Dossier d’aire d’étude IA76005601 | Réalisé par
Pottier Gaëlle (Rédacteur)
Pottier Gaëlle

Chercheuse associée au Parc naturel des Boucles de la Seine Normande depuis 2014, en charge de l'inventaire du patrimoine bâti et des éléments de paysage associés.

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  • inventaire topographique, boucles de la Seine normande
présentation de la commune de Vatteville-la-Rue
Auteur
Copyright
  • (c) Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Caux Seine Agglo
  • Adresse
    • Commune : Vatteville-la-Rue

Situé à mi-chemin de Rouen et du Havre, la commune de Vatteville-la-Rue épouse la partie ouest de la boucle de Brotonne. Sa superficie couvre plus de 5 000 hectares et l’altitude maximale, relevée au sud-ouest de la commune, s’élève à 123 mètres. La commune est traversée par la départementale 65 qui la relie à St Nicolas-de-Bliquetuit, d’un côté, à Aizier de l’autre. Le territoire de la commune est occupé aux deux-tiers par la forêt domaniale de Brotonne qui est traversée, quant à elle, par la départementale 131 reliant Arelaune-en-Seine à Pont-Audemer. Mur de protection contre la montée des eaux de la Seine, marais de Vatteville-la-Rue.Mur de protection contre la montée des eaux de la Seine, marais de Vatteville-la-Rue.

Vatteville-la-Rue se compose de plusieurs unités de paysage. Elle est bordée au nord par la Seine qui lui offre une esplanade sur la rive droite, notamment sur le coteau de Villequier dominé par son château et sur les marais de Norville. A l'arrière, le marais occupe l’ancien lit majeur de la Seine : il s’est constitué par les atterrissements successifs provoqués par l'endiguement de la Seine. Les parcelles de forme allongée servent actuellement de prairies ou sont exploitées pour la culture du maïs ou du colza. Elles étaient autrefois délimitées par des alignements d'arbres têtards qui tendent à disparaître. Ces prairies inondables sont drainées par un système de canaux et de fossés qui évacuent vers la Seine le trop plein d’eau. Situés sur l’axe de migration de nombreux oiseaux, ces marais constituent une zone refuge pour toute la faune sauvage (amphibiens, chauve-souris...) et abritent de nombreuses espèces végétales protégées, caractéristiques des zones humides. Vers le sud de la commune, l’espace de marais se rétrécit, rattrapé par le coteau boisé. Au niveau du hameau de La Vacquerie, la berge ripisylve et la forêt alluviale sont reconnues en ZNIEFF de type 1. Derrière la première frange bâtie s'étend la plaine agricole, milieu ouvert de grandes parcelles cultivées où les vues portent plus loin, notamment vers le pont de Brotonne, qui est interrompu au sud par la forêt fermant cet espace sans véritable transition. Vue sur la plaine alluviale depuis le hameau de l'Angle avec le pont de Brotonne à l'horizon.Vue sur la plaine alluviale depuis le hameau de l'Angle avec le pont de Brotonne à l'horizon.

L'Inventaire croisé mené en 2019 et 2020 par le Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande a permis de recenser 200 bâtiments sur cette commune, dont : Carte de l'inventaire croisé élaborée par le SIG du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande, 2020. (PNRBSN).Carte de l'inventaire croisé élaborée par le SIG du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande, 2020. (PNRBSN).

- 5 remarquables

- 53 très intéressants

- 136 intéressants

- 3 archéologiques

- 3 détruits (depuis le précédent Inventaire du patrimoine bâti mené par le Parc en 2009)

Commune rurale la plus étendue du département de la Seine-Maritime, Vatteville-la-Rue occupe un emplacement stratégique entre la Seine et la forêt de Brotonne. De nombreux vestiges archéologiques témoignent de la présence d'habitants dès l'époque gallo-romaine (1er² au 4e siècle après JC). Au centre du village, le site de l'ancien manoir des Cateliers (détruit) conserve les vestiges d'une villa et d'un temple - fanum - découvert en 1911 au moment des travaux d'agrandissement de la D95. De nouveaux sondages menés en 1994 par le Service Régional de l'Archéologie ont révélé une vaste zone d'occupation. Le toponyme « la Rue » pourrait signifier le gué, indiquant que les romains pouvaient franchir le seuil du fleuve aux basses mers. Ces derniers transformèrent également le sentier jadis utilisé par les Celtes et les Gaulois en une voie romaine reliant Pont-Audemer à Caudebec-en-Caux.

Au 6e siècle, Vatteville-la-Rue fait partie du domaine des rois mérovingiens, dont le palais d'Arelaune se situe en bordure d'une forêt déjà réputée pour son gibier. L'histoire raconte que Clotaire (498-561), roi de Soissons, vint s'y réfugier en 535 pour échapper à ses frères Childebert et Théodebert qui se disputaient le royaume des Francs. Le palais a sans doute été abandonné au moment des invasions vikings, les envahisseurs ayant investi toute la région de la Basse-Seine. Le nom d'Arelaune disparait en même temps que le palais, remplacé par celui de Brothonne puis Brotonne, peut-être attribué en hommage à Condède, un ermite breton, ayant revêtu l'habit monastique à l'abbaye de Fontenelle (Saint-Wandrille-Rançon). En 674, ce dernier s'établit sur l'île de Belcinac, située entre Vatteville et Villequier, ayant reçu de Thierry III (657-691), l'autorisation d'y fonder un monastère pour organiser l'évangélisation de la contrée. L'île, sur laquelle saint Condède fut enterré, resta la propriété de l'abbaye et reçut la visite de nombreux pèlerins venant vénérer les reliques, tandis que ses pâturages étaient loués à des fermiers. L'île de Belcinac était formée d'un banc d'alluvions mouvant, qui pouvait disparaître et réapparaître sous l'effet des marées et du mascaret. Elle disparut plusieurs fois en 1330 et 1597. Sa réapparition en 1641 provoque un conflit entre les moines et les seigneurs de La Mailleraye. L'île est à nouveau submergée en 1740 et définitivement rattachée à la rive gauche du fleuve au moment de l'endiguement du fleuve. « Watteville » est mentionné pour la première fois en 1025. Après la bataille d'Hastings en 1066, Guillaume le Conquérant donne à Robert de Beaumont la forêt et le fief de Vatteville pour le remercier d'avoir combattu à ses côtés.

Bénéficiant à la fois du passage du fleuve pour l'écoulement des marchandises (bois de la forêt de Brotonne, foin des marais...) et de la proximité de l'estuaire, Vatteville-la-Rue se distingue par son passé maritime qui a connu son apogée au 16e siècle. À cette époque, le village possédait un port et plusieurs espaces dédiés à la construction ou à la réparation de bateaux. Les navires armés par les capitaines vattevillais participent au grand commerce maritime normand en direction de l'Europe du Sud, de l'Afrique mais aussi du Nouveau Monde. Leur destination principale reste toutefois celle de Terre-Neuve en lien avec la pêche à la morue. Bien que possédant leur port d'attache à Rouen ou au Havre, l'activité des armateurs contribua à la prospérité du village et rejaillit sur l'habitat ou l'ornementation de l'église. La concurrence du port du Havre, l'ensablement du fleuve et l'augmentation du tonnage des navires entraînèrent son déclin. Jusqu’au 19e siècle, les marins avaient coutume de graver, avant leur départ en mer, des dessins de leur bateau sur les pierres des murs de l'église ou sur les hourdis des maisons à colombages. Plus de 300 graffiti ont été recensés dans la commune. À ces représentations, s'ajoutent les vitraux de l'église ou encore des maquettes de bateaux. Le 12 mars 1765, une part importante du hameau de La Neuville est ravagée par un incendie.

L’aménagement de la Seine fut un souci constant, le lit du fleuve était encombré de bancs instables qui se déplaçaient sans cesse entraînant de fréquents naufrages. Les marées, le mascaret et les brouillards persistants s'ajoutaient aux dangers de la navigation fluviale. Après la promulgation de la loi du 31 mai 1846, les premiers travaux d'aménagement du fleuve démarrèrent à la hauteur de Villequier à la fin de l'année 1848. La stabilisation des berges et le drainage du marais généra la création de 149 hectares de terres agricoles, gérées dès lors par un syndicat de propriétaires.

Plusieurs édifices remarquables sont classés au titre des Monuments Historiques :

- l’église Saint-Martin-de-Tours, remarquable édifice de la Renaissance où de nombreuses représentations font référence au passé maritime de Vatteville-la-Rue ;

- la résidence, appelée à tort "Maison François Ier", qui était en fait celle de son piqueur (chasse à courre). Sa façade principale présente des caractéristiques de la Renaissance ;

- le château fort des comtes de Meulan, édifié au 11e siècle sur un tertre fortifié par les romains, reconstruit au 12e siècle et occupé jusqu'au 14e siècle.

  • Sites de protection
    parc naturel régional, site inscrit

Une part importante de la commune de Vatteville-la-Rue se situe sur des terrains d’alluvions déposées par la Seine lors des divagations du fleuve aux époques passées. Ces alluvions représentant un potentiel économique, de nombreuses carrières ont été ouvertes entre le hameau La Neuville et la forêt communale de Vatteville. Leurs activités passées laissent apparaître un paysage en friche difficile à reconvertir. Actuellement, un seul site d’extraction reste en activité. Il couvre une superficie de 25 hectares au niveau du hameau de la Neuville. La société CEMEX, ayant racheté l'ancienne CASEMA, qui exploite ce site, dispose également d’un site de traitement, situé non loin de l’extraction ainsi que d’une installation portuaire fluviale permettant le transit de graves marines et le transport par barges des granulats. Conformément au schéma de réaménagement mis en place avec l’ONF, le site d’extraction actuel sera reboisé après son exploitation afin de limiter les impacts paysagers des activités d’extraction.

La commune comprend deux espaces forestiers distincts. La forêt communale de Vatteville-la-Rue qui représente environ 132 hectares et la forêt domaniale de Brotonne, soit 3360 hectares. La forêt communale se compose d’une majorité de résineux – pin sylvestre (68,5%), pin laricio (4,6%), autres résineux (3,1%) – et de feuillus – chêne sessile ou pédonculé (4,8%), hêtre (6,7%), autres feuillus (12,3%). La forêt domaniale recouvre le faciès de l’ancien méandre abandonné (ou paléoméandre). En plus de la richesse de ses groupements forestiers (chênaie sessiliflore, hêtraie à houx, hêtraie-charmaie, charmaie à jacinthe…), la forêt domaniale abrite de nombreuses espèces faunistiques et floristiques protégées. Les nombreux vestiges archéologiques conservés sous le couvert forestier constitue une richesse patrimoniale supplémentaire.

L’habitat s’est développé sur les premières terrasses alluviales et jusqu’à l’orée de la forêt en partant du bourg. Quelques maisons ont été absorbées par la forêt au niveau du Quesney. Les principaux hameaux (L'Angle, Le Plessis, Le Quesney, La Neuville), reliés entre eux par la D65 ou par la voie communale alternative, forment un chapelet d'habitations concentrées au niveau des carrefours ou de fermes importantes. L'habitat traditionnel est représenté par une majorité de chaumières ou longères et de maisons de maître en brique.

Documents d'archives

  • AD Seine-Maritime. Série 2O ; sous-série : 2O 2665. Vatteville-la-Rue. Administration et comptabilité communale.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 2O 2665
  • AD Seine-Maritime. Série E ; sous-série : 3E 23. Vatteville-la-Rue.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 3E 23
  • AD Seine-Maritime. 203J 1-57 : Chartrier de l'ancien marquisat de La Mailleraye-sur-Seine

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 203J 1-57
    56 : cartes et plans
  • AD Seine-Maritime. Série Fi ; Sous-Série 12 Fi : 12 Fi 641/6. Plan et figure de l'isle dite de Belcinac scize entre Vilquier et Vatteville, vue prise depuis la rive gauche de la Seine.- Dessin sur parchemin, 17e siècle.

    Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen : 12 Fi 641/6

Bibliographie

  • AUGER-SERGENT, Anne-Sophie. « Le passé maritime et fluvial de Vatteville-la-Rue », Cahiers Havrais de recherche historique, n° 57, 1998, p. 99-110.

    Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande
  • AUGER-SERGENT, Anne-Sophie. « Les graffiti à sujets maritimes en Normandie (du XIIe au XIXe siècle) », Cahier Havrais de Recherche Historique, n°55, 1996, pp. 53-69.

    Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande
  • MAS, Dominique. Notes historiques et archéologiques sur l'habitat de Vatteville-la-Rue, mémoire de maîtrise sous la direction de N. Gauthier, Faculté des Lettres et Sciences humaines, Université de Rouen, 1987-1988.

    Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande
  • MAURICE, Adalbert (abbé). Vatteville (Seine-Inférieure), terre royale, conférence donnée au congrès de l'association normande, Caudebec-en-Caux, imprimerie René-P. Colas, 1937.

    Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande
  • POTTIER, Gaëlle. La boucle de Brotonne : Arelaune-en-Seine, Notre-Dame-de-Bliquetuit, Vatteville-la-Rue. (Au fil des patrimoines). Notre-Dame-de-Bliquetuit : Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande, décembre 2020. 96 pages.

    Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande
Date(s) d'enquête : 2019; Date(s) de rédaction : 2020
(c) Parc naturel Régional des Boucles de la Seine Normande
(c) Région Normandie - Inventaire général
Pottier Gaëlle
Pottier Gaëlle

Chercheuse associée au Parc naturel des Boucles de la Seine Normande depuis 2014, en charge de l'inventaire du patrimoine bâti et des éléments de paysage associés.

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