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La céramique industrielle dans le Bessin (Calvados) et le département de la Manche : les poteries

Dossier IA50003074 réalisé en 1989

Fiche

Œuvres contenues

État de la recherche et premiers résultats (1989)

Une première partie de l’enquête a été consacrée à la collecte des documents (deux mois et demi à temps complet). Ce travail visait tout d’abord à identifier les centres potier afin d’orienter le dépouillement des cadastres.

Bibliographie et sources

Pour ce faire, nous avons fait appel à plusieurs sources. Le repérage des macrotoponymes révélateurs (« La Poterie », etc.) sur les cartes IGN au 1:25 000e a été effectué. En outre, la consultation des cartes géologiques à 1:80 000e et 1:50 000e, en permettant la localisation des formations argileuses, a aidé à définir des zones potentielles d’implantation des industries céramiques, poteries, tuileries et briqueteries confondues. En général, les ateliers ont été disposés à proximité des ressources en combustible (forêt) et en argile ; toutefois le centre potier de Ger était éloigné d’une quinzaine de kilomètres de son lieu d’approvisionnement en « terre à pots ». De plus l’examen systématique de la bibliographie disponible (utilisation d’importants fichiers thématiques au CRAM et au Musée de Normandie à Caen) a participé au répertoire des sites et des centres de production. Une fois la macrolocalisation des centres potiers établie, nous avons cherché à les documenter.

Dans cette phase, la bibliographie a été encore mise à contribution. Les ouvrages d’érudits du XIXe siècle, « Essai sur la topographie géognostique du Calvados » (de Caumont, 1829) ou « Études géographiques et historiques du département de la Manche (de Gerville, 1854) apportent des renseignements généraux sur l’économie de la région et quelques informations sur la céramique. Plusieurs articles de l’Annuaire Normand traitent du sujet. Par exemple, M. Morière (« Essai sur la poterie de Noron, 1847) et G. Villers (« La poterie de Lison, 1843), informent quelques-uns des principaux centres potiers du Bessin.Les Annuaires de la Manche (série continue depuis 1839) et du Calvados (série continue depuis 1829) ont été méthodiquement dépouillés. Plusieurs études universitaires (mémoires de maîtrise) ont été menées sur les centres potiers de Saussemesnil, Vindefontaine, Noron-le Tronquay et Ger. De nombreux articles ont été écrits sur le centre potier de St-Jacques-de-Néhou.

Des centres secondaires ou en déclin très tôt au XIXe siècle n’ont fait l’objet que d’articles isolés (cas de Lison) ou de mentions succinctes chez tel ou tel auteur (ex : Cartigny-l’Épinay, Moon-sur-Elle, la Chapelle-en Juger, Brouains). En général, les produits sont mieux renseignés que les techniques et les cadres de production.

Sources archivistiques

Les archives ont été largement sollicitées.

L’étude des poteries du département de la Manche a principalement reposé sur des sources imprimées (Statistiques de la France, etc.) et sur les archives déposées dans les mairies (cadastres, patentes, dénombrements, enquêtes industrielles). En effet, les archives départementales de la Manche, dont les fonds ont été détruits en 1944, sont aujourd’hui soit des inventaires imprimés de séries détruites (La série H offre quelques éléments intéressants les poteries), soit de rares épaves, en particulier pour les séries M et Z (Pour la série Z, on notera des documents concernant le centre de Ger (Sous-préfecture de Mortain).

Cette faiblesse des archives ne se retrouve pas pour le Bessin. Ainsi les archives départementales du Calvados offrent plusieurs séries utilisées pour notre enquête. Tout d’abord, la série C donne des renseignements plutôt qualitatifs sur les centres potiers comme Ger ou Vindefontaine (C 2918). Des projets d’implantation de faïenceries ne sont pas sans intérêt (C 2881).

C’est surtout le dépouillement des séries contemporaines (M, P, S et Z) qui a été fructueux.

La série M est particulièrement riche. Entre autres, les liasses M 8614, 8625, 8628, 8633 à 8644, 8646 et 8647 permettent de reconstituer, par des données statistiques, l’évolution de l’activité potière du Bessin durant tout le XIXe siècle. La statistique industrielle et manufacturière de 1811 (M 8635) ne recensait que 19 établissements potiers dans l’arrondissement de Bayeux, alors qu’une cinquantaine d’années plus tard, il en était dénombré deux fois plus. Si la statistique est parfois lacunaire pour le début du XIXe siècle, nous disposons, à partir du milieu du XIXe siècle, d’états statistiques trimestriels et mensuels. Ces données statistiques doivent toujours être prise avec beaucoup de prudence. Des erreurs de désignation des établissements peuvent apparaître : dans les sources statistiques de la fin du XIXe siècle, deux établissements tuiliers et producteurs de tuyaux de drainage situés au Breuil-en-Bessin ont été en permanence portés à la rubrique poteries, tandis que trois véritables exploitations potières de Lison sont inscrites dans le chapitre tuileries.Par ailleurs, les poteries isolées ou peu nombreuses dans un centre ne sont pas prises en compte (Lison, Cartagny-l’Épinay ou Jurques). La série M contient d’autre part les listes nominatives bien utiles pour établir des listes d’exploitants potiers.

Dans cette série M, nous disposons d’un nombre restreint de dossiers d’établissements autorisés (M 4275, 4278, 4304 et 4306) : en effet les fours à pots entraient dans la catégorie des établissements insalubres. Si ‘on considère les listes d’établissements insalubres dans le département du Calvados, pour la période 1842 à 1886 (M 4291 et 4292), sur un nombre de 60 autorisations accordées à des usines céramiques, seulement quatre concernaient des poteries, dont une seule poterie dans le Bessin.

Là, comme d’ailleurs dans les documents cadastraux et les statistiques industrielles, les créations nouvelles de fours à pots et de poteries sont loin d’être toutes prise en compte. Ces lacunes montrent l’ambiguïté économique d’une activité fondée principalement sur des structures de production artisanales qui engendrent malgré tout des courants de commercialisation véritablement industriels.

Quelques rares données concernant la matière première que constitue l’argile peuvent être extraites dans les séries S et F. D’après les états des carrières de 1856 (S 1315), 1864 (F 7083) et 1881-1882 (S 1305), les principaux lieux d’extraction sont alors circonscrits dans les communes du Tronquay, au lieu-dit la Tuilerie, de Noron et à Cartagy-l’Épinay.

Les archives du service des mines (bureau de Caen) mettent à notre disposition des enquêtes du XXe siècle qui indiquent un déplacement des lieux d’extraction de ces communes à forte tradition potière, après un certain épuisement des gisements, vers des communes voisines (Campigny, Saonnet, Bernesq).

Des informations statistiques et des données plus qualitatives (correspondances) ont été glanées dans la série Z : pour l’arrondissement de Bayeux, la documentation est relativement réduite (Z 347, 317, 598 et 909). Les registres des patentes, classées dans la série P informent de façon somme toute partielle les établissements quant à leurs moyens de production. Pour l’arrondissement de Bayeux, les rôles et les matrices des patentes ne commencent que vers 1880 et les listes sont souvent amputées de plusieurs feuillets. Les exploitations potières étaient modestes (1 ou 2 ouvriers) et rarement mécanisées, même à la fin du XIXe siècle (utilisation des malaxeurs à bras). On notera ici pour mémoire une source essentielle sur laquelle nous allons revenir : les cadastres classés en 3P permettent d’esquisser une histoire de la propriété et du bâti et de cartographier les poteries.

La série 9E, archives communales, donne quelques renseignements complémentaires aux séries P et M : listes de patentés, listes électorales aux tribunaux de commerce, registres des livrets ouvriers. Des sondages effectués dans les registres de délibération des conseils municipaux du Tronquay et de Noron n’ont rien donné. La consultation de la série L, période révolutionnaire, s’est avérée particulièrement décevante, la documentation étant surtout axée sur les subsistances et des industries de guerre. Quelques données succinctes ont été tirées de certaines monographies locales répertoriées dans la série 2F. Les sources notariales, série 8E, ont été sollicitées avec succès. D’une part, un certain nombre de brevets d’apprentissage intéressant le centre de Noron (fin XVIIIe siècle) ont été recueillis (8E 11917 et 8E 11919). D’autre part, plusieurs inventaires après décès soulignent l’indigence en matériel de production des poteries du Bessin, tout au long du XIXe siècle (8E 11920, 12063, 12149, 12214 et 12217) : ces inventaires notent le plus souvent l’existence des seuls tours et planches servant au séchage, les autres outils de peu de valeur sont omis.

Fréquemment difficiles d’accès, les archives privées fournissent d’utiles références.Des catalogues de vente (catalogue Augustin Véron à Ger, fin XIXe s., catalogue de la poterie Lefrançois à Noron, 1900), quelques rares factures et livres de comptes (poteries Dumaine et Legrain à Ger, fin XIXe - début XXe s.), des actes notariés ont été inventoriés. L’iconographie ancienne - principalement des cartes postales - collectée auprès des musées et des collectionneurs privés concernent uniquement les centres potiers les plus importants qui ont perdurés au moins jusqu’au début du XXe siècle (Noron - le Tronquay, Ger).

Notons que les plans d’établissements et les croquis techniques manquent cruellement, ces documents ayant probablement été produits en moindre quantité dans ce domaine d’activité aux marges de l’artisanat et de l’industrie. Les fours traditionnels à tirage horizontal étaient construits par les potiers eux-mêmes, sur des principes relevant plus de l’empirisme et de la tradition que d’une technique enseignée à l’école, inscrite et dessinée sur le papier.

Une fois le repérage des principaux centres potiers effectué, et parallèlement aux dépouillement suivis dans les autres séries des archives, nous avons mené l’étude systématique des documents cadastraux (États de sections, matrices, plans), soit classés dans la série P des archives départementales du Calvados, soit, pour le département de la Manche, dans les archives des communes. Cette démarche rend possible une cartographie des établissements potiers préliminaire à l’inventaire sur le terrain.Instrument fondamental dans une exploitation céramique, l’appareil de cuisson, porté fréquemment dans le cadastre comme « four à pots, sert à repérer l’existence de l’atelier. En effet, toute autre forme de vocabulaire relatif à la nature des établissements, dans le cadastre du XIXe siècle, est beaucoup moins fréquent : « magasin à pots » (expression relevée uniquement pour Ger) ; « atelier », « séchoir », « fabrique de poterie », « poterie »,… Ces parties constituantes utilisées seules, comme d’ailleurs l’expression « four à pots », désignent, dans l’extrême majorité des cas, l’ensemble de l’établissement. De Plus, dans le cadastre, lorsque l’habitation, la cour et les bâtiments d’exploitation étaient contigus, l’ensemble formait une seule parcelle. Dans quelques communes, de nombreuses constructions sont désignées comme « fours » : la faiblesse des valeurs locatives, leur isolement fréquent des habitats, leur très grand nombre et quelques vérifications sur le terrain montrent qu’il s’agit souvent de fours domestiques et non de fours à pots.

Dans deux communes potières importantes au XIXe siècle (Vindefontaine et Lison), l’enquête cadastrale a été particulièrement délicate. Aucun établissement porté à la nature de « fout à pots » ou de « poterie » n’a été relevé à Lison et une seule « poterie » apparaissait à Vindefontaine. Ces omissions constituent un véritable handicap pour le chercheur. Par divers recoupements établis sur les listes nominatives, les rôles des patentes et les noms des propriétaires mentionnés dans les matrices cadastrales, il a été possible, avec une certaine marge d’erreur, de reconnaître quelques exploitations potières dans ces dernières communes. Les « oublis » enregistrés dans plusieurs cadastres peuvent trouver plusieurs explications. Dans la statistique industrielle de 1811 pour l’arrondissement de Bayeux (AD Calvados, M 8635), une observation souligne qu’« on a balancé à donner titre d’établissements à quelques maisons dont la plupart sont des chaumières dans lesquelles un certain nombre de propriétaires s’occupent à fabriquer de la poterie ». Conjuguée à une volonté de cacher au fisc l’existence d’un four imposable, cette assertion indique que les poteries ont pu ne pas être prises obligatoirement en compte par les documents cadastraux. A transcription des fours à pots et des poteries s’améliore dans la deuxième moitié du XIXe siècle et surtout dans le dernier quart de ce siècle (À partir des années 1850, les fours à pots sont exemptés d’impôts pendant une durée de trois ans), à un moment où déclinent la plupart des centres potiers de la Manche. Des remises à jour sont réalisées. À Ger, plusieurs augmentations de construction sont relatives à des « hangars, chantiers et fours », avec la mention « terrain affecté depuis longtemps à usage de chantier ».

En règle générale, la rédaction du cadastre et la prise en compte des poteries sont très variables d’une commune à l’autre, d’une époque d’enregistrement à l’autre. Enfin, des décalages chronologiques existent quelquefois entre la transcription d’une événement et sa réalisation (démolition, construction neuve, etc.). Dans quelques cas (ex : Ger et Saint-Jacques-de-Néhou), les changements d’affectation ne sont pas systématiquement indiqués ou datés : des fours à pots disparaissent du « circuit », d’un registre matriciel bâti à l’autre, en passant au non bâti, sans indication de date précise ou de nature.

Au total, le dépouillement des cadastres (XIXe - XXe s.) mené sur un ensemble de 23 communes. 16 communes offrent au moins un établissement potier dans le cadastre du département de la Manche (Ger, Saussemesnil, Saint-Jacques-de-Néhou, Néhou, Vindefontaine, Brouains, Moon-sur-Elle, la Chapelle-en-Juger, Montreuil-sur-Lozon, Airel, Saint-Fromond, Les Moitiers-d’Allone) et du Bessin (le Molay-Littry, Noron, le Tronquay, Lison, Saint-Paul-du-Vernay, Bernesq, Saint-Marguerite-d’Elle, Subles, Saon, le Breuil-en-Bessin, Cartigny-l’Épinay) a donné 150 « fours à pots » et « poteries » explicitement indiquées, ainsi que 16 tuileries ou briqueteries (Pour ces dernières usines à terre cuite, l’enquête ne s’est pas voulue systématique pour l’ensemble du territoire défini). Ces « fours à pots » ou « poteries » sont principalement concentrés dans les centres producteurs de grès de Noron - le Tronquay - Saint-Paul-du-Vernay (65 mentions) et à Ger (42 mentions), ceci pour les XIXe et XXe siècles. Le groupe ou centre potier du Nord Cotentin (Saussemesnil, Vindefontaine, Saint-Jacques-de-Néhou) n’est représenté que par 24 fours à pots, ateliers ou poteries, ce nombre est bien en deçà de la réalité. Ainsi, pour Vindefontaine où une seule « poterie » est recensée dans le cadastre du XIXe siècle (E.S. dès 1812), 10 ateliers étaient mentionnés pour l’année 1815 (Annuaire des cinq départements de Normandie, 1896, pp. 31-33).

À contrario, les 42 « fours à pots » et « poteries » de Ger ne signifient pas l’existence synchronique d’autant d’établissements : parfois, les parties constituantes de nos poteries ont été individualisées.

Vers 1840, à l’apogée de l’activité potière à Ger, on comptait 21 poteries (Annuaire de l’Association Normande, 1871, pp. 252-253). La corrélation entre « fours à pots » et ateliers ou établissement complet n’est pas toujours réalisable, d’autant plus que des cuissons communes ont pu se pratiquer. Tous les potiers ne possédaient pas un four et pouvaient cuire dans le four d’un collègue. Ce phénomène est attesté à Ger et à Saussemesnil : certains petits potiers ont « poté » chez eux, dans leur maison ou dans une pièce spécifique accolée à l’habitation, et allaient cuire dans un four indivis ou dans le four d’un potier qui louait ses services.Dans quelques cas, des bâtis seulement désignés sous le terme de « bâtiments » formaient des lieux d’exploitation (ateliers, séchoirs) : cette constatation a été faite à plusieurs endroits.

À l’évidence, malgré de nombreux recoupements et corrélations de documents, un certain nombre d’établissements potiers ont pu nous échapper. Outre les difficultés d’inventaire évoqués plus haut au sujet des centres de Vindefontaine et Lison, certains exploitation potières disséminées dans des centres secondaires mal connus ou inconnus sont difficilement identifiables, d’autant qu’aucun dépouillement systématique de tous les États de sections des communes de la Manche n’a jamais été effectué. Une telle étude existe pour le Calvados (réalisation H.P.I.) : ainsi, 14 « fours à pots » sont recensés pour le centre le Tronquay - Noron - Saint-Paul-du-Vernay (2831-1833), alors que la vision diachronique offerte par le suivi des propriétés dans les matrices, donne 65 mentions pour les XIXe et XXe siècles.

Une fois recensés, les établissements ont pu être repérés sur les plans cadastraux anciens et transcrits sur les fonds cadastraux récents. Ensuite, ces données cadastrales enregistrées, la cartographie des sites de fabrication se fait sur des fonds IGN à 1:25 000 pour les établissements et sur des cartes à 1:100 000 pour les centres producteurs. Ce premier travail cartographique permet de remarquer que les poteries bas-normandes, du moins celles de la Manche et du Bessin à l’époque contemporaine, sont généralement dispersées sur les territoires communaux concernés. Cependant, à Noron - le Tronquay, les ateliers sont concentrés et s’alignent de part et d’autre de l’actuelle route départementale 172, ancienne route royale de Caen à Saint-Lô, formant ainsi une véritable rue de poteries. Quelques ateliers isolés ont existé comme à Jurques ou à Subles.

Après le travail de documentation, la phase de l’enquête de terrain a été engagée (un mois et demi à temps complet).

Phase de terrain

Cette prospection a consisté à visiter systématiquement tous les lieux de production définis plus haut. Les objectifs principaux de cette partie de la recherche sont le recensement des témoignages matériels de l’activité potière (bâtis, outils et machines, archives privées, produits fabriqués) et témoignages oraux. Pour mener à bien l’enquête, une fiche aide-mémoire a été utilisée : elle synthétise les caractéristiques du site en le localisant géographiquement (noms de la commune, du canton, lieu-dit, coordonnées cadastrales anciennes et actuelles), en renseignant le bâti (nature, maodes de construction, état de conservation) et son mobilier, s’il existe (échantillon de céramiques, outils, machines), en notant les témoignages oraux. Un croquis orienté et légendé donne l’état du site au moment de la rédaction de la fiche qui est datée. Outre cet enregistrement écrit et dessiné, des photographies de travail (diapositives couleur 24 x 36) sont réalisées. Les conditions de la prospection, vu le caractère parfois lacunaire de la documentation cadastrale, sont loin d’avoir été optimales. En effet, un certain nombre de problèmes se posent. Quelques établissements potiers anciens, créations du XIXe siècle n’ont pas été figurées sur la plans cadastraux qui sont antérieurs à la rédaction des matrices cadastrales. D’autre part, les emplacements spécifiques des fours proprement dits sont rarement bien visibles sur les plans cadastraux anciens : seuls les plans de Vindefontaine et de Ger, plans précoces du Ier Empire, situent nettement ces lieux de cuisson.

De même, la modestie de certains établissements, la non spécificité architecturale de certains bâtis (ateliers, certains séchoirs, habitats), la transformation fréquente des construction artisanales ou industrielles pour une affectation souvent agricole (la plupart des derniers potiers en abandonnant ce métier sont devenus, s’ils ne l’étaient pas déjà, agriculteurs et ont transformé leurs bâtiments de production en granges, étables, caves ou remises) et le manque de témoignage oraux sûrs (en particulier, pour évoquer la répartition fonctionnelle du bâti) ne facilitent en rien la reconnaissance de tels édifices, d’autant plus que les fours à pots, parties les plus significatives, sont couramment détruits. Les ensembles repérés sont généralement bien modestes, ne s’apparentant en rien à des poteries industrielles, productrices de pâte dure comme les porcelaineries, ou à fortiori à des tuileries-briqueterie même fortement démantelées.La tâche est rendue assez ardue du fait que le cadastre note très rarement la destination de chaque bâti particulier, ou si c’est le cas, souvent sous des appelatifs vagues comme « bâtiment » ou « poterie ». Par ailleurs, hormis l’appareil de cuisson, l’activité potière surtout artisanale, a engendré fort peu d’installations spécifiques reconnaissable sans intervention archéologique : les terriers, s’ils existent encore, sont souvent complétement bouchés, un atelier de potier vidé de son mobilier est quasiment indéterminable quant à sa fonction première. A fortiori, mobiliers potiers et témoignages oraux d’anciens potier sont encore plus rares et plus difficiles à recueillir : dans les centres du Nord Cotentin, par exemple, l’activité s’est éteinte dès la fin du siècle dernier ou au début du XXe siècle. De plus, le machinisme était particulièrement réduit, et s’il existait, c’était surtout dans les grandes poteries (principaux établissements de Noron - le Tronquay ou de Ger) : à la fin du XIXe siècle, la plupart des machines simples, broyeurs et malaxeurs, étaient animés à bras ou, au mieux par l’énergie hippomobile. L’instrument commun à toutes les poteries de la région étudiée était le tour à bâton ou à pied. Ces tours ont très rarement été conservés dans leur contexte - un seul tour à bâton repéré à la poterie Dumaine de Ger. S’ils n’ont pas disparu, ces instruments ont parfois été collectés par les musées ethnographiques locaux (Musée d’Avranches, Musée de Normandie) ou par quelques exploitants potiers actuels (poteries Dubost et Turgis à Noron) et collectionneurs. Quant à l’outillage proprement dit, il était fort limité et le plus souvent fait de bois (estèque, roulette à digiller, moules, gabarits, planches de séchage, etc.), donc généralement détruit aujourd’hui. Seuls les moules en plâtre ou en argile cuite et les pièces d’enfournement (cazettes, dispositifs de calage divers) sont fréquemment conservés.

Les résultats globaux de l’enquête de terrain révèlent une sensible érosion du patrimoine potier. Les fours à pots conservés intégralement sont fort peu nombreux. Six fours-tunnels à tirage horizontal en bon état ou partiellement intact ont été recensés dans le Bessin, tous recensés à Noron - le Tronquay - Saint-Paul-du-Vernay. Deux fours circulaires à flammes renversées construits en 1887 ont été reconnus au Tronquay (poterie Cheval encore en activité). Aujourd’hui le Nord-Cotentin ne possède plus aucun four de potier en élévation, si ce ne sont peut-être les vestiges d’un four emmotté dans un calvaire à Saussemesnil (Hameau Mouchel) : le dernier four à tirage horizontal de Vindefontaine a été détruit en 1973 et celui de Saint-Jacques-de-Néhou (ancienne poterie de Louis Hamel, peu après la Deuxième guerre mondiale.Avec une dizaine de fours ou d’emmottements de fours visibles, Ger possède le patrimoine potier le plus riche de Basse-Normandie. D’ailleurs deux fours d’époques moderne et contemporaine encore en élévation ont fait l’objet de travaux archéologiques permettant de les dégager et d’en mieux comprendre les techniques (le Placître - Ger).

L’état de conservation souvent exceptionnel de ces sites s’expliquerait par l’importance des emmottements des fours et l’inexistence de remembrement conjugué à une agriculture peu mécanisée restant encore respectueuse d’un passé « prestigieux » toujours vivant dans les mémoires. Les ateliers de fabrication fréquemment très transformés sont plus nombreux en place, mais beaucoup plus difficiles à reconnaître. Bâtiments habituellement légers, hangars sur piliers en bois, les séchoirs ont dans la plupart des cas disparu : les seuls exemplaires en place à Ger sont ceux de la poterie Dumaine.

Les manufactures porcelainières, dont il faut parler, ont été soit complément détruites (Valognes, Caen), soit vidées de toutes les installations techniques significatives de cette industrie (Isigny, Bayeux).

Enfin, la dernière phase de la recherche (deux mois à plein temps), consiste à établir des monographies d’établissement (dossier d’inventaire) et à synthétiser les données par un rapport final.

Choix des sites monographiés

Après avoir prospecté les quelques 150 « fours à pots » et « poteries » révélées par le cadastre, ainsi qu’une vingtaine d’autres poteries non mentionnes explicitement et les trois sites porcelainiers de Bayeux, Valognes et Isigny, nous nous proposons d’établir sept monographies d’entreprise concernant toutes des poteries productrices de grès. Ce choix a tenté de concilier une répartition géographique significative entre le Sud Manche - Domfrontais et le groupe Cotentin-Bessin et la prééminence numérique et économiques des centres producteurs de grès. Divers critères ont été pris en considération pour sélectionner les sites à retenir : état de conservation du bâti, présence de machines d’outils et de fours, richesse documentaire, critères chronologiques, dimensions économiques des entreprises, caractères techniques spécifiques.Il nous fallait, tout d’abord, privilégier des exemples d’établissements encore en activité aujourd’hui et ayant eu une histoire significative. L’un d’eux situé à Noron-la-Poterie est la poterie Dubost (un four à bois à tirage horizontal le mieux conservé de tous les fours inventoriés et abandonné seulement depuis 1977, établissement ayant appartenu à la famille Lefrançois qui a joué un rôle essentiel dans la commercialisation de la poterie de Noron - le Tronquay et dans l’évolution de ce centre : établissement créé en 1865, mobilier de poterie conservé au Musée de Normandie et chez l’exploitant. L’autre est l’établissement potier Cheval au Tronquay, localisé au Désert (produits traditionnels toujours fabriqués aujourd’hui, cuisson dans deux fours circulaires à flammes renversées construits à la fin du XIXe siècle, création de l’établissement en 1887).

Les autres entreprises retenus sont aujourd’hui abandonnées. Au Tronquay, la poterie Ygouf (1854-1925, bâtiments et fours en place, mobilier de poterie conservé au musée de Normandie) est représentative des grosses poteries du centre Noron - le Tronquay, tandis que l’entreprise Rigaut (bâti en partie conservé (séchoir, atelier, habitat), four conservé dans la propriété, témoignages oraux). Pour représenter l’activité potière dans le Nord Cotentin, un seul établissement mérite vraiment notre attention : la poterie de Louis Hamel à Saint-Jacques-de-Néhou.

Dans le sud du département de la Manche, l’important centre potier de Ger fait l’objet de deux monographies sur des établissements ayant maintenu tardivement leur activité. La poterie Legrain (antérieure à 1812 à 1919, bâti conservé, four fouillé en 1987, documents privés) et la poterie Dumaine (antérieure à 1812 à 1926, bâti particulièrement bien conservé, mobilier de poterie sur place et au Musée de Normandie, témoignages oraux, iconographie ancienne).

Aires d'étudesCalvados, Manche

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Calvados. C 2881. Intendance de Caen. Agriculture, commerce, industrie. Profession, 1453-1790.

    Dossier d'implantation de faïenceries.
  • AD Calvados. C 2918. Intendance de Caen. Agriculture, commerce, industrie. Profession, 1453-1790.

  • AD Calvados. 8E 11917. Tabellionage et notariat royal de Balleroy, Cahagnes, Caumont, Castillon, Cormolain, Juaye, La Lande-sur-Drôme, Lingèvres, Nonant, Noron, Saint-Germain-d'Ectot, Trungy (sergenterie de Briquessard, vicomté de Torigny...). Noron. Pierre François Nicolle (1778-1792), 30 septembre 1781-8 avril 1782.

    Brevets d'apprentissage.
  • AD Calvados. 8E 11919. Tabellionage et notariat royal de Balleroy, Cahagnes, Caumont, Castillon, Cormolain, Juaye, La Lande-sur-Drôme, Lingèvres, Nonant, Noron, Saint-Germain-d'Ectot, Trungy (sergenterie de Briquessard, vicomté de Torigny...). Noron. Pierre François Nicolle (1778-1792), octobre 1782-18 avril 1783.

    Brevets d'apprentissage.
  • AD Calvados. 8E 11920. Tabellionage et notariat royal de Balleroy, Cahagnes, Caumont, Castillon, Cormolain, Juaye, La Lande-sur-Drôme, Lingèvres, Nonant, Noron, Saint-Germain-d'Ectot, Trungy (sergenterie de Briquessard, vicomté de Torigny...). Noron. Pierre François Nicolle (1778-1792), 10 mars-14 septembre 1783.

    Inventaire après décès de potiers.
  • AD Calvados. 8E 12063. Etude notariale de maître Adrien Dufay (an VIII-1822). Balleroy. Minutes, juillet-décembre 1817.

    Inventaire après décès de potiers.
  • AD Calvados. 8E 12149. Etude notariale de maître Leblond (1847-1880). Balleroy. Minutes, janvier-juin 1858.

    Inventaire arpès décès de potiers.
  • AD Calvados. 8E 12214. Etude notariale de maître Adrien Raould (1881-1888). Balleroy. Minutes, janvier-juin 1885.

    Inventaire après décès de potiers.
  • AD Calvados. 8E 12214. Etude notariale de maître Adrien Raould (1881-1888). Balleroy. Minutes, juillet-décembre 1886.

    Inventaire après décès de potiers.
  • AD Calvados. F 7083. Archives de la Société des Mines de Littry. Etats d'exploitation des différentes concessions, 1786-1864.

    Etat des carrières, 1864.
  • AD Calvados. M 4275. Hygiène publique, établissements insalubres, demandes, autorisations, arrondissement de Caen, 1839-1845.

  • AD Calvados. M 4278. Hygiène Publique, établissements insalubres, arrondissement de Bayeux, 1820 à 1848.

  • AD Calvados. M 4291. Hygiène publique, établissements insalubres, tableaux trimestriels demandés, 1845-1869.

  • AD Calvados. M 4292. Hygiène publique, établissements insalubres, statistiques, demandes, autorisations, refus, 1870-1886.

  • AD Calvados. M 4304. Hygiène publique, établissements insalubres - communes M à R, 1857-1930.

  • AD Calvados. M 4306. Hygiène publique, établissements insalubres, communes S-T, 1858-1920.

  • AD Calvados. M 8614. Statistiques industrielles, industrie, bulletins. 1840-1846.

  • AD Calvados. M 8625. Statistiques industrie, commerce, circulaires, correspondances, 1821-1830.

  • AD Calvados. M 8628. Statistiques industrielles, industrie, états récapitulatifs et correspondances. 1835-1853.

  • AD Calvados. M 8633. Commerce et industrie, statistique industrielle Premier Empire, 1804-1819.

  • AD Calvados. M 8634. Commerce et industrie, statistique industrielle, correspondance, 1806-1813.

  • AD Calvados. M 8635. Commerce et industrie, statistique industrielle, 1814-1816.

  • AD Calvados. M 8636. Commerce et industrie, statistique industrielle. 1856-1861.

  • AD Calvados. M 8637. Commerce et industrie, statistique industrielle. 1861-1865.

  • AD Calvados. M 8638. Commerce et industrie, statistique industrielle, 1862-1869.

  • AD Calvados. M 8639. Commerce et industrie, statistique industrielle, 1869-1874.

  • AD Calvados. M 8640. Commerce et industrie, statistique industrielle, 1874-1878.

  • AD Calvados. M 8641. Commerce, régime industriel. 1880-1884.

  • AD Calvados. M 8642. Situation industrielle. 1878-1880.

  • AD Calvados. M 8643. Situation générale, 1881-1884.

  • AD Calvados. M 8644. Industrie, commerce, affaires générales, 1853-1880.

  • AD Calvados. M 8646. Situation industrielle, rapports trimestriels. 1883-1886.

  • AD Calvados. M 8647. Commerce, industrie, situation industrielle mensuelle, 1883-1886.

  • AD Calvados. S 1305. Arrondissements de Bayeux, Falaise, Lisieux, Pont-l'Evêque, Vire.

    Etat des carrières, 1881-1882.
  • AD Calvados. S 1315. Mines et carrières. Affaires générales. An IX - 1887.

    Etat des carrières, 1856.
Documents figurés
  • 2. Au Grès Normand - Noron-la-Poterie (Calvados). Le Collage des Anses - (Tour Ancien) Potier tournant la Bouteille - Pétrissage de la Terre.- Carte postale, photogr. L. Plaisance, début 20e siècle. (AD Calvados. 18Fi 61).

  • 7. Au Grès Normand - Noron-la-Poterie - Le Tronquay (Calvados). Potiers à leurs tours donnant les diverses formes pour faire : La Terrine - La Bouteille.- Carte postale, photogr. L. Plaisance, impr. Impr. réunis de Nancy, début 20e siècle. (AD Calvados. 18Fi 61).

  • 8. Au Grès Normand - Noron-la-Poterie - Le Tronquay (Calvados). Potiers à leurs tours donnant les diverses formes pour faire : La Terrine - La Bouteille.- Carte postale, photogr. L. Plaisance, impr. Impr. réunis de Nancy, début 20e siècle. (AD Calvados. 18Fi 61).

Bibliographie
  • CAUMONT, Arcisse (de). Essai sur la topographie géognostique du Calvados, publié en 1829. Caen : Imp. de Domin, 1867 (2 édition). 212 p.

  • GERVILLE, Charles Honoré (de). Etudes géographiques et historiques sur le département de la Manche. Cherbourg : Feuardent, 1854.

Périodiques
  • FAJAL, Bruno. Une enseigne de métier des XVe-XVIe siècles à Ger (Manche). In Annales de Normandie, année 1997, n°47-5, pp. 575-591.

  • MORIERE, Jules. Industrie potière dans le département du Calvados. Annuaire des cinq départements de l'ancienne Normandie, Tome XVI, 1850.

  • VILLERS, G. La poterie de Lison. Annuaire des cinq départements de l'ancienne Normandie, 1843.

Liens web

(c) Région Normandie - Inventaire général (c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Histoire et Patrimoine Industriels de Basse-Normandie (HPI) ; (c) Association des amis de la poterie de Ger - Bernouis Philippe - Toumit François