Ce marquisat est composé de 16 beaux fiefs contenant trois mille et quelques cents acres d’étendue :
« Par l’aveu de 1701, on voit en détail les beaux droits de ce marquisat, comme chasse à toutes bêtes dans la foret de Brothonne, chaufage, droit de bac et de passage vis à vis le château, batteaux de transport à Caudebec et pays de Caux, pêche dans l’étendue de plus de quatre lieues sur la Seine, droit de passer sans rien payer au port de Caudebec, tant pour les seigneurs, marquis de la Mailleraye, leurs domestiques, chevaux et équipages que pour leurs vassaux, droit de franc-moudre aux moulins des religieux de St Vandrille et droit de patronage et nomination aux bénéfices cures de Guerbaville, Bliquetuit et à la chapelle de St Nicolas.
On suppose que les personnes qui se proposent d’acquérir ce marquisat ont quelque connoissance de la belle et heureuse situation du château, qui est entouré de bons fossés, bien revêtus et soutenus de murs à cordon, de la diversité et distribution des batimens où peuvent loger vingt ou même 29 maitres, avec toutes les commodités que l’on peut désirer en tous genres, apartement complet de bains, conciergerie, belles cuisines et offices dans lesquelles viennent l’eau conduite par le moyen de pompes et canaux ingénieusement pratiqués, patisseries, caves magnifiques, lingerie, fruitiers, buchers, pompe couverte dans laquelle est une lavanderie avec cheminée et choses nécessaires, logements d’officiers et gens de livrée, une chapelle avec tribune dans laquelle est une oratoire pour les seigneurs, le tout élevé et séparé du peuple, avec une porte d’entrée donnant dans l’un des parterres.
Grande basse cour fermée de murs, séparée du château dans laquelle sont une écurie trente divisions en piquets pour mettre autant de chevaux, beaux et vastes greniers dessus, logements des palfreniers, remise, forge. Dans la même cour est un logement complet pour l’intendant de la terre et pour sa famille, beau puy à double pompe, avec un réservoir d’eau pour servir les jardins, colombier à pied très peuplé, bucher, belle orangerie avec des apartements dessus, distribués et très comodes pour loger nombre d’officiers et même des maîtres. Beaux jardins divisés par étage de quatre marches, fermés de murs garnis d’espaliers, avec des bassins, fermés de barrières et portes à clairvoy, entourrés d’une allée formant un berceau magnifique ; quelques autres jardins avec des serres, deux belles glacières (une en bon état, autre ruinée) ; deux beaux parterres en face de la rivière, l’un a la droite, l’autre à la gauche du château, au bout de l’un desquels est une grande et belle salle à billard avec portes fenêtres et un balcon sur la rivière.
La terrasse donnant sur le quay est une pièce magnifique, elle est élevée de quarente pieds sur quatre cents pas de longueur, soutenue en majeure partie d’un bon mur à cordon, avec une balconnade perpétuelle de pierre de grain taillée, au-dessous de cette terrasse règne le quay soutenu d’un bon talus auprès duquel les navires viennent mouiller.
Le petit parc est séparé du grand parc et fermé de murs et barrières peintes à clairvoy, il est planté dans ses allées de jeunes tilleuls de hollande à grandes feuilles de Hollande à grandes feuilles, taillées en éventail qui sont de toute beauté. Le grand parc est percé de belles allées avec contr’allées distribuées avec beaucoup d’ordre et de goût, ses divisions forment un très grand nombre de massifs qui sont plein de bois de haute futaye et de taillis, il règne au-delà des barrières de ce grand parc des continuations d’avenues magnifiques plantées par feu le maréchal d’Harcourt qui traversent la grande commune du Mort, et se prolongent plus de demie lieue. Ce grand parc est fermé de bons fossés sur lesquels sont des hayes vives, il est fermé de cinq grandes barrières avec barres de fer et ferrures.
Un enclos nommé le quay préaux où sont plusieurs corps de batimens, logement complet pour un receveur, maisons, sellier, pressoir, four, écuries, étables, remises, greniers, jardins, pépinières etc. Cet enclos joint le parc. Toutes les choses cy devant contiennent plus de quatre à cinq cents arpents.
Il y a aussi une belle lavanderie auprès du château, dans l’enclos nommé la Raffeterie, avec un réservoir de belle eau, une pompe, appartements et greniers à faire sécher la lessive, cuve et ustensiles nécessaires. Il y a dans une des allées du grand parc, nombre de belles pierres de grain, de la brique en bonne quantité, et quelques bois propres à employer. Ces pierres avoient été destinées à construire une nouvelle aile au château dont même les fondements ont été jettés et faits. »
Chercheuse au Service Régional de l'Inventaire de Haute-Normandie de 1972 à 1978. Cheffe du Service Régional de l'Inventaire de Basse-Normandie et chercheur de 1978 à 1988. Chercheur au Service Régional de l'Inventaire de Haute-Normandie de 1988 à 2005, puis chef du dit Service et chercheur de 2005 à 2015. Spécialités : patrimoine rural, patrimoine urbain, patrimoine de la villégiature. Etude fondamentale de l'agglomération du Havre. Publications : Claire Etienne-Steiner.