Le naufrage de ce voilier fut une tragique méprise. A cette époque, les équipages se méfiaient de tout navire rencontré, de tout objet flottant. En général, les capitaines français ne tiraient pas s’ils n’avaient pas clairement identifié un ennemi.Mais ce ne fut pas le cas du commandant anglais du croiseur auxiliaire MANTUA, de la Peninsular & Oriental Cy, qui confondit le QUILLOTA avec le corsaire SEEADLER du commandant von Lückner.
Capitaine MAL Auguste CLC né le 30/12/1875 à Plourhan inscrit à Binic, Second ROPARS Louis CLC né le 09/10/1883 à Saint Quay-Perros inscrit à Lannion.
Le capitaine Mal venait de débarquer du trois-mâts ADOLPHE. C’est lui qui avait rencontré pour la dernière fois, à Mexillones, le capitaine Pireau, du GENERAL DE BOISDEFFRE, et avait reçu un tableau de ce voilier disparu corps et biens, torpillé par l’UC 70 de Werner Fürbringer. Auparavant il avait commandé le GERS. Louis Ropars était aussi un vétéran de chez Bordes et avait connu l’épreuve du feu. Il était second capitaine du CAMBRONNE quand celui-ci avait été arraisonné, justement par le SEEADLER de von Lückner, puis coulé par l’UC 72 d’Ernst Voigt.
Le 6 Octobre 1917 à 08 h 50 le QUILLOTA, qui a quitté Saint Nazaire pour Freemantle le 24 Septembre est au large du Portugal quand un très grand vapeur est aperçu sur l’arrière, approchant rapidement. Le capitaine Mal observe le navire qui lui parait de plus en plus suspect sous son camouflage. Du voilier français on ne distingue aucun signal, bien que l’officier de quart croit apercevoir sur l’inconnu un pavillon à hauteur de la vigie. Il en fait part au capitaine Mal qui pense lui aussi apercevoir quelque chose. Mais la distance et le roulis sont tels qu’il pense qu’il s’agit en fait de la vigie du vapeur. Il rentre dans la chambre de veille pour terminer ses écritures.
Soudain, l’officier de quart lui crie que l’on tire sur le QUILLOTA. Le capitaine Mal cherche à distinguer un signal quelconque, mais sans succès. Le vapeur était à 8000 ou 9000 m et l’observation très difficile en raison du vent arrière, d’une mer grosse et d’un très violent roulis. Il est convaincu qu’il s’agit d’un corsaire allemand, d’autant plus qu’il ne distingue aucun pavillon national. Il se résout alors à la défense et met chacun au poste de combat. Tandis que le pointeur approvisionne sa pièce, un second obus tombe, perçant le grand cacatois. Il donne l’ordre d’ouvrir le feu mais, par suite du roulis, le coup tombe trop court.Le quartier-maitre canonnier lui annonce alors que le vapeur vient de tirer un coup à blanc. Pensant à une méprise d’un navire allié, le capitaine Mal fait aussitôt cesser le feu et hisser le pavillon français.Questionné, le télégraphiste confirme n’avoir reçu aucun message. Il reçoit l’ordre d’envoyer un SOS dans le but de demander du secours et de signaler le nom de trois-mâts au vapeur inconnu. Le message reste sans réponse et les obus recommencent à pleuvoir. Alors que nos couleurs flottent au vent, le vapeur continue à tirer. Aucun doute, c’est bien un corsaire allemand.Le capitaine Mal fait venir sur bâbord pour mettre les deux pièces dans le champ de tir, réglé entre 7000 et 7500 m. Le tir se poursuit pendant trente minutes, avec la seule pièce de tribord qui ne risque pas de masquer les voiles. Toutefois, coque et gréement sont gravement endommagés et un incendie se déclare à l’avant du voilier. L’issue du combat apparait évidente pour tous.Le capitaine Mal fait alors cesser le tir et évacuer le navire. C’est au cours de cet abandon que le mécanicien Le Mentec est tué, écrasé le long du bord par la baleinière. Le QUILLOTA s’enfonce dans les flots tout de suite après l’abandon.
Les rescapés sont alors recueillis par le navire assaillant qui, à leur grande surprise, se révèle être le paquebot britannique MANTUA, armé en croiseur auxiliaire.
Lorsque le voilier français avait hissé son pavillon, il avait cru à une ruse d’Allemands. Le commandant anglais exprime tous ses regrets au capitaine Mal.Sur le MANTUA, six marins avaient été blessés, dont un très grièvement.Le 5 Décembre 1917, des excuses officielles furent présentées au ministre des Affaires Etrangères par le Foreign Office.
Chargé d'études à l'Inventaire général du patrimoine culturel depuis 1991. Ingénieur d'études (DRAC Haute-Normandie jusqu'à la loi de décentralisation), puis ingénieur et ingénieur principal, Région Normandie.
Spécialités : vitrail (correspondant du centre Chastel pour la Haute-Normandie), patrimoine rural, construction navale, patrimoine militaire (fortifications du mur de l'Atlantique dans le cadre du PCR mur de l'Atlantique), patrimoine aéronautique, patrimoines commémoratifs.