Dossier d’œuvre architecture IA76002091 | Réalisé par
Real Emmanuelle (Contributeur)
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.

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  • patrimoine industriel, patrimoine industriel des communes de la rive gauche de Rouen
Usine de produits chimiques Malétra, puis Bozel-Malétra
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général
  • (c) Collection particulière

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Seine-Maritime - Le Petit-Quevilly
  • Commune Le Petit-Quevilly
  • Adresse avenue de Caen
  • Dénominations
    usine de produits chimiques
  • Précision dénomination
    usine d'acide sulfurique, d'acide chlorydrique, de soude, de chlore de chaux et de chlorate de potasse
  • Appellations
    usine de produits chimiques Pierre Malétra, puis Malétra père et fils, puis Malétra fils, puis Bozel-Malétra

En 1808, pour pallier l'arrêt des importations causé par le blocus continental décrété en 1806 par Napoléon 1er, Pierre Malétra, négociant à Rouen, fonde sur la commune de Petit-Quevilly une petite entreprise de produits chimiques, spécialisée dans la fabrication d'acide sulfurique concentrée, dite huile de vitriol. L'établissement commence son activité avec un équipement composé d'une chambre de plomb et d'un four à griller les pyrites de son invention permettant de produire 240 kg d'acide quotidiennement. La production d'acide sulfurique essentiellement destinée à l'industrie textile locale est rapidement complétée par celle d'acide chlorhydrique, dit esprit de sel, de soude par procédé Leblanc, de chlore de chaux et de chlorate de potasse. Ces produits sont également utilisés dans l'industrie textile, pour la teinture, l'impression et le blanchiment. Une des spécialités de la société Malétra est notamment une lessive à base de soude désignée par les ménagères sous le nom de cristaux.

L'usine connaît un développement important dans les années 1840 lorsque Pierre Malétra s'associe à ces fils, Léon, Adolphe, Hippolyte et Emile sous la raison sociale Malétra Père et Fils. Elle emploie alors entre 70 et 80 ouvriers. A la mort de son fondateur, en 1850, la raison sociale de l'entreprise devient Malétra fils. Léon Malétra qui en est le principal dirigeant, donne aux affaires une importante impulsion commerciale et technique. L'une des grandes innovations de l'entreprise, le four Malétra à soles superposées destiné à la combustion de pyrites fines, est mis au point en 1862. Grace à cette invention, près de 75 000 kg de pyrites désulfurisées sont traités quotidiennement dans l'usine. Pour cela, l'entreprise consomme annuellement 1 500 t de charbon, 5 600 t de sel marin, 1 000 t de manganèse, 2 000 t de soufre et de 350 t de salpêtre. Son effectif atteint alors 350 personnes. Par l'importance de son personnel et de ses installations, qui s'étendent sur un peu plus de 4 ha, l'usine de Petit-Quevilly s'impose alors comme la plus grande entreprise de produits chimiques de la région de Rouen, mais aussi comme l'une des plus importantes à l'échelle nationale. Fort de son succès, le four Malétra sera diffusé dans le monde entier.

A la mort de ses deux frères Adolphe et Léon en 1867, Emile Malétra, le cadet, reste seul à la tête de l'entreprise. Outre l'usine de Petit-Quevilly, il concentre entre ses mains celle de Lescure-lès-Rouen, commune d’Amfreville-la-Mi-Voie (76), spécialisée dans la fabrication d'acide sulfurique depuis 1791, héritée de sa sœur aînée en 1869, et une autre à Saint-Denis (93). Pour assurer leur direction, il est contraint de s'associer à son gendre M. De Gendre, en 1869. En 1868, afin de faciliter le ravitaillement de son usine de Petit-Quevilly, Emile Malétra fait construire une voie ferrée privée qui la relie directement au port de Rouen et aux voies de la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest.

En 1873, pour renforcer ses moyens financiers et poursuivre son expansion, l'entreprise familiale change de statut et devient la société anonyme Etablissement Malétra. Son chiffre d’affaires se monte alors à 7,5 MF et son capital à 4MF. Son effectif progresse à l'avenant, passant de 597 ouvriers en 1876, à 800 en 1890. Il en va de même pour ses infrastructures industrielles qui couvrent au tournant du siècle près de 26 ha.

Le développement de l'entreprise se poursuit au début du 20e siècle avec la mise en service d'ateliers dédiés à la fabrication d'acide acétique et d'acétone en 1903, puis d'acide sulfureux liquide en 1916 et enfin des superphosphates (engrais chimiques) en 1918. A cette date, les établissements Malétra sont en capacité de produire annuellement 25 000 t de superphosphate et 40 000 t d'acide sulfurique.

La Première Guerre mondiale joue un rôle prépondérant dans le développement et la diversification de l'activité de l'usine de Petit-Quevilly qui doit compenser la baisse de la production nationale d'acide chlorhydrique et d'acide nitrique causée par la perte des usines situées dans les zones de combat. Elle participe ainsi à la production des armes et munitions chimiques largement employées durant la Grande Guerre.

Pour étendre son activité au domaine de l'électro chimie et de l'électro métallurgie, la société Malétra fusionne en 1925 avec la société Bozel-Lamotte pour former la société Bozel-Malétra. Cette union permet de surmonter la crise de 1929 et se traduit ensuite par une augmentation spectaculaire de la production de superphosphate et d'acide sulfurique qui se montent respectivement à 25 000 t/an et 40 000 t/an en 1933. En 1936, au plus fort de son activité, l'usine emploie un effectif de 700 salariés. En 1939, l'usine fabrique 75 t/j d'acide monohydraté sous forme concentrée.

La Seconde Guerre mondiale, contrairement au précédent conflit, provoque un ralentissement spectaculaire de son activité, faute de main d'œuvre et de matières premières disponibles. L'entreprise en profite alors pour se diversifier dans le domaine des produits phytosanitaires. L'usine réquisitionnée par l'armée allemande constitue une cible de choix lors des bombardements alliés. Celui du 12 mars 1943 occasionne la destruction d'une grande partie de son outil de production. Les travaux de reconstruction sont entrepris dès la Libération de façon à reconstituer très vite l'appareil de production d'avant-guerre, voire de le dépasser. Mais les chiffres de 1949 montrent que l'objectif est encore loin d'être atteint, notamment pour la production d'acide sulfurique concentré qui peine à atteindre le chiffre d'avant-guerre.

L'année 1957 avec la création de la société anonyme Nobel-Bozel issue de la fusion de la société Bozel-Malétra et de la branche française de la société suédoise Nobel, spécialisée dans la fabrication de dynamite notamment, marque un tournant pour l'usine de Petit-Quevilly directement confrontée au projet de rationalisation de la production mise en œuvre par le groupe. Elle pâtît à la fois de techniques de production dépassées et d'une localisation en milieu urbain dense qui ne lui permet plus de se développer. Faute de solution, la société Nobel-Bozel ferme définitivement l'usine de Petit-Quevilly le 15 février 1965 et en 1971 l'ensemble des bâtiments sont détruits pour faire place à un nouveau quartier d'habitation baptisé quartier Nobel-Bozel en mémoire de l'ancienne usine.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 19e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 2e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 3e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 4e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 1er quart 20e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 3e quart 20e siècle , daté par travaux historiques , (détruit)
  • Dates
    • 1808, daté par travaux historiques
    • 1862, daté par travaux historiques
    • 1868, daté par travaux historiques
    • 1903, daté par travaux historiques
    • 1916, daté par travaux historiques
    • 1918, daté par travaux historiques

Tous les bâtiments de production sont détruits. Seuls subsistent quelques logements ouvriers de la cité dite des Maréchaux ainsi qu'une jarre en grès d'une contenance de 2 000 l utilisée pour le transport de l'acide sulfurique, présentée symboliquement dans l'espace public.

  • État de conservation
    détruit

Documents d'archives

  • AD Seine-Maritime. Série M. Sous-série 5M : 5 M 671. Bâtiments insalubres, dangereux et incommodes de Petit-Quevilly.

    Autorisation préfectorale pour l'installation d'un marteau pilon à planche, à 2 jambages à col de cygne de 150 kg de masse tombante en fonte aciérée fabriqué par les Ets A. Alier établis à Clermont Ferrand, 1923.

Bibliographie

  • CAYZEELE, Catherine. Étude du développement industriel de la rive gauche de Rouen de 1840 à 1914. Université de Rouen, mémoire de maîtrise d’histoire, 1972, 71 p.

    Bibliothèque universitaire Lettres, fonds IRED, Rouen : 67 CAY

Périodiques

  • CAYZEELE, Catherine. Le développement de l’industrie dans les cantons de Sotteville et de Grand-Couronne (1840-1914). In: Études Normandes, 23e année, n°279, 1974, pp. 1-16.

    p. 3, 8, 10, 15, 16
  • DANTAN, Alain. Le développement de l'industrie dans les cantons de Sotteville et de Grand-Couronne 1914-1939. In: Études Normandes, 23e année, n°280, 1974. pp. 1-23.

    p. 3, 12
  • Seine-Inférieure. L’Illustration économique et financière, n° spécial, 1923.

    p. 54
  • CHOPART, Jacques. La grande industrie chimique française est née dans les usines Rouennaises Bozel-Malétra à Lescure et Petit-Quevilly. La Revue de Rouen, n°18, 1948, pp. 17-22

Documents figurés

  • Bibliothèque municipale Rouen. Estampes topo. Fonds Fortin.

    Dessin d'après nature, Barclay, s.d., four tournant.
Date(s) d'enquête : 1996; Date(s) de rédaction : 1996
(c) Région Normandie - Inventaire général
Real Emmanuelle
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.

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