En 1917, l’EUROPE effectue un voyage sur l’Australie où il charge 3000 tonnes de blé. Il quitte Sydney le 25 Juin à destination de Pauillac. Il ne possède ni armement, ni TSF.
Capitaine Adolphe NICOLAS CLC né le 11/09/1883 à Brest inscrit à Brest domicilié à Brest, Second Jean SOHM
Il prend la route du cap Horn en contournant la Nouvelle Zélande par le nord. Il franchit l’équateur, en Atlantique, le 24 Août. Le 24 Septembre 1917 il n’est plus qu’à 300 milles des côtes et de sa destination finale.
Récit du capitaine Nicolas :
« A 07h00 le 24 Septembre, je venais de quitter la dunette et m’apprêtais à déjeuner, quand le second, qui était de quart, me cria : « -Capitaine ! un sous-marin par tribord ! »A peine prononçait-il ces paroles que j’entendis le bruit du canon. Montant précipitamment, j’aperçus à environ quatre milles sur tribord arrière un sous-marin en surface, s’avançant à bonne vitesse sur nous, tout en continuant à nous encadrer d’obus. Je fis immédiatement amener les voiles volantes et mettre à la mer les deux embarcations de sauvetage. Chaque homme y embarque aussitôt, muni de sa ceinture de sauvetage. Le tout est effectué sans aucune panique. Me trouvant dans la chambre de veille, un obus vint à éclater à cent mètres dans le sillage. Je rejoignis ma baleinière et, après avoir vérifié que j’étais le dernier à bord, j’embarquai et fis larguer. La baleinière de bâbord, sous les ordres du second, avait déjà quitté le bord.Le capitaine allemand hissa alors un pavillon blanc et nous fit signe d’accoster le sous-marin. Il nous obligea à emmener sur l’EUROPE une équipe munie de bombes, qui pilla le navire. Cependant, l’officier autorisa les marins français à récupérer la troisième embarcation, les sextants, le chronomètre et des vivres. Puis ils placèrent les charges explosives et, à 10h40, nous évacuâmes à nouveau le voilier.
La première bombe éclata une heure plus tard, mais ne fit guère de dommages. Les autres n’explosant pas, le sous-marin se plaça à 200 m et coula l’EUROPE de dix coups de canons. Il se dirigea ensuite vers un petit trois-mâts norvégien qui passait, le LOUIS BOSSERT (nota : 605 tx), et le coula également de dix coups de canons. Enfin, il s’éloigna vers l’ouest. Bien tristement, nous commençâmes notre nouveau voyage dans trois embarcations. Il y avait neuf hommes dans la première baleinière, treize dans la deuxième et huit dans la chaloupe. Nous décidâmes à l’unanimité de gagner la côte bretonne entre Ouessant et Belle Ile. Les jours suivants, une brise fraîche de SW avait succédé au calme. Naviguant tantôt à l’aviron, tantôt à la voile, suivant la force du vent, nous fîmes route à l’est. Les embarcations se perdirent de vue.
Le 28 Septembre, avant le lever du jour, nous aperçûmes les balais du feu d’Ouessant. Nous avions parcouru 300 milles en quatre jours. A la tombée de la nuit, aux approches d’Ar Men, je fus recueilli par l’aviso CASSIOPEE. J’y retrouvai l’équipage de la chaloupe, recueilli une heure trente plus tôt à 27 milles de Penmarc’h. Nous débarquâmes donc à dix sept à Audierne. Rentré chez moi, à Brest, je reçus le 1er Octobre des nouvelles de la baleinière du second. Elle avait été récupérée le 30 Septembre à 03h00 du matin par le chalutier armé ETOILE DE L’EST près du phare de la Vieille. Son personnel au complet a été déposé à Brest par ce vapeur. »
Le sous-marin attaquant était le sous-marin UC 63 de l’OL Karsten von HEYDEBRECK. Ce commandant devait disparaitre avec son sous-marin le 1er Novembre 1917.
Chargé d'études à l'Inventaire général du patrimoine culturel depuis 1991. Ingénieur d'études (DRAC Haute-Normandie jusqu'à la loi de décentralisation), puis ingénieur et ingénieur principal, Région Normandie.
Spécialités : vitrail (correspondant du centre Chastel pour la Haute-Normandie), patrimoine rural, construction navale, patrimoine militaire (fortifications du mur de l'Atlantique dans le cadre du PCR mur de l'Atlantique), patrimoine aéronautique, patrimoines commémoratifs.