A la demande et avec la collaboration du service du patrimoine du Département du Calvados, a été entrepris de 1994 à 1997 l'inventaire du mobilier et des objets du château de Pontécoulant, propriété du département du Calvados. Plus de cinq cents objets datés du XVIIe au XIXe siècle, offrant un bon aperçu de la variété du mobilier domestique d'un château français, ont été étudiés et photographiés (plus de 750 photographies)484 objets ont été étudiés ; les dossiers sont consultables sur la base de données Palissy du ministère de la Culture.
LES OBJETS
Caractéristiques de la collection :
Il est difficile d’étudier avec précision la provenance des objets présents au château de Pontécoulant. La consultation des sources est de peu de profit : les inventaires anciens ne mentionnent en effet les objets qu’en termes très vagues, trop vagues la plupart du temps pour les identifier sans ambiguïté. Ainsi, comment reconnaître un « Portrait du comte de Pontécoulant » parmi toutes les effigies des membres de la familles, qu’il s’agisse de peintures, dessins, gravures ou photographies ?
Parmi les meubles, on distinguait un ensemble de pièces exécutées au XVIIIe siècle, d’une grande qualité : sièges, secrétaires, armoires (...) portant la signature de maîtres renommés, ou se distinguant par une facture soignée. Dans les objets au contraire, on retrouve rarement le même degré de qualité. Parmi les œuvres antérieures à la Révolution, on mentionnera seulement quelques portraits de famille. Pas plus les inventaires anciens ou les documents photographiques du début du siècle n’attirent l’attention sur des pièces anciennes très importantes.
La grande majorité des objets conservés au château date en fait du XIXe siècle. Pas de chefs-d’œuvre, peu d’œuvres de très grande qualité. Les Pontécoulant n’étaient pas des amateurs : peu de peintures, parmi lesquelles essentiellement des portraits de famille, quelques dessins (portraits, souvenirs de voyage), des gravures, mais du tout-venant. Très peu de vaisselle ou d’orfèvrerie.
D’une façon générale, les objets se signalent également par un médiocre état de conservation : contrairement aux meubles, ils n’ont pas été restaurés. Beaucoup ont été longuement entreposés au grenier, dans des conditions défavorables : bien des cadres, dessins tableaux ont été retrouvés en lambeaux. Plusieurs ont été brisés, comme le service à café en porcelaine de Sèvres offert par l’impératrice Joséphine, dont on n’a retrouvé que les débris éparpillés.
Des catégories entières d’objets ont disparu et manquent aujourd’hui dans la présentation du château : la vaisselle (épaves dans la cuisine), le linge, les bougeoirs et bras de lumière, les chenets, certaines pendules.
Au moment du legs apparaissaient trois points forts :
- une collection de miniatures et de décorations familiales : Quelques dizaines de pièces, mentionnées dans l’inventaire du legs et visibles sur les photographies anciennes. Toutes ont disparu, semble-t-il pendant la dernière guerre. Il s’agissait de portraits de famille ou des souvenirs familiaux, datant principalement du début du XIXe siècle, pour une collection réalisée par les femmes, les Mimaut.
- les armes :
L’ensemble en était relativement important, constitué depuis la seconde moitié du XIXe siècle par les militaires de la famille, Philippe Gustave et Amédée Gustave de Pontécoulant. Ils collectionnaient surtout les armes de leur temps, mais l’on peut aussi observer deux fines épées de la fin du XVIIe siècle. Des cartes postales du début du siècle montrent des épées, des sabres de parade de qualité, malheureusement disparus à une date indéterminée. A noter également : des baïonnettes transformées en bougeoirs, en appliques, en râtelier, en candélabres, dont une partie a été dérobée pendant la seconde guerre mondiale.
- Les objets exotiques : Comme pour le mobilier, on distingue trois provenances : quelques rares objets russes, souvenirs du voyage de Jean-Gustave (ou Roger) ministre plénipotentiaire, en 1883, parmi lesquels une icône, un cadre ; d’autres objets, dont des coffrets en métal mentionnés dans le testament, ont été subtilisés. Une statue égyptienne a sans doute été acquise par Jean-François Mimaut, consul de France en Egypte. Enfin, des photos (l’Ecce Homo), des livres, des albums de gravures, le plan de la terre sainte en relief (1856) ? témoignent de l’époque où M. de Barrère était consul de France à Jérusalem. De même provenance, citons la série de carreaux en faïence d’Iznik qui, selon le testament de Mme de Barrère, proviennent de la mosquée de Jérusalem.
- Les souvenirs de la Cochinchine : Ce sont essentiellement des souvenirs d’Armand Gustave, qu’il avait sans doute installés dans sa garçonnière parisienne. Avec le mobilier, il s’agit d’une collection très complète d’objets rapportés d’Orient et d’autres réalisés ou montés à Paris (comme une paire de vases flambeaux en cuivre émaillé montés en flambeaux (fleurs) en France), pour compléter l’ensemble. Ces objets sont en général d’une belle qualité : panneaux à décor d’incrustations de nacre, vases en bronze, pendule, lanterne. Une série de socles en bois atteste l’existence d’une collection de potiches et de porcelaines sans doute importante à l’origine. Malheureusement, les objets proprement dit ont beaucoup souffert, plus que le mobilier. Plusieurs d’entre eux n’ont pas été retrouvés, et certains sont en mauvais état, notamment la lanterne et une peinture sur verre (brisée).
Quelques objets sont entrés au château au cours du XXe siècle : il s’agit essentiellement des portraits de la collection Landry : M. et Mme Landry et leur fille prématurément disparue, ainsi qu’un médaillon en plâtre
Analyse par type d’objets :
- la toilette :
Ce sont des objets de facture ordinaire, sauf deux ensembles, l’un en cristal, l’autre en porcelaine, datant de la seconde moitié du XIXe siècle. Tous deux sont malheureusement incomplets.
- l’écriture :
Un cachet à impression sèche ayant appartenu à Roger de Pontécoulant, le diplomate de la famille, mérite d’être signalé.
- le feu :
Les photos du début du siècle montraient des chenets du XVIIIe siècle, d’une indéniable qualité. Ne subsistent aujourd’hui que les chenets Louis XVI de la Chambre ...
- le luminaire :
A signaler un lustre en cristal du XVIIIe siècle, une lanterne lustre datant de la fin du XVIIIe siècle dans la salle à manger. Une intéressante lanterne en fer forgé se trouvait jadis dans la salle de billard. Aujourd’hui déposée dans le grenier, elle est fort rouillée et a perdu sa garniture de vitraux. Quant aux appliques anciennes, elles ont toutes disparu.
- les pendules :
Les pendules font partie des objets les plus intéressants conservés à Pontécoulant. Et encore, bon nombre d’entre elles semblent avoir disparu au cours de ce siècle, si l’on en juge par les inventaires et les photographies anciennes.
Signalons surtout : une pendule à portique de la fin du XVIIIe siècle, une pendule Empire, dont le mouvement a disparu, reconstituée à partir des éléments dispersés dans le château. Sur un document figuré du début du siècle, elle apparaît dans la chambre Louis XV. A remarquer encore : une pendule « retour d’Egypte » en loupe d’orme, ornée de deux sphinx, une pendule Louis-Philippe (Socrate) avec ses candélabres, provenant du tribunal de paix de Lisieux, une pendule sommée d’une Jeanne d’Arc en ronde-bosse exécutée au XIXe siècle, et , la plus spectaculaire, une pendule XIXe dans le goût de Louis XIV (Cf. rapport mobilier : 300 frs)., enfin une pendule en bronze orientale(lion), ramenée par Armand Gustave, dont le mouvement a été fabriqué à Paris.
- faïences et porcelaine (distinguer vaisselle/objets décoratifs)
A noter quelques vases français du début XIXe, mais la plupart d’entre eux sont ébréchés ou brisés. D’autres, un peu plus tardifs, ne présentent pas grand intérêt.L’ensemble le plus intéressant consistait en un service à café offert par Joséphine en 1803 au comte et à la comtesse de Pontécoulant, ;;;;;;; alors préfet de la Dyle, lors du voyage du 1er consul à Bruxelles. Ce service est réduit en débris.
Méritent encore l’attention quelques potiches chinoises et 2 en faïence de Delft, dont une transformée en lampe.
- Les cadres :
Ils datent surtout du XIXe siècle et, entreposés au grenier depuis des décennies, sont en mauvais état. A noter une série de cadres à décorations, ainsi qu’un beau cadre oriental. les armes;
De toutes les nationalités européennes (françaises, allemand, anglaises, italiennes). Voir plus haut.
- sculpture
Très peu d’œuvres sculptées, plutôt sans intérêt. Malgré tout, une statue égyptienne, le grand Apollon en plâtre début XIXe de la salle de billard, la maquette du monument exécuté par Bogino, mettant en scène une «soldat mourant dans les bras de la France »<; <enfin, une caricature : le comte Amelot par Dantan, en plâtre patiné. Sans doute devait-il y en avoir d’autres de la même série.
- objets divers :des chassis vitrés sont déposés au grenier. Montée à la fin du XIXe siècle dans les fenêtres de la salle de billard et de la salle à manger, les vitraux créaient une atmosphère particulière.
- les souvenirs liés aux Pontécoulant :Les portraits de famille constituent une part importante parmi les dessins, tableaux, photos , conservés au château. Un lot provenant de la fondation Landry à Dozulé représente M. Landry, sa femme et leur fille : une photo de la 1ère classe de la fondation, orphelinat créé à la mort de leur fille.
La plupart des portraits datent du XIXe siècle et figurent les derniers représentants de la famille Pontécoulant. A ceux-là il faut ajouter quelques portraits d’ancêtres ; 5 portraits datent des XVII-XVIIIe siècles : un portrait d’inconnue (ovale), 3 membres des de Lassay, les ancêtres maternels de la comtesse, avec surtout : un beau portrait de Léon Armand le Doulcet, marquis de Pontécoulant, en armure (il était lieutenant général des armées du Roi). le cadre porte l’estampille de L.A. Morizet.
Parmi les œuvres du XIXe siècle, un tableau de Perrin représentant le célèbre Gustave Le Doulcet de Pontécoulant en costume de sénateur. Egalement, un portait de son épouse la comtesse de Pontécoulant en robe Empire dans un décor solennisé à l’antique.Deux remarquables images de madame Mimaut mère : un portrait en pied découvert dans le grenier dans un piètre état de conservation. Sa grande qualité lui vaudrait bien d’être restauré.Par ailleurs un buste du même modèle, de format ovale.