Dossier d’aire d’étude IA27000319 | Réalisé par
Benoît-Cattin Renaud
Benoît-Cattin Renaud

Conservateur, chercheur, service de l'Inventaire du Patrimoine Haute-Normandie 1980-1990.

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Etienne Claire
Etienne Claire

Chercheuse au Service Régional de l'Inventaire de Haute-Normandie de 1972 à 1978. Cheffe du Service Régional de l'Inventaire de Basse-Normandie et chercheur de 1978 à 1988. Chercheur au Service Régional de l'Inventaire de Haute-Normandie de 1988 à 2005, puis chef du dit Service et chercheur de 2005 à 2015. Spécialités : patrimoine rural, patrimoine urbain, patrimoine de la villégiature. Etude fondamentale de l'agglomération du Havre. Publications : Claire Etienne-Steiner.

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Pottier Gaëlle (Contributeur)
Pottier Gaëlle

Chercheuse associée au Parc naturel des Boucles de la Seine Normande depuis 2014, en charge de l'inventaire du patrimoine bâti et des éléments de paysage associés.

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  • inventaire topographique, canton de Quillebeuf-sur-Seine
  • inventaire topographique, boucles de la Seine normande
présentation de la commune de Vieux-Port
Auteur
Copyright
  • (c) Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Quillebeuf-sur-Seine, Pays du Roumois
  • Adresse
    • Commune : Vieux-Port

Un port dépendant de la baronnie de Trouville-la-Haule

L'origine du nom de Vieux-Port découle de l'appellation latine, « portus tutus » ou « vetus portus », mentionnée aux 11e et 12e siècles dans des chartes qui attribuent sa propriété à l'abbaye de Jumièges. En 930, Guillaume Longue Epée, second duc de Normandie, avait donné Vieux-Port à Jumièges. En 1027, le duc Richard II s'était dessaisi des bois dominant Vieux-Port au profit des moines de Jumièges. Du Moyen Âge à la Révolution, Vieux-Port fut ainsi une dépendance de la baronnie de Trouville-la-Haule (Turulfi Villa). Le terme « tutus », dérivant de Thuit, Tuit ou Twit, signifie « essart » et rappelle les défrichements qui ont été pratiqués dans les bois d'Aizier et de Vieux-Port pour en cultiver les terres. L’un des plus importants essarts se situait à flanc de coteau, entre le « chemin Perrey », voie romaine construite sous l’empereur Auguste et la route de Caudebec. Les coupes de bois étaient alors apportées jusqu'à la rive du fleuve pour être transportées par voie d'eau.

La crique de Vieux-Port, prenant naissance en amont du Courval, formait un refuge naturel qui était apprécié pour le mouillage des navires, où aboutissait par voie terrestre les marchandises qui transitaient par le plateau du Roumois. La voie romaine portant le nom de « chemin Perrey », partait de Breviodurum (Pont-Audemer) et débouchait au sommet des bois de Vieux-Port où elle se divisait en trois branches : deux menaient aux installations portuaires de Vieux-Port et d’Aizier quand la troisième remontait le méandre de Brotonne pour poursuivre sa direction jusqu'à Juliobona (Lillebonne).

Un passage d'eau sur la Seine

L'ancien passage d'eau de Vieux-Port était le 4e point de traversée de la Seine depuis l'embouchure. Du côté de Petitville (hameau du Bac), situé au droit de Vieux-Port, le passage et les prairies alentours dépendaient des chanoines de la cathédrale de Rouen (ferme du chapitre) par la donation du duc Robert Courteheuse, fils de Guillaume le Conquérant. Mais en direction de Norville et de Caudebec, c'est l'abbaye de Jumièges qui contrôlait le passage qu'elle affermait en 1698 pour 60 livres.

Dans sa monographie sur Vieux-Port, Pierre Vallemont cite p. 46 :

« Vieux-Port n’a cessé de posséder un passage d’eau à rames. C’est une des meilleures escales du service à vapeur entre Rouen et Le Havre. Cette escale, un moment supprimée par suite d’un malentendu, fut rétablie en 1912 sur les instances de Louis Bernard, ancien capitaine au 119e d’Infanterie, alors maire de Vieux-Port. Vieux-Port possède deux cales d’accostage et d’échouage : la cale d’amont, située près de l’église, et la cale d’aval située près de « la Bonne Auberge ». Le passage est établi entre la cale de l’église et la cale de Petitville (hameau du Bac), où aboutit la route conduisant à Lillebonne. La traversée du fleuve s’effectue sur une grande barque à rames. On y employait également il y a quelques années, un grand bachot à rames pouvant recevoir des bestiaux et de petits véhicules. Mais la force du courant ayant rendu inutilisable ce mode de transport, des crédits avaient été demandés aux conseils généraux de l’Eure et de la Seine-Inférieure pour la construction d’un bac à moteur qui pourra être utilisé à la fois pour le transport des personnes, des véhicules légers (dont les petites autos) et du bétail. ». Le « passage d’eau » est définitivement supprimé en 1953, alors que le moteur du canot venait enfin d’être acheté !

Une station de pêche

Pierre Vallemont poursuit sur les atouts que présentait Vieux-Port pour la pêche :

« Possédant sur ses rives ou dans son voisinage plusieurs petites baies et des eaux profondes, comme celles de la rade de la corvette, Vieux-Port était une excellente base d’opérations pour la pêche. En dehors des marsouins on y prenait le saumon, le brochet, l’esturgeon, la lamproie, l’alose, le mulet, l’éperlan, l’anguille et lors des grandes marées, beaucoup d’autres poissons venant de la baie de Seine. Les abbayes, depuis celle de Grestain, près du Honfleur, jusqu’à celle de Jumièges, propriétaire de Vieux-Port, avaient le monopole de la capture des « gros poissons » et ne laissaient pratiquer la pêche des autres, dans leurs eaux, que moyennant dîme ou redevance. Elles partageaient ce privilège, en certains endroits, avec quelques nobles du voisinage. C’est ainsi qu’en face de Vieux-Port, le seigneur de Grasquesne (hameau de Petitville) possédait « droiture de pescherie et droit de tendre 20 étaux d’étalier en l’eau de Seine, près de ladite paroisse tant en montant qu’en dévalant. » (p. 36).

L'auteur ajoute que l'exercice du droit de pêche donnait parfois lieu à de vives contestations entre seigneurs, comme celui ayant opposé au 16e siècle les abbés de Jumièges à Robert d'Etelan au sujet d'un esturgeon, considéré comme « poisson royal » (ou féodal) qui se pêchait dans les eaux de la baronnie de Trouville-la-Haule, entre Vieux-Port et Quillebeuf. « D’une façon générale, les « gros poissons » pris dans les filets de pêcheurs devaient être apportés aux abbayes et aux seigneurs titulaires du droit de pêche, qui pouvaient les garder ou les laisser aux capteurs moyennant un prix payé par ceux-ci. » (p. 38). La pêche la plus fructueuse s'exerçait au filet.

Les travaux d'endiguement

Avant le début des travaux d’endiguement de la Seine, la largeur du fleuve était encore d’environ 1 800 m devant Vieux-Port. En 1851, ces endiguements s’étendaient déjà sur une longueur de 10 km entre Aizier et Vatteville-la-Rue. Ils furent, beaucoup plus tard, prolongés jusqu’à Vieux-Port. Pierre Vallemont précise : « Ensuite, on opéra le dragage des bancs compacts de galets et de roche, c’est-à-dire celui de la traverse de Villequier, et, en partie, celui de la traverse d’Aizier, ou banc des Flaques. Une grande partie des produits de ces dragages fut apportée sur la rive droite en face d’Aizier et de Vieux-Port où ils forment, à peu de distance du rivage, une sorte de digue intérieure qui pourrait éventuellement être utilisée. (...)

Ainsi, la configuration de Vieux-Port a été sensiblement modifiée au 19e siècle. D’une part, la construction de la digue entre Vieux-Port et Aizier a supprimé et annexé aux terrains situés en arrière, la petite baie, en partie marécageuse, qui s’étendait jusqu’au pied du talus entre Aizier et le phare actuel de Vieux-Port. Cette digue, comprise dans la troisième section des travaux d’endiguement, avait elle-même modifié l’emplacement du chemin de halage. Celui-ci devait, dans son état ancien, être exposé aux inondations dans les grandes marées. C’est ce qui explique les surélévations, garnies de vieilles pierres, qui existent devant certaines maisons ou certains jardins voisins de la rive. D’autre part, par la construction de la route conduisant de Trouville-la-Haule à Caudebec. Cette route a coupé les terrains qui descendaient en pente jusqu’au chemin de halage longeant la Seine et formé, à certains endroits, une sorte de terrasse. » (p. 48-49).

  • Sites de protection
    1932 : site inscrit

Si Vieux-Port est la plus petite commune de l'Eure en superficie, c'est que son territoire est contraint par son relief, contenu dans une petite concavité de la Seine, bordé par des falaises et un coteau crayeux d'où descendent des cavées pentues. Entre Aizier et Vieux-Port, la présence de nombreuses sources s'explique par la forte dynamique érosive du fleuve à l'époque glaciaire au creux de la rive concave du méandre. La Seine a alors fortement entamé le pied de versant du plateau crayeux du Roumois, mettant à jour le toit de l'aquifère de la craie et permettant ainsi l’émergence de sources dont le débit oscille entre 10 et 100 litres /seconde. Ces sources ont fréquemment été aménagées en lavoirs tandis que la proximité de la nappe a déterminé l'implantation de nombreux puits.

Le « sentier des sources bleues » aménagé entre Aizier et Vieux-Port est intégré à la zone de protection Natura 2000 « Marais Vernier et Risle Maritime », redoublée depuis 2015 par la labellisation RAMSAR sur les zones humides. Certains secteurs déprimés restent inondés pendant tout le printemps. Cette permanence de l'eau permet la présence d'habitats, d'une flore et d'une faune remarquables. Les marais d'Aizier et de Vieux-Port s’étendent à l’aval du massif forestier de Brotonne, sur des terrains alluviaux récents gagnés sur le fleuve à l’époque de l’endiguement. Au pied des digues enrochées, les apports de sables, limons et argiles renouvellent les sols, sur lesquels se développe une végétation de vasières.

Zonages environnementaux :

- Marais d’Aizier et de Vieux-Port : ZNIEFF de type 1

- Site Zone Natura 2000 « Marais Vernier Risle-Maritime » (coteaux et berges d’Aizier, Vieux-Port et Trouville-la-Haule) : premier arrêté du 7/05/2009, renouvelé le 05/01/2023.

- Label international RAMSAR « Marais Vernier Risle maritime » (incluant Aizier, Vieux-Port, Trouville-la-Haule) : attribué le 18 décembre 2015 à la rive sud de la Seine, depuis Aizier jusqu’aux marais de Saint-Samson-la-Roque.

Bibliographie

  • VALLEMONT, Pierre. Histoire de Vieux-Port, Des origines à nos jours, auto édition, 2012.

    Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande
  • HERUBEL, Marcel-A. Les Origines des ports de la Seine-Maritime. Académie de Marine, T.10. Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales. Paris : Jouve, 1930. 332 p. : fig.

    p. 106-107
  • BRINDEAU, Louis. Au bord de la Seine. Vieux-Port. Le mascaret. Quillebeuf. Aizier. Vatteville. Villequier. Les bateaux passagers. Le Havre : impr. de Le Petit Havre, 1933. In-8°, 143 p.

    Bibliothèque nationale de France : FRBNF34011903
  • GUILLEMARD, Julien. Contes de la bonne auberge. Imprimerie de la presse : Le Havre, 1955. In-8°, 183 p.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : BC 181
  • POTTIER, Gaëlle. Trouville-la-Haule, Vieux-Port, Aizier, Tocqueville. Synthèse communale, Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande, 2023.

Annexes

  • HERUBEL, Marcel-A. Les Origines des ports de la Seine-Maritime, 1930 : extrait p. 106-107.
  • GUILLEMARD, Julien. Contes de la bonne auberge, 1955 (extraits).
  • BRINDEAU, Louis. Au bord de la Seine. Vieux-Port..., 1933 (extraits).
Date(s) d'enquête : 1981; Date(s) de rédaction : 1996
(c) Région Normandie - Inventaire général
(c) Parc naturel Régional des Boucles de la Seine Normande
Benoît-Cattin Renaud
Benoît-Cattin Renaud

Conservateur, chercheur, service de l'Inventaire du Patrimoine Haute-Normandie 1980-1990.

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Etienne Claire
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Chercheuse au Service Régional de l'Inventaire de Haute-Normandie de 1972 à 1978. Cheffe du Service Régional de l'Inventaire de Basse-Normandie et chercheur de 1978 à 1988. Chercheur au Service Régional de l'Inventaire de Haute-Normandie de 1988 à 2005, puis chef du dit Service et chercheur de 2005 à 2015. Spécialités : patrimoine rural, patrimoine urbain, patrimoine de la villégiature. Etude fondamentale de l'agglomération du Havre. Publications : Claire Etienne-Steiner.

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Pottier Gaëlle
Pottier Gaëlle

Chercheuse associée au Parc naturel des Boucles de la Seine Normande depuis 2014, en charge de l'inventaire du patrimoine bâti et des éléments de paysage associés.

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