La restauration complète de l'église Saint-Prix, conduite entre 1898 et 1903 sous la houlette de l'architecte C. Corbin originaire d'Argentan, entraine la transformation des fenêtres en baies géminées. Deux séries de vitraux sont alors confiées à l'atelier Muraire d'Évreux. Pendant et après la Grande guerre, c'est à l'atelier Lorin que la paroisse commande trois verrières, dont l'une, commémorative, est financée par souscription. A la suite des destructions de la Seconde Guerre mondiale, l'atelier Gabriel Loire est chargé de restaurer les vitraux qui pouvaient l'être et de remplacer les baies disparues.
La verrière dédiée à la mémoire des soldats tués pendant la Première Guerre mondiale s'inspire d'un lavis de l’illustrateur A. de Linay publié sous forme de planche (n° 963) sous le titre Pour la Foi, le Droit et la Justice ! par Letaille et Boumard fils, éditeurs pontificaux. L’atelier Lorin de Chartres promeut le modèle en le déclinant et en le modifiant à l’envi entre 1915 et 1932. Les registres de l’atelier mentionnent des «œuvres patriotiques» pour le remploi de la scène et un support de type pantographe (1924, n° 3 377), laissant supposer que la vignette a été redessinée afin d’être transposée à différentes échelles grâce à cet ingénieux procédé. Les vitraux, pour semblables qu’ils puissent paraître, ne sont jamais identiques. Les fonds végétaux, les bordures et les motifs centraux offrent une grande variété de combinaisons, permettant de proposer au commanditaire une œuvre «unique», bien qu’issue d’une grande série. Voir Pleines-Oeuvres (Calvados), Giéville et Créteville (Manche), Saint-Avaugourd-des-Landes ou Saint-Fulgent (Vendée), et plus particulièrement, pour la représentation identique de La France soutenant un soldat, Gasville (Eure-et-Loir), Merri (Orne, IM61004231), Planguenoual (Côtes-d’Armor), etc.
La maquette conservée par la maison Lorin de Chartres atteste d'une commande passée très tôt dans la guerre, puisque la lancette gauche est, sur le projet, seule occupée par les noms des 13 soldats disparus. Georges Richard est le dernier de la liste, ayant été tué en septembre 1915. La cartouche central évoque par ailleurs les "glorieux morts de 1914-1915". Malheureusement, à la pose de la verrière en 1920, 13 noms supplémentaires durent être ajoutés. Probablement prévu en attente, Le décor floral de la lancette droite fut donc remplacé par une nouvelle liste mémorielle qui vint symétriquement équilibrer la verrière.
Responsable du service éducatif de l'Inventaire Basse-Normandie de 2007 à 2018. Recherches (Master2) sur les vitraux commémoratifs de la Première Guerre mondiale.