Photographe à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, de 1981 à 2022.
- patrimoine industriel, patrimoine industriel de l'agglomération d'Elbeuf
- patrimoine industriel, patrimoine industriel reconverti de l'Eure et de la Seine-Maritime
- (c) Région Normandie - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Seine-Maritime - Elbeuf
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Commune
Elbeuf
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Adresse
boulevard Gambetta
,
rue Poussin
,
rue Michelet
,
rue Prévert
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Cadastre
2022
AM
154 à 158, 208
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Dénominationsimmeuble à logements, magasin de commerce
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Dossier dont ce dossier est partie constituante
L’usine Blin ferme en 1975, laissant 20 000m² de friches en plein centre-ville. Faute de repreneur, l’usine est menacée au mieux de morcellement au pire de démolition. Face à ce risque, l’équipe municipale élue en 1977 exprime très rapidement sa volonté de voir traiter le site dans le cadre d’une restructuration globale. Le projet qui émerge concilie plusieurs objectifs. Il s’agit tout à la fois de sauvegarder un patrimoine architectural et culturel exceptionnel, de reconquérir un quartier désertifié en le réintégrant au tissu urbain mais aussi de satisfaire une demande pressante en logements sociaux et enfin de créer des commerces et des équipements publics permettant de revitaliser le quartier. Une étude de faisabilité est engagée pour expertiser les bâtiments, cerner les besoins et envisager les réutilisations possibles.
Pour assurer la cohérence d’un projet global, la municipalité décide en 1978 la création d’une Zone d’Aménagement Différée de 20 000 m² représentant l’emprise exacte de l’usine. Ce dispositif anti spéculatif courant sur 14 ans lui permet de disposer du temps nécessaire pour monter l’opération. L’importance et la complexité du projet vont imposer un travail collectif. La ville s’entoure de nombreux partenaires publics compétents dans les domaines technique, juridique, financier … Etant donné l’orientation du projet, elle demande à l’Office Public d’Aménagement et de Construction de la Seine-Maritime de conduire l’étude de réalisation, largement subventionnée par le Fonds d’Aménagement Urbain.
Le volet architectural est confié à l’agence Reichen et Robert déjà engagée dans une opération analogue : la reconversion de la filature Le Blan pour l’Office HLM de Lille. Les études préalables achevées, commence alors le montage proprement dit de l’opération. L’Etablissement Public de la Basse-Seine intervient comme relais financier et acquiert terrains et bâtiments pour 4 MF. Cette manœuvre laisse le temps à l’OPAC, devenue maître d’ouvrage par convention avec la ville, de réunir les fonds nécessaires à la réalisation de l’opération. Parallèlement, des actions de sensibilisation (réunions-débats-visites) sont engagées par la ville auprès de la population. La diversité des bâtiments, leur qualité architecturale, leur excellent état de conservation permet l’élaboration d’un programme de reconversion mixte. Celui-ci prévoit 151 logements sociaux (8 300 m² de surface habitable), une quinzaine de petites boutiques indépendantes (1400 m²), une moyenne surface commerciale (1 600 m²), de l’artisanat (1200 m²), de l’industrie légère (1500m²), des bureaux (1700m²), des équipements publics (600 m²)….330 places de parking. Le parti architectural consiste à conserver tous les ateliers à étages et à les réutiliser en apportant le minimum de modifications aux façades. Les rez-de-chaussée sont transformés en boutiques, les étages en logements. Le reste du programme est réparti dans les ateliers en shed (industrie légère, supermarché et parkings) et autres bâtiments conservés (artisanat, équipements municipaux).
La transformation des ateliers à étages en immeubles de logements nécessite néanmoins quelques interventions sur le gros-œuvre : le percement de trémies pour l’installation des escaliers et ascenseurs, le renforcement de la structure et des planchers existants pour augmenter la capacité de surcharge des bâtiments et assurer la stabilité au feu et l’insonorisation des appartements. Ainsi, tous les planchers qui séparent les commerces et logements sont systématiquement remplacés par des dalles en béton armé. Le découpage et la distribution des logements à l’intérieur des anciens ateliers ont été contraints par l’ampleur des baies. Dans les étages courants, les plans des logements sont classiques. Selon leur taille, les logements sont traversants et jouissent d’une double orientation. Ils bénéficient de surfaces largement supérieures aux normes habituelles (+25%) et d’une hauteur sous plafond élevée (3m) malgré leur faux plafond coupe-feu et insonorisant.
La densité et l’enchevêtrement du bâti nécessite cependant d’aérer le site par destructions partielles afin de mettre en valeur les édifices principaux et de ménager des espaces de circulation et de vie extérieure. 3 700 m² de bâtiments sont détruits : des galeries, des annexes, des ateliers en sheds, des édifices de moindre qualité architecturale ou plus difficile à réutiliser. La grande filature qui occupait la moitié de l’îlot central est rasée au deux tiers. La chaufferie, la salle des machines, la cheminée de l’usine, éléments emblématiques du monde industriel sont malheureusement sacrifiées. Les vestiges générés par ces destructions nécessaires sont intégrés au projet et deviennent des composants essentiels des espaces extérieurs. La structure métallique d’une ancienne galerie devient une pergola qui marque l’entrée du site. Le sous-sol de l’ancienne chaufferie devient un petit amphithéâtre. Le mur de la chaufferie le long du grand bâtiment est conservé pour constituer un écran et encadrer la vue depuis l’entrée du mail. Des grilles récupérées délimitent l’espace de l’amphithéâtre. Le socle de cheminée est réinterprété en jeu d’enfants. Des arcades en brique délimitent l’aire de jeu et des colonnes en fonte sont utilisées comme élément de décor. L’ancienne pièce de séchage termine le cheminement piéton.
Trouver les nouvelles fonctions s’adaptant le mieux à la morphologie des bâtiments existants a constitué la ligne directrice de l’opération. Cette adéquation augmente la faisabilité et réduit les coûts. Les ateliers à étages se prêtent parfaitement à une reconversion en appartements. Ils sont peu profonds (10 à 15 m), ont une hauteur sous plafond compatible avec une hauteur de logement (3,80m) et sont éclairés par des fenêtres répétitives sur les deux façades. L’épaisseur des ateliers à étages permet de créer des logements traversants ou avec coursive. La seconde solution prive les logements d’une double orientation mais évite le percement des trémies trop nombreuses dans les planchers existants.
La reconversion de l’usine Blin et Blin se comprend à l’échelle de la ville. Elle s’inscrit dans une politique de reconquête urbaine envisagée par la municipalité dès le début de la mutation du site. L’opération ne se limite donc pas à la sauvegarde et la réutilisation d’un patrimoine bâti exceptionnel, elle doit aussi désenclaver l’ancien quartier industriel en l’ouvrant sur la ville et en l’intégrant aux circuits de circulations (piéton, automobile) existants. Le traitement des espaces extérieurs a donc pour objectif de rétablir la continuité de l’usine avec son environnement urbain. Le mur d’enceinte marquant l’entrée de l’usine est détruit, ainsi que certains bâtiments (comme celui situé à l’angle des rues Michelet et Poussin) faisant obstacle à la porosité du quartier. L’usine étant déjà structurée par son propre réseau viaire, il était ensuite facile de la connecter à la trame urbaine. L’avenue Gambetta qui constituait l’accès principal à l’usine Blin et Blin est intégrée au quartier. Réaménagée en espace piétonnier, elle relie les cours intérieures et donne accès aux zones commerciales.
Le chantier lancé en avril 1980 est achevé en mai 1983. Le montant des travaux pour la partie logements et commerces s’élève à 40 MF. La reconversion de l’usine Blin et Blin est primée au Palmarès National de l’Habitat en 1984. L’enquête réalisée auprès des habitants à l’occasion du palmarès national de l’habitat est unanime : la conception des logements est très appréciée des locataires. Surface, luminosité, distribution des pièces, isolation acoustique… comptent parmi les points positifs. Les rares critiques portent sur la hauteur des plafonds et la difficulté de meubler les pièces en raison de l’importance des surfaces vitrée.
Le bilan de l’opération est cependant contrasté. Blin c’est beau mais c’est triste ! C’est le constat que fait la municipalité dès 1985. Malgré la qualité de l’architecture et de l’habitat, le quartier manque d’attractivité et reste sans vie. L’activité attendue ne s’est pas développée. Les commerces ont rapidement fermé. Les équipements publics sommeillent. L’animation espérée autour de l’amphithéâtre est inexistante, la fréquentation des jeux d’enfants dérisoire. Bien qu’intégré au tissu urbain, le quartier reste isolé, refermé sur lui-même. Il tourne le dos à la ville et fonctionne comme un ghetto. Cette situation a plusieurs raisons. Le quartier bien que très proche du centre-ville souffre d’un positionnement en cul de sac. La gare ne fonctionnant plus, l’avenue Gambetta ne constitue plus un axe de passage et d’animation. Son reclassement en voie piétonne entraîne le contournement de l’îlot. A cela se rajoute l’absence de desserte en transport public. Le quartier souffre d’un manque d’équipements publics jouant un rôle moteur : la médiathèque n’est ouverte qu’en 1989 et implantée en périphérie. Finalement peu de moyens lui sont donnés au lieu pour vivre. L’absence de mixité sociale constitue également un handicap. Le quartier est stigmatisé. Les résidants, s’ils apprécient leur logement, ne s’approprient pas véritablement le lieu. L’image du quartier reste liée à celle de l’usine (où certains ont travaillé avant d’y loger) et n’est pas vécue comme valorisante pour ceux qui y vivent et ne suscite aucun intérêt pour ceux qui n’y vivent pas. La mode des ateliers transformés en loft n’est pas encore fait son chemin. Le quartier est aussi, tout simplement, le reflet des difficultés économiques et sociales que connaît alors la ville.
A l’issue des travaux, l’OPAC reste propriétaire de tous les logements et commerces. La ville reprend la totalité des espaces extérieurs et s’engage à racheter, dans un délai de 10 ans, tout ou partie de bâtiment qui n’aurait pas d’affectation afin de garantir l’équilibre final de l’opération.
La reconversion de l’usine Blin et Blin, impulsée et portée par la ville d’Elbeuf et l’OPAC, résulte d’un travail collectif exemplaire et du soutien de nombreux partenaires publics. Ce projet ambitieux et précurseur fait encore figure d’exemple en région comme en France.
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Période(s)
- Principale : 4e quart 20e siècle , daté par source
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Dates
- 1983, daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Reichen et Robert Architectesagence d'architecture signatureReichen et Robert ArchitectesCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
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Auteur :
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Murs
- brique
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Toitsardoise, verre en couverture
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Étages4 étages carrés
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Couvrements
- charpente métallique apparente
-
Élévations extérieuresélévation à travées
-
Couvertures
- toit à deux pans pignon couvert
- toit à deux pans pignon découvert
- shed
-
TypologiesReconversion
-
État de conservationétablissement industriel désaffecté
-
Statut de la propriétépropriété d'un établissement public
- (c) Région Normandie - Inventaire général
- (c) Agence Reichen et Robert & Associés Architectes Urbanistes
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Documents d'archives
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Archives municipales, Elbeuf : 30 W_ELB 3
AM Elbeuf. Série W. Sous-série 30 W_ELB 3. Réhabilitation des usines Blin et Blin (1978-1979).
ZAD Blin, Rapport justificatif de présentation, annexé à la délibération municipale du 7 juillet 1978. -
Archives municipales, Elbeuf : 30 W_ELB 3
AM Elbeuf. Série W. Sous-série 30 W_ELB 3. Réhabilitation des usines Blin et Blin (1978-1979).
Dossier soumis au Groupe Administratif Départemental du Fonds d’Aménagement Urbain, décembre 1978. -
Archives municipales, Elbeuf : 30 W_ELB 3
AM Elbeuf. Série W. Sous-série 30 W_ELB 3. Réhabilitation des usines Blin et Blin (1978-1979).
Extrait du registre des délibérations du Conseil Municipal, 16 février 1979. -
Archives municipales, Elbeuf : 30 W_ELB 4
AM Elbeuf. Série W. Sous-série 30 W_ELB 4. Réhabilitation des usines Blin et Blin - Etude de réalisation (1978).
Rapport technique -
Archives municipales, Elbeuf : 98 W_ELB 1/2
AM Elbeuf. Série W. Sous-série 98 W_ELB 1/2. Groupe de travail « Développement économique et local » - compte rendu de la réunion du 6 novembre 1985 « La Réhabilitation des Friches industrielles », C.E.TE. Normandie-Centre.
Bibliographie
-
REAL, Emmanuelle. Reconversions : l'architecture industrielle réinventée. Rouen : Conseil Régional de Haute-Normandie, coll. Images du patrimoine 281, 2013, 304 p.
p. 57-71.
Périodiques
-
REICHEN, Bernard, ROBERT, Philippe. Filatures, logements, commerces. Recyclage d'un ilot industriel à Elbeuf (ilot Blin et Blin). In: Techniques et architecture, n°322, dec 1978.
p.1-7. -
REICHEN, Bernard, ROBERT, Philippe. Lille, Elbeuf : 2 filatures, 3 méthodes. In: Architecture intérieure CREE, n°182, avril-mai 1981.
p. 81-96.
Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.
Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.