Dossier d’œuvre architecture IA27000741 | Réalisé par
Médaille Marie-Noëlle (Contributeur)
Médaille Marie-Noëlle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie. Spécialité : objets mobiliers, études urbaines.

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  • inventaire topographique, Pont-Audemer
  • patrimoine industriel, patrimoine industriel du bassin de la Risle
bassin de port, port de Pont-Audemer
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pont-Audemer - Pont-Audemer
  • Hydrographies Risle
  • Commune Pont-Audemer

Travaux aux 17e et 18e siècles

En 1518, François 1er autorise un nombre important de travaux. L’avenir du port de Pont-Audemer est lié à l’entretien et à l’aménagement de l’ensemble de la Risle depuis la ville jusqu’à son embouchure dans la Seine. Aussi des travaux de différents ordres sont envisagés : redresser les coudes de Saint-Samson et de Foulbec, creuser dans la vallée pour réaliser un canal direct entre le Colombier et Pont-Audemer et permettre aux bateaux de décharger à nouveau au plus proche de la ville.

Les travaux débutent réellement en 1678 avec la création d’un canal de huit pieds de profondeur (2,60 m). En aval, de nombreux coudes sont redressés, dont celui de Foulbec, et l’embouchure du chenal est stabilisée par des ouvrages exécutés contre la falaise de la Roque. Le projet comprend également la création d’un bassin en amont du canal afin de rétablir de façon définitive un port avec quai de déchargement dans la ville. Le chantier est adjugé au sieur Charles Dorlé pour un montant de 150 000 livres. En mai 1683, une ordonnance de l’intendant stipule que, au vu des travaux prévus pour créer un bassin et un port dans le fossé de la ville, il faut procéder à son curage et oblige les paroisses de la vicomté à participer à cette opération. En juillet 1684, les ouvrages destinés au rétablissement de la navigation sont fixés : une digue en pierre de taille et moellons avec un pavage en pierre dure de Caumont au pied du glacis dans le bassin doit être construite afin de recevoir la chute de la rivière. Cette dernière est détournée le long de la muraille de la ville et suit le cours du canal nouvellement aménagé. Pourtant, en septembre 1689, le constat reste négatif. Malgré les dépenses considérables engagées pour rendre le canal navigable, il reste en si mauvais état que les bateaux ne parviennent toujours pas jusqu’à la ville. Les dépenses encore nécessaires pour y remédier s’élèvent à 32 000 livres. N’ayant trouvé aucun emprunteur, les échevins de la ville, en juin 1690, accordent au sieur Houy, entrepreneur des travaux du roi, la responsabilité des chantiers. Il prend à ferme les droits de tarif et en contrepartie finance les projets. Il doit achever, à ses dépens si nécessaire, le canal conformément aux devis et plans établis par le frère Romain, de l’ordre de Saint-Dominique. Ce dernier prévoit de donner une profondeur de dix pieds (3,25 m) au lieu de huit et de construire des murs de quai en maçonnerie sur les deux rives. En amont du bassin situé à la tête du canal sont établis un radier et un barrage, achevés en 1700, afin de contrôler les quantités d’eau du bassin, conduire le surplus dans l’ancien lit au bas de la côte, protéger le bassin et les bateaux des crues ainsi que des alluvions et débris entraînés par ces dernières. On pense que cette eau, augmentée des pluies et emportant avec elle terres et cailloux, pourrait former des atterrissements dans le bassin.

La Risle en amont du barrageLa Risle en amont du barrageMais les travaux prennent beaucoup de retard et ne sont pas encore terminés, lorsqu’en février 1711, une crue détruit une partie des murs en construction sur la rive droite et la tête du bassin. Même inachevés, les ouvrages ont permis d’améliorer considérablement l’état de la rivière et de développer le mouvement maritime du port. Aucune mesure n’ayant été prise pour réparer les destructions de 1711, le canal et le bassin, mal entretenus, finissent par s’obstruer et les bateaux, au lieu de remonter jusqu’au quai de la Ruelle, stoppent à nouveau leur course au lieu-dit du Colombier. Des atterrissements se forment dans le bassin, dont les murailles sont soit détruites, soit en mauvais état. Quant à l’ancien cours, réduit à moins de quatre mètres de large, il ne reçoit plus qu’une très petite quantité d’eau qui va rejoindre le nouveau canal au Colombier. Les riverains ont profité du surplus de terrain gagné sur la rivière pour planter divers arbres, notamment des saules, et édifier divers ouvrages. Cette initiative a eu pour effet de stabiliser dans l’ancien lit les atterrissements que les habitants ont joints à leur prairie. Les plans de 1717 et 1755, accompagnant les projets de travaux, mettent en évidence le changement, l’évolution rapide du cours de la rivière et l’influence des infrastructures sur la configuration des lieux. En moins de quarante ans, l’atterrissement le long du bassin a largement progressé en amont, le barrage, détruit, ne jouant plus son rôle. La Risle contourne ce dernier par la droite, prend son cours au détriment des prairies, ce qui a pour conséquence de faire disparaître un petit bras en aval ; le bassin en est réduit d’autant. Sur le plan de 1755, une ligne matérialise l’emplacement du mur détruit en 1711 qui, lors de la construction du bassin, retenait les terres. L’objectif des travaux est de rediriger la Risle dans le bassin pour récupérer les terres inondées et détruire l’atterrissement au milieu du bassin grâce à un courant plus rapide. Pour cela, il faut supprimer l’ancien radier et ériger une digue pour obliger l’eau à se diriger uniquement dans le bassin et le cours canalisé. Ce n’est pourtant qu’en 1774 que des modifications sont apportées au barrage afin de faciliter l’écoulement des eaux et de contribuer à l’approfondissement du port. Par contre, le quai n’est pas réparé et le débarquement des marchandises continue à se faire au quai de la Ruelle.

Travaux engagés en 1868

L’arrivée du chemin de fer à Pont-Audemer contribue grandement à la volonté d’amélioration de la navigation de la Risle, chacun y voyant un gage de développement économique du pays, la possibilité d’affirmer et renforcer les liaisons transestuaires et le moyen de concurrencer Honfleur. Principalement financé par l’État, le projet est subventionné par le département et la Compagnie de chemin de fer de Glos-Monfort à Pont-Audemer. Les travaux à réaliser sont nombreux : restaurer et consolider les digues de l’embouchure de la Risle, rectifier les coudes des Vignettes à Saint-Samson et à la Roque, draguer la rivière et le port et enfin construire de nouveaux murs de quai en maçonnerie à la place de ceux en terre existants. L’édification des murs commence seulement en 1874. C’est sur ces quais d’un accostage plus facile qu’est posée en 1875 la voie ferrée reliant le port à la gare par le boulevard maritime. Le projet, très complet, démontre la volonté de créer un vecteur plus performant de circulation des marchandises : chemin de fer le long du nouveau boulevard avec traversée de la route impériale au moyen d’un passage à niveau, voie ferrée simple sur le quai de la Risle, estacade provisoire le long du quai avec grue à vapeur, installation de plaques tournantes sur le quai pour raccorder la voie ferrée avec les établissements industriels selon les besoins. Selon les ingénieurs des Ponts et Chaussées, le service de transbordement laisse à désirer : il est assuré par une seule grue à bras appartenant à la Compagnie d’Orléans à Rouen, montée sur un échafaudage en charpente. Il serait avantageux pour diminuer le coût d’installer le long des murs de quais, rive gauche, un certain nombre de grues pour le déchargement et le chargement qui s’effectueraient directement entre les bateaux et les wagons. Le budget des travaux ayant été revu à la baisse, la rive droite n’est dotée que d’un perré qui ne permet pas un accostage aisé. L’achèvement des travaux, les derniers de cette envergure dans l’histoire du port, assure un trafic suffisant pour maintenir le port dans la course économique et lui conserver une place régionale. En 1859, malgré les sommes conséquentes investies, la navigation avait perdu beaucoup de son importance à cause du mauvais état de l’embouchure de la Risle : 317 navires présentant un jaugeage total de 6 766 tonneaux de marchandises. Les travaux réalisés permettent de passer en 1862 à 28 605 tonnes, résultat qui ne sera plus égalé par la suite. Le tonnage annuel entre 1865 et 1875 se maintient entre environ 20 000 et 25 000 tonnes, et ce alors que le nombre de navires montants ou descendants suit une courbe ascendante. Les ports avoisinants d’Honfleur et Trouville, plus proches de la mer, et reliés à la ligne de chemin de fer de l’Ouest par des embranchements, imposent une concurrence forte. Il semble que l’ouverture de la ligne d’intérêt local de Glos à Pont-Audemer ne produise pas l’amélioration et l’augmentation escomptées du trafic. La mise en service de la ligne de Quetteville qui réunit Honfleur à Pont-Audemer n’a pas non plus suscité un accroissement notable du trafic et a même parfois desservi l’activité portuaire. Ainsi, en août 1890, l’usine à gaz implantée sur le quai de la Ruelle obtient la prolongation de la voie du quai sur 160 mètres afin de décharger les wagons à proximité des bâtiments : la nouvelle ligne de Quetteville assure l’approvisionnement en houille et autres matières premières.

La présence d'un port, ou du moins d'un trafic maritime et commercial, est attestée au XIIIe siècle ; un arrêt du parlement de Paris de 1260 cite Pont-Audemer comme une ville maritime. Les premières mentions d'aménagement apparaissent à la fin du 15e siècle : entre 1488 et 1496, des travaux sont entrepris pour aménager et rendre accessible le port en créant un quai ou un appontement pour le déchargement des marchandises au plus près des portes de la ville. Mais l'activité du port est en grande partie tributaire de l'état de la Risle en aval depuis son embouchure. Au 15e siècle, le bras principal est assez important pour faire remonter des bateaux qui ne dépassent pas 50 tonneaux. Mais la navigation devient plus difficile dès le début du 16e siècle. Le trafic augmente ainsi que la taille des navires et le cours de la rivière ne leur permet plus de remonter à partir du lieu-dit le Colombier jusqu'au quai de la ville. Des travaux sont envisagés sur la Risle depuis son embouchure avec notamment, au début du 18e siècle, la création d'un canal et en amont du bassin un radier et un barrage permettant aux bateaux de poursuivre leur route jusqu'au port de Pont-Audemer. Ces travaux améliorent la circulation pendant quelques temps : en 1738-1739, les registres des traites et gabelles relèvent l’entrée dans la ville de plus de deux cents bateaux venant de la Seine et de son embouchure (Rouen, Le Havre, Honfleur), de la Manche (Saint-Valéry, Courseulles, Caen, Cherbourg) et de la mer du Nord (Hambourg). Tous ces navires transportent du blé, de l’avoine et autres grains, du lin, du riz, des huiles, des cuirs de l’étranger ou des balles de coton, sans compter les huîtres et autres coquillages en provenance de la Hougue (Saint-Vaast-la-Hougue). Mais les crues et le mauvais entretien des infrastructures engendrent l'obstruction progressive du bassin et les bateaux (80 à 90 tonneaux), dès le milieu du 18e siècle, sont à nouveau stoppés au lieu-dit le Colombier.

A la fin du 18e siècle, même les bateaux de plus petite taille (entre 55 et 60 tonneaux) ne peuvent plus remonter la Risle après le Colombier ; en 1765, seuls les navires de 15 ou 20 tonneaux atteignent le quai de la Ruelle, et ce uniquement pendant les grandes marées. De plus, il doivent rester éloignés des bords du quai dont la terre, soutenue par aucune maçonnerie, s'effondre et rend la berge inaccessible. Le déchargement et l’acheminement des marchandises jusqu’à la ville se font à l’aide de barques ou le plus souvent sur des chariots. Les bateaux obligés de décharger au Colombier font également transporter leur marchandise par voie terrestre. Il résulte de ces difficultés une baisse considérable du trafic et une augmentation sensible des coûts des produits à la vente. En 1763-1764, 98 bateaux arrivent jusqu’à Pont-Audemer dont la moitié est obligée de décharger leurs marchandises au Colombier. Leur provenance est parlante : la plus lointaine est Saint-Valéry-en-Caux. Quant au sel, destiné à réapprovisionner le grenier de Pont-Audemer, il est débarqué depuis quinze ans à Quillebeuf et acheminé ensuite par charrette.

A partie de 1830, plusieurs phases de travaux s'enchaînent afin d'améliorer la navigation de la rivière et redynamiser le port et par là l'économie de la ville. La première phase concerne le creusement du canal et du port, l'élargissement des quais de la rive gauche et la réparation des murs. En 1838, le sieur Fauquet, qui a obtenu l'autorisation d'édifier la filature de coton, construit à ses frais le barrage avec une écluse à sas pour conserver la communication entre le bassin de Pont-Audemer et la partie supérieure de la Risle classée comme voie navigable.

Grâce aux travaux qui s'achèvent en 1847, les bateaux à faible tonnage remontent plus facilement la rivière jusqu'à Pont-Audemer. S'ensuivent, entre 1847 et 1858, le redressement des coudes de la Risle, plusieurs dragages et l'élargissement du port. Mais le déplacement de l'embouchure de la rivière de Berville-sur-Mer aux falaises de la Roque en 1858 contraint à un arrêt quasi complet de la navigation et à la réouverture en 1860 de l'ancien chenal. Un nouveau projet concernant toute la voie fluviale est engagé dès 1868 avec pour finalité, après la modernisation des quais, la pose d'une voie ferrée reliant le port à la gare. L'ensemble de ces travaux améliore certes le trafic sans pour autant faire de Pont-Audemer un port de grande envergure. Dès les premières années du 20e siècle, il connaît même une baisse d'activité sensible. L’essor du chemin de fer, qui en définitive concurrence plus qu’il ne soutient le fret fluvial, le développement du réseau routier, puis les conséquences économiques de la Première Guerre mondiale affaiblissent sensiblement le trafic portuaire. En 1912, la Compagnie de navigation de la Risle et de la baie de Seine arme un nouveau vapeur, La Risle, qui s’adapte aux nouvelles exigences du marché. Le bateau, construit à Dordrecht (Pays-Bas), est conçu pour le transport de marchandises et peut également prendre des passagers si nécessaire. Mais jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, seuls quatre navires assureront le trafic sur la Risle.

La seconde moitié du 20e siècle est fatale à l’activité portuaire, au transport des marchandises et des voyageurs. Entre 1959 et 1971, les mouvements varient entre 12 et 38 par an, et en 1975, le dernier bateau quitte le port de Pont-Audemer avec son chargement d’engrais, le trafic fluvial ne résistant pas à la concurrence du transport routier notamment à la suite de l’ouverture du pont de Tancarville en 1959.

  • Période(s)
    • Principale : 15e siècle , daté par source
    • Principale : 18e siècle , daté par source
    • Principale : 19e siècle , daté par source
  • État de conservation
    désaffecté
  • Statut de la propriété
    propriété publique

Documents d'archives

  • AM Pont-Audemer. Non coté. Inventaire et extraits historiques des titres de la ville de Pont-Audemer 1779.

    Archives municipales, Pont-Audemer : Non coté
  • AM Pont-Audemer. Archives 1716-1732, t. 8. Réparations et réédifications aux ponts du Grand-Moulin, de Navarre et de L'arche, 23 août 1717.

    Archives municipales, Pont-Audemer : Archives, t. 8
  • AM Pont-Audemer. DD8. Divers travaux en ville, 1755.

    Archives municipales, Pont-Audemer : DD8
  • AD Eure. 28 bis S 1. Navigation de la Risle.

    Archives départementales de l'Eure, Evreux : 28 bis S 1
    Description de la Risle et projet de construction d'un nouveau bassin (1747).
  • AD Eure. 28 bis S 1. Navigation de la Risle.

    Archives départementales de l'Eure, Evreux : 28 bis S 1
    Etat des bateaux qui sont parvenus au quai de la Ruelle, octobre1763-septembre 1764.
  • AD Eure. 28 bis S 1. Navigation de la Risle.

    Archives départementales de l'Eure, Evreux : 28 bis S 1
    Mémoire des maires et échevins sur la navigation de la rivière de Risle, 15 mars 1765.
  • AD Eure. 31 S 3. Navigation intérieure, ports.

    Archives départementales de l'Eure, Evreux : 31 S 3

Bibliographie

  • CANEL, Alfred. Histoire de la ville de Pont-Audemer. 1885. Brionne : réédition Monfort, 1980, tomes 1 et 2.

    t.2, p. 351-367
  • DUPERREY, Anatole. Un mot sur la Risle maritime et le port de Pont-Audemer. Rouen, 1866.

  • DEGRAND M. Port de Pont-Audemer. In MINISTERE DES TRAVAUX PUBLICS. Ports maritimes de la France, Paris, 1876, tome 2 : Du Havre au Becquet, p. 253-264.

Périodiques

  • BARRE, Eric. En parcourant les archives de la maison Canel, notes pour servir à l'histoire maritime de Pont-Audemer au Moyen-Age. Chronique d'Histoire Maritime, septembre 2001, n° 44, p. 75-82.

  • LECLERC, Michel. Le port de Pont-Audemer et la Risle maritime (1830-1974). Cahiers Havrais de Recherche Historique, 1996, n° 55, p. 93-118.

Date(s) d'enquête : 2010; Date(s) de rédaction : 2016
(c) Région Normandie - Inventaire général
Médaille Marie-Noëlle
Médaille Marie-Noëlle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie. Spécialité : objets mobiliers, études urbaines.

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