Dossier d’œuvre architecture IA76000533 | Réalisé par
Real Emmanuelle (Contributeur)
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.

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  • patrimoine industriel, patrimoine industriel des communes de la rive gauche de Rouen
  • patrimoine industriel, patrimoine industriel reconverti de l'Eure et de la Seine-Maritime
Usine de construction puis de réparation de matériel ferroviaire dite ateliers Buddicom
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Seine-Maritime - Sotteville-lès-Rouen
  • Commune Sotteville-lès-Rouen
  • Adresse 4 rue Buddicum , 1 rue Denis Papin , 171 rue Vincent Auriol
  • Cadastre 2020 AR 72, 79, 138, 140  ; 2020 XK 37
  • Dénominations
    usine de matériel ferroviaire
  • Précision dénomination
    usine de construction de matériel ferroviaire, usine de réparation de matériel ferroviaire
  • Appellations
    ateliers Buddicom
  • Destinations
    centre national des arts de la rue, espace associatif
  • Parties constituantes étudiées
  • Parties constituantes non étudiées
    fonderie, atelier de fabrication, magasin industriel, bureau, cour, vestiaire d'usine, infirmerie, forge, immeuble à logements, voie ferrée

Les ateliers Buddicom sont fondés en 1841 par la société anglaise Allcard, Buddicom & Co, réunissant deux ingénieurs spécialisés dans le ferroviaire William Allcard et William Buddicum et deux entrepreneurs William Mackenzie et Thomas Brassey, tous deux déjà en charge de la construction de la ligne Paris-Rouen, dans le but de fabriquer, entretenir et réparer le matériel roulant (locomotives, wagons, tenders...) de la future ligne Paris-Rouen-Le Havre.

D'abord installée au Petit-Quevilly dans l’ancien couvent des Chartreux, l'usine est transférée en 1845 à Sotteville-lès-Rouen, à proximité du réseau ferré. Les nouveaux ateliers, inspirés de ceux de Crewe (Cheshire) que dirigea William Buddicom, regroupent sur près de 4 ha : bureaux, magasins, dépôt et ateliers (fonderie, chaudronnerie, forge, ajustage, montage, peinture, menuiserie) alimentés en énergie par une machine à vapeur de 16 ch. Avec un effectif de plus de 700 ouvriers, dont près de 400 originaires d'Angleterre, et une capacité de production de plusieurs dizaines de machines par an, l'usine de Sotteville s'impose comme l'un des principaux sites de construction de matériel ferroviaire en France. Son activité nécessite chaque année l’utilisation de 900 t de fer en barres, 200 t de tôles, 700 t de fonte de fer, 150 t d'acier, 100 t de cuivre et 495 t de charbon anglais. La première locomotive, conçue sur le modèle d'une machine anglaise mise au point à Crewe, est livrée le 25 février 1843.

En 1847, William Allcard quitte la société, qui est renommée aussitôt Buddicom et Cie. Dans le même temps, son siège social, installé à Rouen, est transféré à Paris..

En 1860, William Buddicom se retire à son tour de la société et la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest rachète l'usine de Sotteville, qui compte désormais près de 3 000 employés, pour l'affecter à l'entretien de son parc roulant soit 625 locomotives, 150 tenders, 1200 voitures et 10 000 wagons. Le site connait alors une nouvelle phase d’extension. Sa surface est portée à 13 ha dont 3 ha bâtis regroupant plusieurs forges et fonderies (fonte, cuivre, fer), une chaudronnerie, deux ateliers de tours et machines-outils, un atelier des roues, des ressorts, des freins et de montage ainsi que des magasins, remises et dépôts desservis par un réseau interne de voies ferrées. Ce changement de main entraine une redéfinition et une réorganisation de l'activité. La construction des locomotives est abandonnée au profit des opérations d’entretien et de réparation du matériel roulant, avec une répartition du travail sur trois secteurs : la réparation des machines et tenders, la réparation des voitures et wagons et la fabrication de pièces détachées.

Durant les années 1880 d'importantes extensions sont réalisées dans le cadre du programme de rénovation de l’ensemble des ateliers de la Compagnie de l’Ouest. Les travaux prévoient la construction, en marge des voies principales, d'un immense magasin, d'une nouvelle forge et d’ateliers modernes pour assurer l’ajustage et l’usinage des roues. Dans le vaste magasin, édifié en 1884, sont stockés les pièces destinées à l’approvisionnement des ateliers ainsi que les modèles de fonderie.

Le développement du trafic ferroviaire et l'augmentation du matériel en circulation au début du 20e siècle amène l'usine à son point de saturation. Le diagnostic se confirme en 1908, lorsque la Compagnie des chemins de fer de l’État prend le contrôle de l’ensemble des ateliers de la Compagnie de l’Ouest, dont ceux de Sotteville. Le nombre annuel des grandes réparations passe de 189 en 1908 à 237 en 1911. Face à l'impossibilité d'accroitre leur capacité de production, faute de place pour s'étendre, une partie de leur activité, la réparation des locomotives notamment, est transférée en 1918 aux ateliers de Quatre-Mares nouvellement créés sur la commune voisine de Saint-Etienne-du-Rouvray. Les ateliers de Sotteville conservent pour leur part la réparation des voitures et wagons. Ce transfert d'activité s'accompagne d'un transfert de main d'œuvre : sur les 2 620 ouvriers employés, 900 sont déplacés sur le site de Quatre-Mares.

Malgré cette réorganisation, l'usine de Sotteville subit une baisse importante de son activité durant les années 1920-1930 du fait du développement des ateliers ferroviaires de Rennes, du Mans et de Saintes. Pour faire face à cette concurrence, une nouvelle organisation du travail est mise en place en 1930. Il s’agit d’améliorer les rendements en diminuant les temps d’immobilisation des voitures et wagons. Les nouvelles méthodes de travail entraînent un réaménagement partiel du site, avec notamment la construction d'ateliers modernes et l’installation de hangars métalliques allemands obtenus comme dommages de guerre.

Durant la Seconde Guerre mondiale, toutes les installations ferroviaires de Sotteville-lès-Rouen (le dépôt de locomotives, la gare de triage et les ateliers Buddicom), largement utilisés par l’occupant, sont la cible de plusieurs bombardements par l’aviation alliée. Ceux du 19 avril 1944 sont pour l'usine les plus destructeurs. Elle reçoit alors près de 179 bombes : 16 employés sont tués, 9 500 m² de bâtiments sont détruits, 16 500m² sont endommagés et 7 km de voies ferrées intérieures sont inutilisables.

À la Libération, la reconstruction et le redémarrage rapide des ateliers ferroviaires français constituent une priorité pour le gouvernement. C'est l'occasion de rationaliser et d'améliorer les ateliers de réparation. Les travaux de reconstruction s’échelonnent de 1945 à 1953. A l'issue du chantier, la surface bâtie de l'usine atteint 28 000 m² seulement, contre 34 000 m2 en 1939. Les diminutions portent aussi sur l'effectif qui tombe à 850 agents en 1954 puis à 750 en 1964. Ce mouvement annonce le déclin progressif de l'usine. En 1956, sa fonderie d'alliages ferme, en 1964 c'est au tour de l’atelier de réparation de voitures. La création en 1968 d'un atelier de fabrication et de réparation de ressorts à plat ne parvient à endiguer la baisse d’activité.

Les ateliers de réparation de Sotteville sont finalement absorbés par ceux de Quatre-Mares en 1970 pour leur servir d’annexe. Durant cette décennie, la réparation ferroviaire laisse place aux activités de fret et de triage, en décroissance à leur tour.

Au moment de l'enquête, l'usine s'inscrit dans une zone ferroviaire de 20 ha vouée à devenir un grand secteur de développement urbain. Une partie des bâtiments est désaffectée, d'autres sont encore utilisés par la SNCF, trois ateliers contigus édifiés entre 1858 et 1883 ont été reconvertis en 1998 en centre national des arts de la rue baptisé Atelier 231. Un autre, toujours propriété de la SNCF, accueille depuis 1983 l'association Pacific Vapeur Club créé pour assurer la restauration, l'entretien et la remise en circulation de la fameuse locomotive Pacific 231 G 558 classée au titre des monuments historiques.

  • Période(s)
    • Principale : 19e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 20e siècle , daté par travaux historiques
  • Dates
    • 1848, daté par travaux historiques
    • 1853, daté par travaux historiques
    • 1878, daté par travaux historiques
    • 1884, daté par travaux historiques
    • 1953, daté par travaux historiques

Cette usine comprend une dizaine de bâtiments encore en place servant d'ateliers et de magasins.

Les ateliers les plus anciens se présentent sous la forme de vastes halles édifiées de plain-pied en maçonnerie de brique et dotées de robustes charpentes en bois ou en métal (en fonction de l’époque de construction), dégageant une grande hauteur sous toiture pour permettre la mise en place de ponts-roulants capables de soulever et déplacer des charges de plusieurs tonnes. Des baies latérales et zénithales assurent l’éclairage naturel des espaces intérieurs.

Ceux reconstruits après-guerre sont entièrement construits en béton et consistent en hautes halles ou en bâtiments couverts en shed se déployant sur de grandes surfaces au sol.

Le grand magasin de 56 m de longueur et 25 m de largeur, dédié au stockage des pièces et des modèles, est construit en brique et charpente métallique, sur 2 étages. Ses façades sont percées de 85 larges baies en arc cintré.

  • Murs
    • brique
    • béton
  • Toits
    tuile mécanique, tôle ondulée, verre en couverture
  • Étages
    2 étages carrés
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
    • charpente métallique apparente
    • charpente en béton armé apparente
  • Couvertures
    • terrasse shed lanterneau
    • toit à longs pans pignon couvert
  • État de conservation
    établissement industriel désaffecté
  • Statut de la propriété
    propriété publique
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    magasin industriel, atelier de fabrication

Documents d'archives

  • AD Seine-Maritime. Série M. Sous-série 5M : 5M 836. Etablissements dangereux et insalubres de Sotteville-lès-Rouen.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 5M 836
    Autorisation préfectorale pour l'exploitation d'un four à coke, 1846.
  • AD Seine-Maritime. Série M. Sous-série 5M : 5M 836. Etablissements dangereux et insalubres de Sotteville-lès-Rouen.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 5M 836
    Plan de situation, s.n., 1846.
  • ARCHIVES SNCF. Plans, coupes, élévations des bâtiments, de 1878 à 1961. Rouen. Archives non cotées.

Bibliographie

  • PESSIOT, Guy. Histoire de l'agglomération rouennaise. La rive gauche.- Rouen : Le P'tit Normand, 1990. 288 p.

    p. 267, 268.
  • ANDRIEU, Daniel (dir.). Sotteville la place publique. Oissel-sur-Seine, Éditions Octopus, 2019, 280 p.

    p 256-278.
  • BOCARD, Hélène [et al.]. De Paris à la mer - La ligne de chemin de fer Paris-Rouen-Le Havre. Paris : Inventaire général du patrimoine culturel Île de France et Haute-Normandie, A.P.P.I.F., 2005. 152 p., 30cm [coll. Images du patrimoine, n° 239].

    p. 130-131
  • DUCHEMIN, Pierre. Sotteville-lès-Rouen et le faubourg Saint-Sever, 6e canton de la ville de Rouen (Emendreville). Rouen : Lestringant, 1893, 558 p.  

    p.288-297
  • MARÉCHAL, Virginie. La construction des lignes de chemin de fer de Paris à Rouen et de Rouen au Havre. Mémoire de maitrise, Université de Paris 1, 1993.

  • ANDRIEU, Daniel, Jean-François GLABIK, LEROY, Léon. Sotteville une vie. Sotteville-lès-Rouen : Maison pour tous, 1990. 191 p.

    pp. 17 à 25, pp. 28, 29.
  • ANDRIEU, Daniel, Jean-François GLABIK, LEROY, Léon. Sotteville, les feuilles mortes. Sotteville lès Rouen : Maison pour tous, 1990. 235 p.

    p. 112, pp. 189 à 198.
  • ANDRIEU, Daniel, Jean-François GLABIK, LEROY, Léon. Sotteville après la pluie. Sotteville lès Rouen : Maison pour tous, 1993. 235 p.

    p. 55 à 66.

Périodiques

  • CAYZEELE, Catherine. Le développement de l’industrie dans les cantons de Sotteville et de Grand-Couronne (1840-1914). In: Études Normandes, 23e année, n°279, 1974, pp. 1-16.

    p. 7, 8, 10.
  • DANTAN, Alain. Le développement de l'industrie dans les cantons de Sotteville et de Grand-Couronne 1914-1939. In: Études Normandes, 23e année, n°280, 1974. pp. 1-23.

    p. 5, 17.
  • CARRIÈRE, Bruno. Des chartreux aux ateliers de Quatre-Mares. In : La vie du rail, n°1860, 23 septembre 1982.

    pp. 6-10.
  • CHASSAGNE, Serge. Les Anglais-en France, et plus particulièrement en Normandie, dans la «révolution industrielle » (1715-1880). In: Études Normandes, 62e année, n°2, 2013, p. 121-140

    p.139.
  • CROGUENNEC, Michel. Les ateliers ferroviaires de l’agglomération rouennaise de 1842 à 2002. In : Revue d’histoire des chemins de fer, n°28-29, printemps-automne, 2003.

    p. 57-72.
  • CROGUENNEC, Michel. Histoire des ateliers ferroviaires de Sotteville Buddicom. In : Correspondances ferroviaires, février-mars 2005, n°17.

  • CURTET, Gabriel. La construction de locomotives dans les ateliers des anciennes compagnies. In : Revue d’histoire des chemins de fer, n°28-29, printemps-automne 2003.

    p.326-352.
  • FRANCOIS, Michel. Les ateliers de Sotteville Buddicom. In : La vie du rail, n°626, 22 décembre 1957.

    p. 8-12
  • PINCEMIN, M. L’atelier des ressorts à lames de Sotteville-Buddicom. In : Revue générale des chemins de fer, février 1956.

    p. 1-9
  • CROGENNEC, Michel. Les ateliers ferroviaires de l’agglomération rouennaise de 1842 à 2002. Revue d’histoire des chemins de fer, n°29-28, 2003.

    57-72
Date(s) d'enquête : 1996; Date(s) de rédaction : 1996, 2020
(c) Région Normandie - Inventaire général
Real Emmanuelle
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.

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