45 et 55 cm, l’emploi d’une brique non calibrée pour les encadrements d’ouvertures et les chaînages d’angle, etc. Les autres maisons datent du 19e siècle, parfois construites (ou reconstruites) après le passage du géomètre du premier cadastre daté de 1831.

Les bordages suivent la même implantation que les maisons rurales, au sein de hameaux de moyenne à grande importance. Deux édifices pourraient dater du 17e siècle (à la Goulvendrie et au village : n°9 rue de l’Église) comme tend à l’indiquer leur volume général, leur forte pente de toit et la présence de pan de bois, parfois à l’état de vestige. Cinq bordages pourraient dater du 18e siècle (leurs caractéristiques architecturales étant similaires à celles des maisons de la même période). On les retrouve notamment au Chêne d’Auvilliers, à Launay, à la Louvetière, à La Broudière et à l’Orfrignère. Deux datent certainement de la fin du 18e siècle ou du début du siècle suivant (au Chêne d’Auvilliers et aux Encloses). Il a été comptabilisé 21 bordages construits, ou reconstruits, au 19e siècle et au début du siècle suivant.

Seules deux fermes se situent au village de La Lande, la ferme du château de La Lande et celle située au sud du village, aujourd’hui divisée en deux maisons (n°4 rue de l’Eure et n°2 rue du Lavoir). Les autres fermes sont isolées pour neuf d’entre elles, soit plus du tiers du corpus, ou implantées au sein des hameaux. Les fermes isolées se répartissent sur l’ensemble du plateau et ont une origine seigneuriale, relevant du domaine de La Lande, ou monastique. Certaines sont de dimensions importantes et remontent au 17e siècle, agrandies aux 18e et 19e siècles en lien avec le développement de l’élevage à l’époque contemporaine. Six fermes pourraient dater du 17e siècle, en ce qui concerne les parties les plus anciennes souvent construites en pan de bois, comme à la Chevalerie, au Vieux Village, au bourg (n°2 rue du Lavoir), au Moulin de La Lande et à Huchepie. Près de la moitié des fermes (12 au total) date du 18e siècle, correspondant probablement pour nombre d’entre elles à des reconstructions in situ. Sept fermes datent du 19e siècle, période à laquelle toutes les fermes sont remaniées et/ou agrandies. Certaines fermes ont connu un développement industriel dans la 2e moitié du 20e siècle avec la construction de hangars et de stabulations.

La Cochonnerie : ferme à cour ouverte à deux bâtiments en « L ».La Cochonnerie : ferme à cour ouverte à deux bâtiments en « L ».

Plusieurs dates, chronogrammes portés sur l’œuvre ou mentionnés dans des matrices cadastrales, attestant de constructions ou de remaniements, ont été relevées : 1824, 1837, 1847, 1858, 1873, 1880, 1883, 1890, 1905 (2 fois), 1907, 1909, 1923, 1948.

Commanditaires

Sous l’Ancien Régime, période d’intense construction de fermes et de maisons, le territoire paroissial est divisé en deux fiefs principaux, celui de La Lande et celui de La Lande – Marsolière (ce dernier apparaissant toutefois assez tardivement dans la documentation, à partir du 16e siècle). Son bailliage dépendait directement de celui de Feillet, sis en la paroisse voisine du Mage. L’autre fief, celui de La Lande, dépendant du marquisat d’Aligre dès 1630, comprenait à la veille de la Révolution les fermes du Vieux Village, des Tégnères, du Manoir, de la Lèverie, de la Fortinière ainsi que le Moulin de La Lande. Le fief de la Moinerie était sous l’influence d’une seigneurie ecclésiastique, celle de l’abbaye royale Notre-Dame du Val d’Arcisses sise en la paroisse de Brunelles (commune nouvelle d’Arcisses en Eure-et-Loir). À l’exception de cette dernière dont les bâtiments subsistants sont, en grande majorité, postérieurs à la Révolution, les fermes citées précédemment conservent des bâtiments (tout ou partie) des 17e et 18e siècles. Les commanditaires de ces constructions (ou reconstructions) sont donc les seigneurs, laïcs ou ecclésiastiques.

Consécutivement à la nationalisation des biens seigneuriaux à la Révolution, un important domaine agricole se développe dès la fin du 18e siècle, tenu par une famille bourgeoise de marchands drapiers originaires de Chartres, les Levassor de Sazeray, qui reconstruisent et agrandissent la maison de maître du village dite le château de La Lande et acquièrent les fermes du Vieux Village, du Manoir, de la Tasse, de la Thibaudière, ainsi que la maison de maître de la Duretière. Excepté ces quelques fermes et maisons de maître, les bordages et maisons de hameaux sont en très grande majorité construites (ou reconstruites) aux 18e et 19e siècles par la paysannerie, vivant de l’élevage de bestiaux et de l’artisanat du bois. Au moment de la création du cadastre, en 1831, le calcul de l’impôt se faisait suivant le nombre de portes et fenêtres dont disposaient les maisons. La part importante d’édifices ne disposant que d’une unique ouverture, la porte, reflète une pauvreté certaine de la population locale.

Structure et composition d´ensemble

La Marsolière : muret, grille et portail d’accès à la ferme à cour fermée.La Marsolière : muret, grille et portail d’accès à la ferme à cour fermée.Parmi les 25 fermes repérées, seules quatre disposent d’une cour fermée par des murets de clôture (au village au n°1 rue de l’Étang, au Chêne d’Auvilliers n°9, à la Marsolière et à la Maréchalerie). Aucune ferme ne dispose d’un logis indépendant, qui ne soit pas attenant aux dépendances agricoles. Quatre fermes sont de type « bloc à terre » simple, un bâtiment abritant sous un même toit le logis et les dépendances. La laiterie est souvent placée en façade postérieure, orientée au nord en général, et la voûte du four se situe le plus souvent sous un appentis contre le pignon et accolée au toit à porcs. La majorité des fermes dispose d’au moins deux ou trois bâtiments (jusqu’à cinq pour les plus grandes) se faisant face ou répartis en « L », en « U » ou en « O » autour d’une cour ouverte. Le bâtiment principal abrite, sous un même toit ou dans des corps de bâtiments juxtaposés, dont les volumes peuvent varier, le logis, le cellier, l’écurie, l’étable et le toit à porcs. En face, ou perpendiculaire au premier, le second bâtiment sert de remise ou de grange, étable, écurie ou bergerie. Deux fermes, au Vieux Village et à la Marsolière, disposent de grange dite à porteau. Datant du 19e siècle, ces auvents, plus répandues en Beauce et dans le Berry, servaient d'abris pour les travaux agricoles (battage du grain).

Le logis des fermes est en rez-de-chaussée, surélevé dans un cas (au Manoir). Le sous-sol argileux et hydromorphe ne permet pas (ou peu) la présence d’une cave enterrée ou semi-enterrée sous le logis. Aucune ferme ne dispose d’un logis à un étage carré.

A l’instar des logis de ferme, les maisons et les bordages sont en rez-de-chaussée, à l’exception de six maisons qui disposent d’un étage carré, au bourg et à la Duretière. En sus d’un étage carré, la maison de maître dite château de La Lande s’élève sur un étage de comble supplémentaire. Les maisons élémentaires et les bordages disposent d’une ou deux pièces à vivre juxtaposées, la salle (avec cheminée) et une chambre (parfois sans feu). Les dispositions des maisons de notable, construites au 19e siècles, sont comparables à celles des bourgs environnants comme celui de Longny : plan symétrique d’inspiration classique, travées d’ouvertures, entrée centrale donnant sur l’escalier, etc.

Matériaux et mises en œuvre

Le Moulin de La Lande : mise en œuvre en pan de bois d'une dépendance d'une ancienne ferme.Le Moulin de La Lande : mise en œuvre en pan de bois d'une dépendance d'une ancienne ferme.

Pour les bâtiments les plus anciens, les murs sont en pan de bois hourdé de torchis. Cette structure, qui peut ne concerner que les murs gouttereaux, repose sur un solin maçonné en moellons de silex. Le torchis est protégé par un enduit de chaux et de sable local.

Le Moulin de La Lande : vue de détail d’un chaînage d’angle où alternent la pierre de taille de grison et des rangs de terres cuites (briques ou tuileaux).Le Moulin de La Lande : vue de détail d’un chaînage d’angle où alternent la pierre de taille de grison et des rangs de terres cuites (briques ou tuileaux).

La nature du sous-sol, pour l’essentiel des argiles à silex, donne des mises en œuvre assez homogènes. Le silex, obtenu en dépierrant les champs, est largement employé sous forme de moellons dans les parements des murs. Il peut être mis en œuvre avec des moellons de grison. Ce poudingue, aussi bien disponible dans les sous-sol forestiers que des champs cultivés, est composé d’éclats de silex pris dans une gangue ferrugineuse. D’aspect sombre et granuleux, le grison est également utilisé sous forme de pierres, grossièrement taillées, pour former les chaînages d’angle et, plus rarement, les encadrements des baies, en alternance avec de la brique.

Dépendance à l’extrémité ouest du village : mise en œuvre en moellons de silex, encadrements de baies en brique.Dépendance à l’extrémité ouest du village : mise en œuvre en moellons de silex, encadrements de baies en brique.

La brique, tout comme la tuile plate, se généralise dans les constructions rurales dès le 18e siècle. Il semble cependant qu’elle soit présente antérieurement, dès la seconde moitié du 17e siècle. Elle est employée dans les chaînages d’angle, les encadrements d’ouvertures, les bandeaux séparant parfois les niveaux d’élévation, les corniches et les souches de cheminée. Non calibrée jusqu’au milieu du 19e siècle, période à laquelle la maîtrise des cuissons permet la création de modules bien définis, la brique est cuite dans les tuileries-briqueteries implantées sur les territoires des communes voisines.

Remise au sud du village : mise en œuvre en bauge du mur postérieur.Remise au sud du village : mise en œuvre en bauge du mur postérieur.

La terre est également utilisée crue pour la réalisation des parements des murs des maisons et des dépendances. La mise en œuvre des murs en bauge, qui datent du 18e siècle et de la première moitié du siècle suivant, concerne les maisons et les bordages des hameaux de la partie orientale de la commune déléguée, surtout au Chêne d’Auvilliers.

Les murs sont traditionnellement couverts d'un enduit plein à base de chaux aérienne et de sable local donnant une palette de couleur variant du jaune à l’ocre. Ces sables, également utilisés dans la proto-industrie du verre au 17e siècle, étaient extraits localement sans que l’on sache précisément où – à proximité des Tégnères et de la Fortinière –, sont là où se trouvaient les verreries.

Couvertures

Les toits des maisons et des fermes sont à longs pans (brisés dans un seul cas, au château de La Lande) et plus rarement à croupes, observées notamment au bourg, à Huchepie, au Champ Martin au Coudray et à la Lèverie. Les couvertures sont en grande majorité en tuile plate cuite, comme les briques, dans les tuileries-briqueteries des communes voisines.

Certains bâtiments agricoles – les hangars le plus souvent – sont couverts en tôle ondulée (la Duretière, la Moinerie, les Tégnères). L’usage de l’ardoise touche uniquement les édifices du bourg à partir de 1850, facilité par le développement des transports notamment ferroviaire.

Conclusion

L´architecture rurale de la commune déléguée de La Lande-sur-Eure a connu de nombreux remaniements au gré de l'évolution des manières d'habiter et de la mécanisation de l'agriculture. Derrière une homogénéité de façade (stéréotype de la petite maison rurale aux murs enduits et aux encadrements de baies et chaînages d’angle en brique et couverte d'un toit en tuile plate) se cache une certaine diversité du bâti de la commune, tant au niveau des usages que des matériaux de construction. L’activité agricole y est modeste, souvent exercée en complément d’un artisanat lié à l’exploitation de la forêt. L'abondance des reconstructions, des remaniements et des extensions de dépendances agricoles témoigne cependant du développement de l'agriculture, qui connaît son apogée entre le milieu du 19e siècle et le premier quart du 20e siècle.

Le bourg, le Chêne d’Auvilliers, la Fortinière, le Manoir, la Marsolière, la Moinerie et les Tégnères conservent les éléments les plus significatifs du bâti rural de la commune.

  • Période(s)
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine
  • Toits
  • Décompte des œuvres
    • repérées 98
    • étudiées 10

Bibliographie

  • FISCHER, Roger. Les maisons paysannes du Perche. Paris : Eyrolles, Maisons paysannes de France, 1994.

  • MAILLARD, Florent (dir.), BILLAT, Hélène (dir.), MERRET, Patrick (phot.), LAMORLETTE, Vanessa (phot.). Architectures du Perche. Lyon : Lieux-dits, 2018. 192 p.

Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Parc naturel régional du Perche
(c) Région Normandie - Inventaire général
Maillard Florent
Maillard Florent

Chercheur associé au Parc naturel régional du Perche depuis 2011, en charge de l'étude et de la valorisation du patrimoine bâti.

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