Dossier d’œuvre architecture IA00020765 | Réalisé par
Real Emmanuelle (Contributeur)
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • patrimoine industriel, patrimoine industriel de l'agglomération d'Elbeuf
Halle aux poissons
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Seine-Maritime - Elbeuf
  • Commune Elbeuf
  • Adresse 3 place de la poissonnerie
  • Cadastre 2022 AP 108
  • Dénominations
    halle, marché couvert
  • Précision dénomination
    halle aux poissons
  • Appellations
    poissonnerie
  • Destinations
    garage de réparation automobile, station service

Le 25 octobre 1882 le conseil municipal d'Elbeuf lance le projet de construction d'une halle aux poissons pour remplacer un marché aux poissons aménagé en 1862 rue Henry. Ce marché composé de quatre pavillons non abrités répartis autour d’une fontaine s’avère en effet inadapté à sa fonction comme le dénonce Léon Quidet, adjoint au maire, dans son rapport au conseil municipal datant du même jour : « Depuis de longues années déjà, chacun de nous a pu constater l’organisation défectueuse du marché au poisson de la rue Henry et la piteuse mine qu’il a, ce n’est à la fois ni un marché couvert, ni un marché découvert , il est à la fois l’un et l’autre…on voit les transactions s’y opérer sous les parapluies quand il pleut, sous des ombrelles quand il fait du soleil, en grelotant quand le temps est rigoureux… nous voyons, suspendues à la couverture, des loques immondes qui simulent des rideaux… donnant à ce marché si important et si fréquenté un aspect sordide et repoussant ». Et de poursuivre en faisant mention, à contrario, des « élégantes et vastes constructions en fer et en verre d’invention récente qui font des halles de Paris une véritable curiosité et presque une œuvre d’art ».

La convention pour la construction de la nouvelle halle est signée le 8 mars 1883 entre la ville et l’entreprise de construction métallique Joly, établie à Argenteuil, représentée par deux ingénieurs César Joly et Delafoy. Ces derniers, rompus à cet exercice (l’entreprise a déjà construit plusieurs halles de ce type dont celles de La Villette, celles de plusieurs arrondissements parisiens, mais aussi celles de Montpellier, Lille, Rouen…) s’engagent à exécuter les travaux en six mois à compter de l’approbation des plans d’exécution, sans dépassement de la somme forfaitaire de 86 000 F.

Ont également participé aux travaux : l’entreprise de plomberie parisienne Gaget-Gauthier et Cie, l’entreprise de travaux publics elbeuvienne Lioret et fils, la Maison Doublet d’Elbeuf pour l’ameublement…

La nouvelle halle aux poissons d’Elbeuf est achevée durant l’hiver 1884 dans les délais impartis. Elle comprend à l’intérieur : un emplacement pour la vente à la criée avec garde-corps, 36 étals avec tréteaux en fer et tables en marbre, 2 bureaux en menuiserie, 5 boutiques, un cabinet d’aisance, un urinoir et un dépôt d’outils.

Bien que vouée initialement à la vente exclusive du poisson, seules 20 de ses 36 étals y sont consacré, les 16 autres étant affectées au commerce de denrées diverses (volaille, fruits, légumes…).

Pour assurer la surveillance et l’entretien du bâtiment, un poste de concierge y est créé par arrêté préfectoral du 1er avril 1884. Ce même arrêté précise que : la vente à la criée a lieu par le ministère d’un facteur préposé par le maire et révocable par lui (art. 5), les voitures d’approvisionnement se rangeront à la suite les unes des autres et sur une seule ligne dans la partie de la Place de la Poissonnerie qui longe la rue Berthelot (art.11), la vente du poisson par des revendeurs-colporteurs est interdite sur la place de la Poissonnerie, dans les rues adjacentes et sur les autres marchés de la ville (art. 16).

Le premier facteur de la halle est un certain Auguste Sourdives qui restera à ce poste jusqu’en 1891, devenant même pendant son affectation locataire des étals pour 1 400 F à l’année. Mias malgré le recrutement d’une concierge et les services d’Auguste Sourdives, le rapport du conseil municipal du 3 mai 1889 déplore que « M. Sourdives n’est plus à son poste, que la qualité du poisson laisse à désirer et qu’en l’absence d’un inspecteur c’est la police qui en assure la surveillance… ».

De 1905 à 1935, le poste de facteur est occupé par Alexandre Sourdives, fils ou neveu du précédents, puis par sa femme. Les plaintes à leur encontre sont récurrentes comme en témoigne celle adressée au maire par un certain Fallet en 1912 « M. Sourdives, contrairement à l’arrêté du 19 avril 1866, ne s’occupe pas correctement de la criée du poisson et s’immisce dans le transport de la marée soit directement soit indirectement… il vend pour son compte personnel des salines et des harengs frais…M. Sourdives devra choisir entre facteur à la criée et commissaire à la marée… »

En 1923, la halle fait l’objet de travaux de réfection dont le coût global s’élève à 45 512 F.

L’activité de la halle est interrompue durant la seconde Guerre Mondiale, suite à l’évacuation de la ville (du 9 juin au 24 septembre 1940). La criée est supprimée le 13 février 1941, le prix du poisson étant désormais fixé par le préfet. Et le bâtiment est partiellement endommagés par les aménagements de défense réalisés par l’armée allemande.

A partir de 1947, la halle est occupée par la Mutuelle des profesionnels de la marée d’Elbeuf-Oissel et par l’association coopérative des poissonniers de la région d’Elbeuf qui y reçoivent les arrivages de poissons destinés à leurs adhérents.

Les travaux de réhabilitation de la halle, dans le cadre des dommages (estimés à 335 000 F), sont lancé en 1954, sous la direction de l’architecte rouennais Diemer. Le coup des travaux se monte au total à 2 350 806 F.

La halle réhabilitée rouvre en 1955 mais sans atteindre son niveau d'activité antérieur, bien qu’y soient admis désormais les détaillants sédentaires et autres producteurs agricoles. Face à cette baisse de fréquentation, la ville décide de vendre son équipement municipal devenu peu rentable.

En 1962, le bâtiment est acheté pour la somme modique de 25 000 nouveau Francs par Théodule Lefebvre, garagiste concessionnaire de la marque Panhard, qui la transforme en garage automobile et lui adjoint côté sud, rue Henry, une station-service. Il en demeure le propriétaire jusqu’en janvier 1978, puis la revend à René Marcille, également garagiste, concessionnaire de la marque Citroën, qui fait construire en 1983 une mezzanine intérieure lui servant de hall d’exposition. Le garage ferme au début des années 2000 et la halle se retrouve à nouveau sans affectation.

En 2016, la municipalité, conscience de la valeur patrimoniale du bâtiment, décide de racheter la halle dans le but de la reconvertir en un lieu culturel permettant d’accueillir une résidence de création artistique dédiée aux arts visuels et numériques. Les travaux de reconversion sont lancés en 2022.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
    • Principale : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 3e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 4e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 1er quart 21e siècle , daté par travaux historiques
  • Dates
    • 1884, daté par source
    • 1923, daté par travaux historiques
    • 1955, daté par travaux historiques
    • 1983, daté par travaux historiques
    • 2022, daté par travaux historiques
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Joly César
      Joly César

      César Jolly, ingénieur de l'Ecole des Arts et Métiers de Châlons, réalisa plusieurs marchés couverts, comme ceux de La Villette, seize marchés d'arrondissement à Paris dont celui de Saint-Honoré, ceux de Montpellier, Lille, Rouen, Constantine et Pointe-à-Pitre, de nombreux ponts pour les Chemins de fer de l'Ouest comme le viaduc de Lessart sur la Rance et celui de Conflans sur la Seine, des barrages métalliques, des charpentes comme celle d'une partie du Palais de l'Exposition de 1867, celle de la salle des fêtes du Trocadéro en 1878, celles des gares du Havre et de Saint Lazare en 1888.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      ingénieur signature
    • Auteur : ingénieur signature

La halle aux poissons est un bâtiment de plain-pied de 500 m², de plan rectangulaire de 16,5 m sur 30,3 m, présentant trois travées en largeur et quatre en longueur et disposant d'une entrée sur chaque côté. Son ossature en poteaux-poutres de fonte permet de dégager entièrement l'espace intérieur et supporte une toiture à quatre pans surmontée d'un lanterneau central. Ses façades en pan de fer avec un remplissage en calcaire et brique polychrome à hauteur de soubassement sont munies de grandes verrières cintrées. Avec ses baies latérales et son lanterneau en toiture qui assure un éclairage zénithal, la halle est inondée de lumière naturelle.

  • Murs
    • brique
    • calcaire pierre de taille
    • fer pan de fer
  • Toits
    verre en couverture, zinc en couverture
  • Plans
    plan rectangulaire symétrique
  • Étages
    sous-sol, en rez-de-chaussée
  • Couvrements
    • charpente métallique apparente
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit en pavillon lanterneau
  • État de conservation
    établissement industriel désaffecté
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Documents d'archives

  • AM Elbeuf. Série M : 1 M ELB 18. Halle aux poissons.

    Archives municipales, Elbeuf : 1 M ELB 18

Bibliographie

  • LEMOINE, Bertrand. L'architecture du fer. France: XIX° siècle. Seyssel: Champ-Vallon, 1986. 336 p. : ill. ; 27 cm. [Collection Milieux].

Périodiques

  • CHAUVEL, Denis, BAUDOUIN, Marie-Thérèse. La halle aux poissons d’Elbeuf. In : Bulletin de la Société de l’Histoire d’Elbeuf, n°66, novembre 2016, p.

Date(s) d'enquête : 2022; Date(s) de rédaction : 2022
(c) Région Normandie - Inventaire général
Real Emmanuelle
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.