Le 2 Août à midi, par 33°38 N et 23°30 W, courant au S20W par faible brise d’Est, aperçu fumée d’un vapeur stoppé puis, vers 16h00, un grand vapeur gris avec cheminée jaune clair qui passa sur notre avant, route au NW, puis ralentit. Deux heures plus tard, un point noir se montra par le travers au vent et deux obus tombèrent près du navire. C’était un grand sous-marin approchant rapidement. Je manœuvrai pour présenter l’arrière du bâtiment et fit commencer le feu. L’Allemand, tirant avec ses deux pièces encadrait le voilier et ses obus, tombant par paires, causaient de graves avaries au quatre-mâts qui n’était plus qu’à 600 m. La canonnade continua, furieuse, pendant quinze minutes à raison de six projectiles par minutes. Tout à coup, l’ennemi cessa le feu et nous vîmes une épaisse fumée noire envahissant sa partie avant. Il était touché. Mais cette lueur d’espoir fut éphémère. Nous étions criblés et les voiles pendaient, en lambeaux, le pont était percé en plusieurs endroits, le roof arraché, les embarcations de l’avant en miettes. Un homme avait été tué et plusieurs blessés, dont notre meilleur pointeur mis hors de combat au début de l’action. La nuit tombait et le sous-marin reprit son tir, distinguant parfaitement la silhouette du quatre-mâts tandis que nous ne pouvions régler notre tir que sur les lueurs de départ de ses obus. Toute manœuvre étant inutile et impossible, tout en continuant à tirer, je fis armer les embarcations de l’arrière sur le côté tribord afin d’être protégé. Les blessés y prirent place en premier, puis les hommes ne servant pas les pièces. L’adversaire, gagnant sur notre travers ne s’approcha guère. Mais l’avantage était trop grand pour lui. Je crois qu’il possédait quatre canons de fort calibre. A chaque instant, nous étions renversés sur la dunette par le déplacement d’air produit par les obus passant à nous toucher. Je crus de mon devoir de ne pas exposer l’équipage à un massacre inutile. Je fis accoster la baleinière de tribord et dès que les canonniers y eurent pris place, j’y descendis moi-même, emportant les papiers du bord.
Chargé d'études à l'Inventaire général du patrimoine culturel depuis 1991. Ingénieur d'études (DRAC Haute-Normandie jusqu'à la loi de décentralisation), puis ingénieur et ingénieur principal, Région Normandie.
Spécialités : vitrail (correspondant du centre Chastel pour la Haute-Normandie), patrimoine rural, construction navale, patrimoine militaire (fortifications du mur de l'Atlantique dans le cadre du PCR mur de l'Atlantique), patrimoine aéronautique, patrimoines commémoratifs.