Anatole LOTH, prêtre, Curé de HAUTOT-LE-VATOIS, 2 octobre 1871.
Au XVIIème siècle, deux seigneurs habitaient HAUTOT-LE-VATOIS :
Antoine DESCHAMPS, avec son épouse Marie de BAILLEUL, occupait le château du MONT-L’ÉVÊQUE,
Adrien de TOUSTAIN, avec son épouse Françoise de HANUREL, demeurait dans son château situé près de l’église de la paroisse, qui fut vendu plus tard à la famille DESCHAMPS de BOISHEBERT.
En 1631, dans l’église de HAUTOT-LE-VATOIS, une singulière circonstance donna lieu à la construction d’une chapelle.
Antoine DESCHAMPS, avocat et Antoine DESCHAMPS, son neveu, seigneurs de BOISHEBERT et de MONT-LÉVÊQUE, qui servait sous la conduite du duc de LONGUEVILLE, se trouvait à HAUTOT LE VATOIS à la fin de l’année 1631. L’oncle et le neveu assistaient à la grand-messe dans l’église de la paroisse. Au milieu de la messe le bedeau vint offrir le pain béni et, sans y songer, il le présente d’abord au neveu puis à l’oncle.
L’oncle réclama, se plaignant de ce qu’on lui manquait. Le neveu froissé, s’emporta. La colère se contint cependant durant l’office mais éclata après. On se mit aux invectives, puis un duel fut proposé.
Comme tous les deux se rendaient sur le terrain, les membres de la famille, les femmes, les enfants s’interposèrent. Les combattants jetèrent les armes, s’embrassèrent et prirent l’engagement de bâtir une chapelle en mémoire de leur réconciliation.
Ce fut l’oncle qui eut l’initiative de cette construction.
Il fallut obtenir la permission des moines de SAINT-WANDRILLE. Antoine DESCHAMPS la demanda à l’abbé Ferdinand de NEUVILLE, qui la lui accorda. Il fallut en outre celle de l’archevêque de ROUEN et nous avons pu déchiffrer les morceaux de papier usés, à demi rongés par les vers, qui referment la permission obtenue de la part de l’archevêque de ROUEN par le seigneur DESCHAMPS.
Il y est dit que, de l’agrément de l’abbé de SAINT-WANDRILLE, Ferdinand de NEUVILLE, Antoine DESCHAMPS, avocat au parlement de NORMANDIE, ayant sollicité la permission de construire une chapelle contre l’église de HAUTOT-LE-VATOIS, Pierre ACARIE, prêtre chanoine théologien, archidiacre de ROUEN, vicaire général au spirituel et au temporel de monseigneur François de HARLAY, lui accorde la permission de bâtir une chapelle attenante à l’église de HAUTOT-LE-VATOIS pour servir de sépulture à sa famille et pour assister aux offices. Ladite chapelle sera construite sur le côté nord de l’église. Le sieur DESCHAMPS pourra pratiquer une ouverture dans la muraille du chœur au moyen d’une double arcade supportée par un pilier. Il devra réserver la bout de la chapelle pour servir de sacristie, proche du maître autel et faire une porte dans le sanctuaire pour accéder à cette sacristie, à charge pour le sieur DESCHAMPS de réparer, d’entretenir et d’octroyer des fondations pour cette chapelle qui ne sera en rien à la charge de la fabrique de l’église.
En plus le sieur DESCHAMPS sera obligé de lambrisser la voûte du chœur en beau bois de menuiserie.
La rente qu’il devra est de 50 livres tournois annuelles, dont 30 livres seront affectées au vicaire ou au curé pour l’acquit des messes à dire.
Le sieur DESCHAMPS, ainsi que sa famille et ses successeurs, auront le privilège de recevoir les sacrements et les cérémonies dans la chapelle et non dans le chœur moyennant la somme de 6 livres tournoi pour le curé ou vicaire qui les administrera.
Ledit seigneur DESCHAMPS aura tous les droits et privilèges du seigneur à l’église. Ni lui ni sa famille ne seront obligés d’aller aux processions, offertoires, adorations de la croix ni autres cérémonies.
Daté 10 septembre 1632, signé ACARIE.
Muni de cette permission, Antoine DESCHAMPS, se mit à l’oeuvre et la chapelle, qui existe encore de nos jours, fut achevée en 1635.
Chargé d'études à l'Inventaire général du patrimoine culturel depuis 1991. Ingénieur d'études (DRAC Haute-Normandie jusqu'à la loi de décentralisation), puis ingénieur et ingénieur principal, Région Normandie.
Spécialités : vitrail (correspondant du centre Chastel pour la Haute-Normandie), patrimoine rural, construction navale, patrimoine militaire (fortifications du mur de l'Atlantique dans le cadre du PCR mur de l'Atlantique), patrimoine aéronautique, patrimoines commémoratifs.