Dossier d’œuvre architecture IA76000418 | Réalisé par
Real Emmanuelle (Contributeur)
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.

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  • patrimoine industriel, patrimoine industriel de l'agglomération d'Elbeuf
  • patrimoine industriel, patrimoine industriel protégé MH
Usine de drap Fraenckel-Herzog
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Seine-Maritime - Elbeuf
  • Commune Elbeuf
  • Adresse 25 rue Camille Randoing
  • Cadastre 1982 AN 132,133,147,148,171,203, 225, 232
  • Dénominations
    filature, tissage, usine d'apprêt des étoffes
  • Précision dénomination
    filature de laine, tissage de laine
  • Appellations
    usine Fraenckel Frères, puis Fraenckel-Blin, puis Fraenckel-Herzog s. a.
  • Destinations
    atelier de menuiserie, établissement administratif
  • Parties constituantes non étudiées
    atelier de fabrication, cheminée d'usine, bureau, chaufferie, salle des machines, pièce de stockage du combustible, château d'eau, cour

La signature du traité de Francfort en 1871, après la défaite française dans la guerre 1870 entraine l’émigration de plusieurs industriels et ouvriers drapiers du canton de Bischwiller en Alsace vers d'autres villes industrielles françaises spécialisées dans l'activité drapière, en premier lieu Elbeuf et Sedan. Les raisons principales de cet exode ne sont pas politiques mais économiques : le traité de Francfort comportait des clauses douanières strictes qui fermaient aux industriels alsaciens le marché français auquel leur production était adaptée, et avec lequel ils réalisaient le 3/4 de leurs ventes. Les fabricants drapiers de Bischwiller étaient depuis longtemps spécialisés dans la fabrication de tissus en laine teints en noir ou dans celle de draps fins destinés à une clientèle aisée et élégante. La réforme douanière leur imposait donc de s'adapter à la clientèle allemande qui n'achetait guère de draps noirs et se contentait d'articles manufacturés de moindre qualité et bon marché. Une reconversion complète de leur production, passant par une indispensable modification de l'outillage était donc nécessaire pour maintenir leur activité en Alsace. De nombreuses démarches de leur part, pour l'instauration d'un régime douanier modéré, avec le maintien du débouché français furent menées sans succès. C'est dans ces conditions que le choix de l'exode vers Elbeuf s'imposa aux Fraenckel comme aux Blin.

Jusqu'en 1879, les frères Louis et Henri Fraenckel, associés depuis 1855, se contentèrent pour reprendre leur activité drapière à Elbeuf, de louer bâtiments, machines et force motrice. Une fois surmontées les premières difficultés, l'essor de leurs affaires leur permit d'acquérir en juin 1879 l'ancienne manufacture de Théodore Chennevière, située sur les parcelles 696 à 700, section C du plan cadastral de 1836, pour la somme de 240 000 F. A l'emplacement des bâtiments fraichement acquis, ils font construire en 1880, en association avec la famille Blin, une usine moderne et intégrée permettant de réaliser en interne tout cycle de fabrication depuis la filature jusqu'aux apprêts des draps. En 1900, elle emploie 140 ouvriers et compte 300 métiers à tisser mécaniques, 8940 broches à filer et 68 fouleuses laveuses.

En 1902, les frères Freanckel se séparent de la famille Blin et fondent une société avec les frères Herzog : Ernest, Edmond et Emile (ce dernier n'étant autre que l'écrivain-académicien, plus connu sous le pseudonyme d'André Maurois). L'acte de la Société Fraenckel-Herzog déposé en date du 15 février 1902 déclare la société constituée entre Marx Hirsch dit "Louis Fraenckel", Henri Fraenckel, M. Jonathan dit Paul Fraenckel, Victor Fraenckel et Ernest, Edmond et Emile Herzog. Quant en 1918 la société Fraenckel-Herzog lance la construction d’une nouvelle usine à Caudebec-les-Elbeuf, la partie filature est développée et répartie entre les deux usines, celle d'Elbeuf conservant cependant le tissage et les apprêts. C'est alors avec l'usine Blin, la plus importante d'Elbeuf tant en taille, qu’en effectif et qu'en capacité de production. En 1924, la société Fraenckel-Herzog est transformée en société anonyme. L'usine est alors au plus fort de son activité : son effectif atteint 1500 ouvriers et son équipement se compose entre autre de 80 machines à fouler, 41 machines à tondre et calandrer, d'une dévideuse et retordeuse à 5750 broches, de métiers à filer totalisant 4440 broches et de 434 métiers à tisser.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'usine subit de nombreux dommages, nécessitant la reconstruction de plusieurs ateliers après-guerre. En 1948, un château d'eau est édifié, portant la date. L'effectif tombé à 400 ouvriers au lendemain du conflit ne fait que décliner durant les années suivantes pour atteindre le nombre de 170 ouvriers en 1962, avant se fermeture définitive à la fin des années 1960. Depuis cette date, l'usine a fait l'objet de nombreuses divisions, de morcellement de propriétés et de destructions, cependant un vaste atelier, une chaufferie (avec ses trois chaudières) et une salle des machines ont bénéficié d'une protection au titre des monuments historiques en 1994.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
    • Principale : 1er quart 20e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
  • Dates
    • 1880, daté par source
    • 1948, daté par travaux historiques

L'usine Fraenckel Herzog se situe dans la partie Sud de la ville qui s'est développée dans la 2e moitié du 19e siècle, en raison notamment, de l'attrait de la future gare. Elle occupe une surface de près d’1 ha délimitée au Nord par la rue Camille Randoing, au Sud par la rue Salvandy et à l'Est par la rue Théodore Chennevière. Il s'agit d'un vaste ensemble comprenant plusieurs bâtiments à usage d'ateliers de fabrication, chaufferie, salle des machine, entrepôts et magasins industriels. A ce jour l'édifice est morcelé en plusieurs propriétés et certains bâtiments tel que l'atelier Sud, en façade sur la rue Salvandy, sont promis à une démolition prochaine. La ville d'Elbeuf a acquis les bâtiments situés au Nord-Ouest sur les parcelles 225, 226 et 227, comprenant trois ateliers, la chaufferie et la salle des machines.

L'atelier Nord, en façade sur la rue Camille Randoing est un vaste bâtiment en maçonnerie de brique et ossature fonte, long de 8 travées et s’élevant sur 2 niveaux. De larges baies en arc segmentaires percent chaque élévation et assurent un éclairage traversant optimum. Chaque niveau correspond à un espace d’atelier au centre duquel une série de colonnes de fonte soutient les solives métalliques des planchers, dégageant ainsi un espace maximum. Les plafonds sont à voutains de brique.

L'atelier en façade sur cour, construit au-dessus du tunnel de stockage du charbon est contigu à l'atelier précédent et lui est identique. Il s'agit toutefois d'un très long bâtiment qui s'étend sur 20 travées. Comme l'atelier précédent, les façades sont rythmées de pilastres ornés de tirants aux initiales de Fraenckel Blin. Ce bâtiment comprenait à l'origine 35 travées. Sa partie centrale détruite durant la Seconde Guerre mondiale, sur 8 travées, a été reconstruite en béton selon un modèle qui rompt l'unité d'ensemble.

L'atelier sur l'arrière-cour, auquel on accède par un porche percé dans l'atelier Nord est construit en rez-de-chaussée, sur le modèle des précédents.

La chaufferie occupe un bâtiment en brique d'environ 750 m2, de type halle, doté d’une charpente mixte en bois et fer et d’une couverture en ardoise. Un tunnel d'une trentaine de mètre la relie en sous-sol à la cave de l’atelier voisin qui servait d’espace de stockage du charbon. Il s'agit d'une très vaste salle voûtée en brique rejointoyée au ciment, faiblement éclairée par 5 soupiraux par lesquels étaient directement déversé le combustible. La salle des machines, contiguë à la chaufferie, est à l'état de vestiges

  • Murs
    • brique
    • béton
  • Toits
    tuile mécanique, ardoise, ciment amiante en couverture
  • Étages
    2 étages carrés, étage de comble
  • Couvrements
    • charpente métallique apparente
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • terrasse
    • toit à longs pans pignon couvert
    • shed
  • Énergies
    • énergie thermique produite sur place
    • énergie électrique achetée
  • État de conservation
    menacé, établissement industriel désaffecté
  • Techniques
    • ferronnerie
  • Représentations
    • monogramme
  • Précision représentations

    Têtes de tirants en ferronnerie portant le monogramme FB (initiales de Fraenckel-Blin)

  • Statut de la propriété
    propriété privée
    propriété d'un établissement public communal
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    inscrit MH partiellement, 1994/07/04
    classé MH partiellement, 1995/07/04
  • Précisions sur la protection

    bâtiment sur rue ; bâtiment en retour sur la cour centrale jusqu'à la limite de la partie reconstruite ; bâtiment de l'arrière de la cour ; salle des machines ; cheminée (cad. AN 225, 232) : inscription par arrêté du 4 juillet 1994 ; chaufferie, y compris le bâtiment qui l'abrite et les accessoires nécessaires à son fonctionnement (cad. AN 225) : classement par arrêté du 4 juillet 1995.

  • Référence MH

Les trois chaudières encore en place sont classées Monuments Historiques depuis 1995 et étudiées dans la base Palissy.

Documents d'archives

  • AD Seine-Maritime. Série M. Sous-série 5M : 5 M 459. Bâtiments insalubres et dangereux.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 5 M 459
    Déclaration d'exploitation d'une teinturerie, juillet 1923.
  • AD Seine-Maritime. Série RP. Sous-série 12 RP 36-39. Dommages de guerre 1939-1945.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 12 RP 36-39
  • AD Seine-Maritime. Série 8SP. Registre des déclarations d'appareils à vapeur de mars 1865 à février 1889.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 8SP
    N° 1419, déclaration de chaudières, 1882. N°142, déclaration de chaudière, 1889.
  • AD Seine-Maritime. Série 8SP. Registre des déclarations d'appareils à vapeur de mars 1889 à février 1900.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 8 SP
    N°142, déclaration de chaudière, 1889. N° 501, déclaration de chaudière, 1892. N°942, déclaration de chaudière, 1896.
  • AD Seine-Maritime. Série 8SP. Registre des déclarations d'appareils à vapeur de février 1900 à mai 1913.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 8 SP
    N°2855, déclaration de chaudière, 1909. N°2980, déclaration de générateur, 1910. N° 3045, déclaration de chaudière, 1910. N° 3223, déclaration d'un récipient pour le séchage des draps, 1911.
  • AD Seine-Maritime. Série 6 SP. Déclarations d'appareils à vapeur pour les communes de A à Y de l'arrondissement de Rouen pour la période 1877-1892.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 6 SP
    Déclaration pour l'installation de deux chaudières supplémentaires, 1882.
  • AM Elbeuf. Série Z. Sous-série 12 Z 15. Documents entrés par voie extraordinaire.

    Archives municipales, Elbeuf : 12 Z 15
    Rapport d'expertise effectué pour réparation des sinistres de guerre 1940 et 1944 sur les établissements Fraenckel-Herzog
  • AM Elbeuf. Série 2 F. Sous-série 2F 213. Liste et effectif des établissements industriels en 1889.

    Archives municipales, Elbeuf : 2F 213
    1069 ouvriers
  • AM Elbeuf. Série 2F 211. Grèves de 1947.

    Archives municipales, Elbeuf : 2F 211
    Grèves pour l'abaissement de la durée du travail hebdomadaire et l'augmentation de la ration de pain.
  • AM Elbeuf. Série G 1284. Matrice des contributions foncières mobilières, registre des patentes de 1900.

    Archives municipales, Elbeuf : G 1284
    Nombre d'ouvriers et machines en place.
  • AM Elbeuf. Série 50 Z. Don Yvon Longuemare, dossier sur le démantèlement des établissements industriels, photographies et documents.

    Archives municipales, Elbeuf : 50 Z
    Rapport d'expertise effectué par R. Guinault, pour réparation des sinistres de 1940 et 1944, 28/04/1953.
  • AD Seine-Maritime. Série U. Sous-série 6 U 2 /123. Tribunal de commerce d'Elbeuf. Société Fraenckel-Herzog.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 6 U 2 /123
    Acte de constitution de la société Fraenckel-Herzog, 15 février 1902.
  • AM Elbeuf. Série G 1309. Matrice des contributions foncières mobilières, registre des patentes de 1930.

    Archives municipales, Elbeuf
    Nombre d'ouvriers et machines en place.

Bibliographie

  • L'histoire de l'industrie et du commerce en France, l'effort économique français contemporain. Paris : ed d'Art et d'Histoire, 1923.

    p. 42-44
  • MAUROIS, André. Mémoires... 1885-1939. Paris: Flammarion, 1948, 343 p.

    En partie, mémoires d'Emile Herzog, patron de l'usine.
  • REAL, Emmanuelle. Elbeuf, ville drapière. Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie. Inventaire Général ADAGP. Collection Itinéraires du Patrimoine n° 50 (revu et augmenté), 2004, 64 p.

  • REAL, Emmanuelle. L’industrie et la ville : l’exemple d’Elbeuf XVIIe-XXe siècles. in : BECCHIA, Alain (dir). La draperie en Normandie du XIIIe siècle au XXe Siècle. Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre. 2003, p. 407-428.

Périodiques

  • L'illustration économique et financière. Seine-Inférieure, 1923.

    p. 122-123
  • Les cités normandes du draps, Elbeuf et Louviers. La Revue de Rouen, n°10, 1956, 30 p.

  • DAUMAS, Jean-Claude. Fabricants et négociants alsaciens à Elbeuf. 1871-1900 : limite d'une intégration. In: Études Normandes, 40e année, n°2, 1991. Sociabilité Normande.

  • REAL, Emmanuelle, WALLEZ, Elisabeth. Du repérage à la protection. In : Bulletin de la Société d’Histoire d’Elbeuf, 1993, p. 25-30.

Date(s) d'enquête : 1992; Date(s) de rédaction : 1993
(c) Région Normandie - Inventaire général
Real Emmanuelle
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.

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