Dossier d’œuvre architecture IA61002517 | Réalisé par
Maillard Florent (Contributeur)
Maillard Florent

Chercheur associé au Parc naturel régional du Perche depuis 2011, en charge de l'étude et de la valorisation du patrimoine bâti.

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  • enquête thématique régionale, architecture rurale du Parc naturel régional du Perche
ferme, actuellement maison
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général
  • (c) Parc naturel régional du Perche

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Parc naturel régional du Perche - Tourouvre
  • Commune La Lande-sur-Eure
  • Lieu-dit la Fortinière, La Lande-sur-Eure
  • Cadastre 1831 C 116, 117, 118, 119  ; 2025 220 ZD 64
  • Précisions Longny-les-Villages
  • Dénominations
    ferme
  • Destinations
    maison
  • Parties constituantes non étudiées
    cour, étable, écurie, bergerie, fournil, puits, toit à porcs, remise, grange

Une verrerie est attestée à la Fortinière au 4e quart du 17e siècle. Suite au déclin d’un établissement similaire, situé aux Tégnères (sises à La Lande-sur-Eure), Josias de Brossard et son épouse, Anne de Mathieu, obtiennent le 31 décembre 1677 du marquis d’Aligre le bail de la métairie de la Fortinière avec l’autorisation de « construire une halle et ung autre petit bastiment proche ycelle pour servir de sandrier […] avec ung four […] propre à fere des verres […] de telle fabrication qu’ils adviseront bon estre ».

Quelques années plus tard, la présence de nombreux gentilshommes verriers – des cousins de Josias de Brossard formés dans des établissements normands et même de contrées plus lointaine comme la Picardie – montre la notoriété de la verrerie de la Fortinière. Cette dernière exploite une veine de sable quartzeux très pur dit sable de Nemours (ou sable de Fontainebleau), très approprié pour cette activité. Les décès de Josias de Brossard et d’Anne de Mathieu, survenus en 1703 et 1705, mettent vraisemblablement un terme aux activités de la verrerie, dont il n’est plus fait mention par la suite.

Le cadastre de 1831 et la microtoponymie des matrices cadastrales n’en font pas non plus mention. De même, aucune trace de l’établissement n’est visible dans l’architecture. La carte archéologique de la Gaule fait toutefois mention, à l'occasion d'un terrassement effectué en 1976, de la découverte fortuite, à la Fortinière, d'objets (fragments de sole de four, débris d'objets en verre, déchets de verre) pouvant provenir de la destruction d'un atelier de verrerie.

Une petite ferme est attestée au 3e quart du 18e siècle à la Fortinière sur la carte de Cassini, dépendant d’Étienne François d’Aligre (1727-1798), comte de Marans puis marquis d’Aligre, premier président du parlement de Paris. Émigré à la Révolution, ses biens sont en partie vendus comme biens nationaux. Concernant la Fortinière, le bien est qualifié de « petit bordage de la Fortignaire sous fermier Jacques Gautier ». Seule une partie des terres est alors vendue à Jean Bouneau et Claude Boulanger, le 28 floréal an II (17 mai 1794).

Sur le plan cadastral de 1831, la ferme est divisée en deux propriétés : l’une appartenant à Thomas Lhermitte (1779-1870), propriétaire cultivateur, l’autre à Étienne Marie Charles de Pomereu d’Aligre, marquis d’Aligre (1813-1889) et petit-fils d’Étienne François d’Aligre. Il faut attendre la fin du 19e siècle pour que les deux propriétés soient réunies par Julien Louis Léon Norture (1849-1922), propriétaire cultivateur à la Fortinière, qui la transmet à son fils, Jules François Elie Norture (1872-1934). Pour autant, deux familles cohabitent jusqu’en 1922, date à laquelle le logis, qui devait probablement se situer au centre du bâtiment d’exploitation sud, est converti en bâtiment rural.

Concernant les bâtiments, le logis, au centre de la ferme, pourrait dater du 18e siècle (voire avant) mais sa rénovation de la seconde moitié du 20e siècle limite son analyse. Un cloisonnement en pan de bois hourdé en torchis séparait initialement les pièces, plaidant pour une construction antérieure à la Révolution (tout comme le volume général du bâtiment).

Le bâtiment d’exploitation sud, qui comprend plusieurs corps de bâtiment alignés, remonte également au 18e siècle, en ce qui concerne la partie centrale et la partie est où subsistent des vestiges de pan de bois hourdé en torchis en façade postérieure. Il est prolongé de deux écuries à l’ouest au 4e quart du 19e siècle. À la même période ou légèrement plus tard, une vaste grange est construite au nord de l’ensemble. Ces deux constructions nouvelles sont probablement imputables à Julien Norture et/ou son fils Jules.

Au 4e quart du 20e siècle, la ferme se spécialise dans l’élevage ovin (viande et laine de mouton) avec la construction de hangars et d’une grande bergerie au nord-est de la grange préexistante.

  • Période(s)
    • Principale : 18e siècle
    • Principale : 4e quart 19e siècle
    • Principale : 1er quart 20e siècle
    • Secondaire : 4e quart 20e siècle
  • Auteur(s)

La ferme de la Fortinière se situe à environ un kilomètre et demi au nord-est du village de La Lande-sur-Eure, au sein d’un petit hameau comprenant également une maison placée à l’est, de l’autre côté du chemin d’accès. Elle comprend trois bâtiments, dont deux organisés de manière perpendiculaire et le troisième au nord des deux premiers.

Le bâtiment d’habitation, en rez-de-chaussée surélevé, possède une façade principale orientée à l’ouest. Il abritait sous un même toit le logis (salle et chambre) et une ancienne dépendance (étable ou écurie ?) devenue habitation. Un appentis est accolé au pignon nord servant initialement à abriter la voûte du four à pain (détruite) et un ancien toit à porcs.

En retour d’équerre, au sud, se situe le bâtiment d’exploitation consistant en un alignement de dépendances (étables, écuries, bergeries pour l’essentiel). Au centre, se trouvait l’ancien logis, dont aucune trace visible de l’habitation subsiste (cheminée et souche démontée, chevêtre non visible dans le plancher).

De dimensions importantes, la grange occupe la partie nord de la ferme. Un mur de refend divise le bâtiment en deux espaces accessibles par de grandes portes charretières.

Les murs sont en moellons de silex et, de manière sporadique, de grison couverts d’un enduit plein (bâtiment d’habitation) ou à pierre vue, à l’exception de la partie est du bâtiment d’exploitation, où subsistent des vestiges de pan de bois hourdé en torchis. Les encadrements des baies sont en brique, ainsi que quelques chaînages d’angle, majoritairement en moellons de silex. Les toits à longs pans sont couverts en tuile plate.

  • Murs
    • silex moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
    • grison moellon enduit
    • torchis pan de bois
  • Toits
    tuile plate
  • Étages
    en rez-de-chaussée surélevé
  • Couvertures
    • toit à longs pans
  • État de conservation
    bon état
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

L’histoire assez bien connue de cette ferme, où une verrerie était active à la fin du 17e siècle (aucun vestige identifiable), la conservation des anciens bâtiments d’exploitation et la vaste grange du tournant du 20e siècle, trahissant un dynamisme agricole à cette période, en font un édifice d’intérêt patrimonial à l’échelle de la commune déléguée.

Documents d'archives

  • AD Orne. 3 P 3-220/1 => 3 P 3-220/6. La Lande-sur-Eure – matrices cadastrales (1831).

    Archives départementales de l'Orne, Alençon : 3 P 3-220/1 => 3 P 3-220/6
  • AD Orne. 1 Q 1351. La Lande-sur-Eure – archives révolutionnaires : vente des biens d'émigrés Chambon-Troussauville et Daligre (E.F.).

    Archives départementales de l'Orne, Alençon : 1 Q 1351
  • AD Orne. 3 NUM EC TD 220. La Lande-sur-Eure - état civil : tables décennales (1793-1942).

    Archives départementales de l'Orne, Alençon : 3 NUM EC TD 220
  • AD Orne. 3 NUM EC EC 220. La Lande-sur-Eure - état civil : naissances, mariages et décès (1793-1942).

    Archives départementales de l'Orne, Alençon : 3 NUM EC EC 220
  • AD Orne. 3 NUM LN 220/M1505_08. La Lande-sur-Eure : listes nominatives des recensements de population (1901).

    Archives départementales de l'Orne, Alençon : 3 NUM LN 220/M1505_08
  • AD Orne. 3 NUM LN 220/M1505_12. La Lande-sur-Eure : listes nominatives des recensements de population (1926).

    Archives départementales de l'Orne, Alençon : 3 NUM LN 220/M1505_12
  • AD Orne. 3 NUM LN 220/520W34_24. La Lande-sur-Eure : listes nominatives des recensements de population (1946).

    Archives départementales de l'Orne, Alençon : 3 NUM LN 220/520W34_24

Bibliographie

  • BERNOUIS, Philippe. Carte archéologique de la Gaule. Pré-inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel Provost. Paris : Fondation Maison des sciences et de l'homme, 1999, 249 p.

    p. 148
  • GUILLEMIN, Denis (dir.), LÉGER, Christian (dir.), SIGURET, Philippe (dir.), FERNON, Jean-Paul (dess.), COMMENCHAL, David (phot.). Nouvel armorial du Perche, Perche-Gouet et confins. Perche-en-Nocé : la Mésange Bleue Édition, décembre 2023. 913 p.

    p. 167-168

Documents figurés

  • AD Orne. 3 P 2-220/1 => 3 P 2-220/8. La Lande-sur-Eure – plans cadastraux (1831).

    Archives départementales de l'Orne, Alençon : 3 P 2-220/1 => 3 P 2-220/8

Annexes

  • Notes tapuscrites de Matthieu Le Goïc (Archives départementales de l'Orne) compilant les informations collectées dans les archives (registres paroissiaux, archives notariales, etc.) sur la Fortinière à La Lande-sur-Eure.
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Parc naturel régional du Perche
(c) Région Normandie - Inventaire général
Maillard Florent
Maillard Florent

Chercheur associé au Parc naturel régional du Perche depuis 2011, en charge de l'étude et de la valorisation du patrimoine bâti.

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