Logo ={0} - Retour à l'accueil

usine de jouets Euréka

Dossier IA27002685 réalisé en 2016

Fiche

Œuvres contenues

Précision dénominationusine de jouets en métal et en bois
Appellationssociété Les Inventions Nouvelles
Destinationslogement
Parties constituantes non étudiéesbief de dérivation, barrage, atelier de fabrication, salle des machines, atelier de conditionnement, scierie, bâtiment d'eau, entrepôt industriel, logement de contremaître, logement patronal, magasin industriel, parc, cheminée d'usine, château d'eau
Dénominationsusine liée au travail du bois, usine de petite métallurgie
Aire d'étude et cantonbassin hydrographique de l'Andelle - Romilly-sur-Andelle
Hydrographiesbief de dérivation l'Andelle
AdresseCommune : Douville-sur-Andelle
Adresse : rue
Henri Kratz
Cadastre : 2019 AB 225, 251, 252 L'usine se situe à cheval sur les communes de Douville-sur-Andelle et de Pont-Saint-Pierre
AdresseCommune : Pont-Saint-Pierre
Adresse : rue
de Calleville
Cadastre : 2019 AH 84, 91 à 95 L'usine se situe à cheval sur les communes de Douville-sur-Andelle et de Pont-Saint-Pierre

En 1904, Henri Kratz-Boussac fondateur de la société Les inventions utiles, agréables et pratiques (renommée Les inventions nouvelles) et de la marque Euréka créées en 1883, transfère son usine de jouets établie à Eu (76) dans la vallée de l’Andelle où il trouve toutes les conditions réunies pour développer son activité : énergie hydraulique, main d’œuvre, bâtiments disponibles, matières premières (bois de la forêt de Lyons, pièces métalliques produites dans l’Eure…), proximité de Rouen et de Paris où la société conserve son siège social et son magasin de vente. Il rachète sur l’Andelle le domaine dit des Terrasses, un vaste terrain à cheval sur les communes de Douville-sur-Andelle et de Pont-Saint-Pierre qui comprend une île formée par les bras de la rivière sur laquelle se trouvent les vestiges d’une filature incendiée et l’ancien moulin à foulon de Bacqueville (propriétés de M. d’Houdemare) ainsi que le moulin à blé du Chapitre (propriété de M. Gaullier) situé juste en amont dans le but de réutiliser leurs chutes et moteurs hydrauliques. L’usine de jouets est mise en service la même année en réinvestissant les bâtiments existants. Pour sa section bois elle utilise comme moteur la roue de poitrine de l'ancien moulin du Chapitre et sa section métal, une turbine hydraulique de marque Royer-Joly et une machine à vapeur de marque Weyher et Richemond, respectivement installées en 1905 et 1910.

Le bois et le métal étant les deux principaux matériaux utilisés pour la fabrication des jouets Euréka, le moulin du Chapitre devient l’unité dédiée au travail du bois et le rez-de-chaussée des deux bâtiments de l'ancienne filature, épargnés par les flammes, deviennent l’unité dédiée au travail du métal. En effet, au début du XXe siècle la société des Inventions Nouvelles commercialise sous la marque Euréka une multitude de jeux et de jouets en bois et métal, des plus simples au plus élaborés tels que cerceaux, diabolos, bilboquets, gyroscopes, zootropes, petits-chevaux, patinettes... Mais c’est le jeu de tir sous toutes ses formes (pistolets, fusils, carabines à flèches et air comprimé avec leurs cibles fixes ou mobiles) qui va alors assurer la prospérité de l'usine et la diffusion de la marque Euréka.

Au début des années 1920, la société se lance dans la production des voitures à pédales. Les premières sortent de l’usine en 1922. Le succès immédiat des automobiles-jouets confère à la marque Euréka une réputation internationale dans le domaine des jouets de haute qualité. Pour faire face à l’explosion de l’activité, la partie de l'usine dédiée au travail du métal est considérablement redéployée en 1924 : les ateliers primitifs construits en brique et en rez-de-chaussée sont remaniés en béton et augmentés d’un étage supplémentaire afin de tripler de surface de production. C'est à la même époque que la villa du président-directeur général, bâtie dans l'enceinte de l'usine, est entièrement remaniée dans le style Art déco.

Suite à ces transformations, l’usine totalise 6600 m² d’ateliers et fonctionne de façon totalement intégrée : toutes les étapes de la production sont réalisées sur place, depuis la fabrication des moindres pièces en bois ou en métal, jusqu’à la finition et au conditionnement des jouets. Nul recours à la sous-traitance, excepté pour la visserie et les éléments en caoutchouc. Même les outils spéciaux sont conçus et fabriqués en interne. L’usine comprend alors une division bois et une division métal comptant chacune plusieurs ateliers. Scierie à grumes, menuiserie, atelier de polissage, de vernissage... pour la partie bois. Fonderies, ateliers de découpage-emboutissage, de soudure, de tôlerie, de montage, d’émaillage, de peinture, de polissage… pour la partie métal. Plus de 200 machines-outils sont entrainées par une roue à aubes (division bois), une turbine hydraulique et une machine à vapeur (division métal). La direction technique de l'usine d'abord confiée à Xavier Grandvoinet, est assurée ensuite par son fils Marcel Grandvoinet qui lui succède dans les années 1960. Créatif et passionné de jouets, ce dernier est également le concepteur de nouveaux modèles de voiture.

Après les ralentissements de la Seconde Guerre mondiale et l’embellie des années 1950, les années 1960 voient la très forte régression des jeux de tir. Les changements de mode, l’évolution des mentalités et surtout la concurrence des matières plastiques en sont les principales raisons. La production des voitures à pédales en métal est également impactée et en 1972, leur fabrication est définitivement arrêtée. En 1975, les Charbonnages de France proposent à la société les Inventions Nouvelles un contrat lui permettant d’intégrer la division jouets du groupe. Mais le sursis est de brève durée. L’arrêt de cette division en 1977 met fin au contrat et la société est évincée du groupe. Elle est finalement rachetée par une firme concurrente, Normandy-sport, qui orchestre son déclin jusqu’à sa disparition et la fermeture définitive de l’usine en 1983, après un siècle d’existence.

A la fin des années 1980, les différents bâtiments qui composent l'usine (ateliers, magasins, logements...) sont revendus par lots à des particuliers. Les anciens ateliers dédiés au travail métal et ce qu'il reste de l'unité bois sont rachetés par des artistes et reconvertis en ateliers de création artistique.

Période(s)Principale : 1er quart 20e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
Dates1904, daté par travaux historiques
1905, daté par travaux historiques
1910, daté par travaux historiques
1924, daté par travaux historiques
Auteur(s)Personnalité : Kratz-Boussac Henri
Kratz-Boussac Henri (1859 - 1940)

Né en Bavière, en 1859 à Weidorf, naturalisé Français en 1900, mais considéré comme "juif-allemand" pendant la Première Guerre mondiale (Affaire Kratz).

Fondateur en 1883 de la société Les inventions utiles, agréables et pratiques, renommée Les inventions nouvelles et de la marque Euréka.

Fondateur et PDG de l'usine de Jouets de Douville-su-Andelle, en 1904.

Maire de Douville sur Andelle en 1908, réélu en 1910 et 1912

Reçoit la Légion d’honneur en 1909.

Proclamé bienfaiteur de la commune de Douville-sur-Andelle par le Conseil Municipal, le 10 mars 1934.

Fit don de 15 000 francs pour la construction de la 2ème classe de l'école de Douville-sur-Andelle, en 1838


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
propriétaire, commanditaire attribution par source
Auteur : Grandvoinet Xavier ingénieur de l'entreprise attribution par source
Auteur : Grandvoinet Marcel ingénieur de l'entreprise attribution par source

L'usine de jouets Euréka comprend deux unités de fabrication comptant chacune plusieurs ateliers.

L'unité bois, située dans la partie est de l'usine, sur la rive gauche du bief dérivé de l'Andelle ; regroupe une menuiserie, l'atelier de polissage et celui de vernissage, alimentés en énergie par une roue hydraulique de poitrine. Il ne reste aujourd'hui de cette section que les vestiges des maçonneries de brique des bâtiments. Cette unité est complétée par une scierie à grumes qui est une halle de plain-pied en charpente en bois et maçonnerie de brique (avec pignon décoré de brique bicolore) bien conservée et servant d’entrepôt.

L'unité métal, située dans la partie ouest de l'usine, sur l'ile formée par le bief et le cours principal de l'Andelle regroupe dans deux bâtiments contigus construits en béton avec un remplissage de brique sur un étage et un comble à surcroît, des ateliers de fonderie, de découpage-emboutissage, de soudure, de tôlerie, de montage, d’émaillage, de peinture et de polissage alimentés par une turbine hydraulique et une machine à vapeur. Ces deux bâtiments sont aujourd'hui reconvertis en logements et ateliers d’artistes.

L'usine comprend en outre, une conciergerie surmontée d'un surcroît et d'un lanternon abritant une horloge située à l'entrée, la villa du PDG de style Art déco bâtie sur deux étages en brique enduite et couverte d'un toit terrasse située sur l'ile, la maison du directeur de fabrication construite en brique sur un étage le long de la route départementale. Toutes sont a usage d'habitation.

Enfin, les aménagements hydrauliques d'amont et d'aval sont toujours en place mais le bief dérivé de l'Andelle est quasiment asséché.

Mursbrique
béton
Toitardoise, tuile mécanique, tôle ondulée, béton en couverture, matériau synthétique en couverture
Étages2 étages carrés, 1 étage carré, comble à surcroît, rez-de-chaussée
Couvrementscharpente en bois apparente
charpente en béton armé apparente
Élévations extérieuresélévation à travées
Couverturestoit à longs pans pignon couvert
lanterneau
terrasse
Énergiesénergie hydraulique produite sur place roue hydraulique verticale
énergie hydraulique produite sur place turbine hydraulique
énergie thermique produite sur place
énergie électrique achetée
État de conservationétablissement industriel désaffecté
Statut de la propriétépropriété d'une personne privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquablesmachine énergétique (étudiée dans la base Palissy)

Annexes

  • Détail des sources

    Plan, coupes, élévation de la turbine Royer Joly, 1905.

    Collection privée.

    Dessin de la machine à vapeur Weyher et Richemond installée dans l’usine, vers 1910.

    Collection privée.

    Plan de situation des usines Kratz à l’emplacement du moulin de Bacqueville et du moulin du chapitre appartenant à Mr Selle, 14 octobre 1912.

    AD Eure. 19 S 2.

    Plan, élévation, détail et assemblage d’une ferme de la scierie à grumes, s.d.

    Collection privée.

    Procès-verbal d’accession des lieux, 17 avril 1920.

    « …la société anonyme Les Inventions Nouvelles est propriétaire de l’usine de Bacqueville et du Chapitre. Elle même appartient à M. Kratz-Boussac, 14 rue Martel, Paris Xe… »

    AD Eure. 19 S 2.

    Enquête industrielle 1923 (en vue du n° spécial de l’Illustration économique).

    Les inventions nouvelles : 100 ouvriers dont 35% de femmes

    AD Eure. 9 M 4.

    Lettre au préfet, 26 aout 1924.

    Plainte contre les usiniers d’aval qui empêchent l’évacuation des eaux de l’usine…de sorte que le moteur de l’usine se trouve noyé et perd une partie de sa force normale.

    Les Inventions Nouvelles emploient à cette date 250 ouvriers et souhaiteraient en embaucher d’autres pour répondre à la demande.

    AD Eure. 18 S 8.

    État récapitulatif des usines hydrauliques existantes au 31-12-1926.

    Titre en vertu duquel l’usine est autorisée : arrêté du 16 aout 1852 (filature de Bacqueville)

    Concessionnaire : Société les Inventions nouvelles

    Hauteur de chute : 1,75m

    Puissance brute : 51 kW

    AD Eure. 1 J 465.

    Mémoire en défense, 29 mars 1929.

    Au terme d’un arrêté préfectoral du 12 janvier 1929 MM. Levavasseur, Deshais Heuspach et M. le maire de Douville se sont plaints d’inondations persistantes à l’amont des vannages de l’usine des Terrasses constituée par les anciens moulins de Bacqueville et du Chapitre.

    Description des lieux :

    L’usine des terrasses qui emploie 250 ouvriers occupe les terrains et utilise l’énergie hydraulique des anciens moulins de Bacqueville (devenue filature Houdemare, exploitée par Peynaud) et du Chapitre (moulin à blé) dont la société ‘Les inventions nouvelles » est aujourd’hui propriétaire.

    Les moulins de Bacqueville et du Chapitre sont établis sur le même bief en vertu d’un règlement du 16 aout 1852. La retenue qui leur est commune est constituée : En ce qui concerne Bacqueville, par un barrage mobile avec déversoir fixe sur l’Andelle dont le débouché superficiel inséré au règlement de 1852 est de 14 m 27240

    AD Eure. 18 S 64.

    Plan masse détaillé de l’usine, 1956.

    Collection privée.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Eure. Série S ; sous-série 19 S : 19 S 2. Cours d'eau et usines hydrauliques. Rivière de l'Andelle.

    Plan de situation de l'usine Kratz à l’emplacement du moulin de Bacqueville et du moulin du chapitre, 14 octobre 1912.
  • AD Eure. Série S ; sous-série 19 S : 19 S 2. Cours d'eau et usines hydrauliques. Rivière de l'Andelle.

    Procès-verbal d’accession des lieux, 17 avril 1920.
  • AD Eure. Série M ; Sous-série 9 M : 9 M 4. Enquêtes administratives et industrielles (1884-1926).

    Enquête industrielle 1923 (en vue du n° spécial de l’Illustration économique).
  • AD Eure. Série S ; Sous-série 18 S : 18 S 8. Andelle - Police Fluviale 1813-1939, affaires diverses.

    Lettre au préfet, 26 aout 1924.
  • AD Eure. Série J ; Sous-série 1 J : 1 J 465. État récapitulatif des usines hydrauliques existantes au 31/12/1926 dans l’Eure.

    Concessionnaire : Société les Inventions nouvelles
  • AD Eure. Série S. Sous-série 18 S : 18 S 64. Cours d'eau et usines hydrauliques. Rivière de l'Andelle. Pont Saint Pierre (Usines de Fontaine-Guérard).

    Mémoire en défense, 29 mars 1929.
Bibliographie
  • GRANDVOINET, Marcel. Euréka,un siècle de jouets de rêve. Ed. Librairie du collectionneur, 1991, p. 206

  • CATHERINE, Éric. Balade au fil de l'eau. À la rencontre des moulins. Filatures et fonderies de la vallée de l'Andelle. Éditions Mémoires et Cultures, 2009. 143 p.

    p. 106-111
Périodiques
  • Eure. L’Illustration économique et financière, n° spécial, septembre 1923.

    p. 80
  • CHOPARD, Jacques. Un royaume des jouets. In Revue de Rouen, n°16, 1948.

    pp. 12-16
  • LEVACHER, Philippe. Euréka - les jouets de l’Andelle. Revue A la recherche des temps perdus, bulletin n°5, 2013

    p.26-30
  • BIENVENU, Michel, LEVACHER, Philippe. L’affaire Kratz-une poussée de xénophobie. Revue A la recherche des temps perdus, bulletin n°6, 2014.

    p.2-10
  • GOUDEAU, André. Rumeur d’espionnage en vallée de l’Andelle durant la Grande-Guerre. Connaissance de l’Eure, n°174, 2014.

    p.7-14

Liens web

(c) Région Normandie - Inventaire général (c) Région Normandie - Inventaire général - Real Emmanuelle
Real Emmanuelle

Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.