Photographe à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, de 1981 à 2022.
- patrimoine industriel, patrimoine industriel des communes de la rive gauche de Rouen
- patrimoine industriel, patrimoine industriel protégé MH
- (c) Région Normandie - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Seine-Maritime - Elbeuf
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Commune
Le Petit-Quevilly
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Adresse
76 avenue Jean Jaures
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Cadastre
2007
AL
504
;
2022
AL
521 à 524
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Dénominationsfilature, tissage
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Précision dénominationfilature de lin, filature de coton, tissage de coton
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Appellationsfilature la Foudre, caserne Tallandier
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Destinationscaserne
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Dossier dont ce dossier est partie constituante
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Parties constituantes non étudiéesatelier de fabrication, salle des machines
En 1845, la société franco-britannique Lebaudy, Peter & Cie lance la construction, à Petit-Quevilly, d’une filature de lin exceptionnelle par sa taille, son traitement architectural, sa modernité constructive… Le maître d’œuvre de ce chef-d’œuvre de l’architecture industrielle est l’ingénieur écossais, William Fairbairn (compatriote de John Peter). La réalisation des travaux est déléguée aux architectes rouennais Léon Ohnet et Félix-André Caban qui interviennent sur le dessin des façades (et pour construction de bâtiments annexes) et à l’entreprise de maçonnerie Verdin Frères. Les poutres et poteaux en fonte utilisés pour l’ossature de la filature proviennent de la fonderie Rowcliff également implantée au Petit-Quevilly, les éléments de la charpente métallique étant fournis par l’entreprise Henri Debergue. L’usine est donc, du point de vue de la maitrise d'ouvrage et de la maitrise d'œuvre, un pur produit du génie britannique. L’investissement engagé pour la construction et pour son équipement moderne de l'usine atteint 5,1 MF. Une somme considérable pour l’époque ! Elle utilise notamment des métiers à filer le lin à l’eau et à sec nouvellement mis au point par Pierre-André Decoster. A son démarrage, l’usine totalise 12 316 broches, dont 10 500 à l’eau et 1 816 à sec. Tout le parc de des machines est entrainé par 4 machines à vapeur de 240 ch. L’usine est d’emblée baptisée La Foudre qui à l’origine le nom d’un remorqueur naufragé en Seine, dont une des chaudières sauvée du naufrage est rachetée par la société.
Dès son inauguration en 1847, la Foudre exerce une véritable fascination sur ses contemporains. Dans un article publié en 1863 dans la revue Les grandes usines, le journaliste scientifique Julien Turgan décrit la Foudre comme « la filature la plus considérable des contrées de l’Ouest de la France et l’une des plus remarquables par la perfection de son outillage ». Par sa modernité, l’usine s'impose, selon lui, comme " un monument essentiellement contemporain… représentatif du milieu du XIXe siècle comme le Parthénon l'est de la Grèce antique et l’Alhambra de l’Espagne Mauresque ". Près de vingt ans plus tard, en 1885, Guy de Maupassant, dans son roman Bel-Ami décrit avec lyrisme la cheminée de la foudre « aussi haute que la pyramide de Chéops… semblait la reine du peuple travailleur et fumant des usines ».
La faillite de la Caisse Générale du Commerce et de l’Industrie, l'une des premières banques françaises pour le crédit à long terme aux entreprises entraine la liquidation de la société Lebaudy, Peter et Cie en mars 1849, moins de deux ans après la mise en activité de la Foudre. L’usine avec son équipement est mise aux enchères et vendue un million soit 1/5e de l’investissement initial. Le nouvel exploitant est la société textile lilloise Scrive frères.
En 1859, la crise du lin est fatale à l’entreprise et la Foudre est à nouveau mise en vente. L’usine est alors rachetée par Pouyer-Quertier, grand industriel de la vallée de l’Andelle et homme politique (député puis ministre des finances en 1871), pour à peine 500 000 F. La Foudre dédiée jusqu’alors au travail du lin est reconvertie dans celui du coton. Avec cette réorientation cotonnière, la Foudre connaît un développement prodigieux. L’activité, centrée d’abord sur la filature, est étendue au tissage. Dans la filature proprement-dite tous les niveaux servent d’ateliers et abritent des batteurs, des ouvreuses Platt (constructeur anglais), des cardeuses, des métiers à filer self-acting, des retordeuses…, y compris les combles où la lumière pénètre par 80 tabatières installées en toiture.
En 1863, la filature compte des métiers self-acting totalisant 36 000 broches. Sa production est alors de 1 200 tonnes de fil de coton par an. Elle emploie pour cela 700 ouvriers, des femmes et enfants pour l’essentiel car comme l’écrit Julien Turgan « il n’est pas besoin d’autre force physique dans ces ateliers, si bien aérés, si également chauffés, ou tout se meut et tourne tout seul sans que les ouvriers aient autre chose à faire qu’à surveiller leurs métiers, renouer les fils cassés, renouveler leurs bobines épuisées. ». En 1868, l'usine dispose de 106 000 broches et de 175 métiers à tisser.
En 1883 est constituée la S. A. Des Filatures et Tissages Pouyer Quertier. Pour développer l'activité de tissage, de vastes ateliers en shed, des entrepôts et magasins sont bâtis autour de la grande filature sur les 3 ha de terrain disponible. L'usine est alors au plus fort de son activité. Son équipement totalise 54 000 broches pour le filage, 330 métiers à tisser et nécessite l'énergie de 5 machines à vapeur d’une force effective de 500 cv provenant des ateliers Powell établis à Rouen mais d’origine anglaise. La plupart des machines proviennent du constructeur anglais Platt Brothers & Co, de la société alsacienne Schlumberger et du constructeur rouennais Thouroude-Danguy. Le coton utilisé dans l’usine provient essentiellement d’Amérique du Nord et arrive par bateau à Rouen. Son effectif attient près de 1000 ouvriers.
Durant les années 1890, pour faire face aux besoins énergétiques de ses ateliers de filature et tissage, l’usine est équipée de 5 nouvelles chaudières de marque Babcock & Wilcox. Elles entrainent alors 6 machines à vapeur à balancier. La salle des machines affectée à la filature est réédifiée en 1893 (date portée sur son fronton Sud).
Le destin cotonnier de la Foudre perdure jusqu’à la crise de 1929 qui entraine la faillite de la société anonyme Pouyer-Quertier et la fermeture définitive de l’usine en 1932.
En 1938, l’Armée prend possession du site et l’usine devient la caserne Tallandier. Affectée en 1976 à l’Etablissement Régional du Matériel de l’Armée de Terre la caserne est transformée en lieu de stockage de matériel militaire. Ces réutilisations successives n’entrainent pas de transformations irréversibles sur la grande filature (cloisonnement des espaces intérieurs, modification des baies du rez-de-chaussée), hormis la destruction de la charpente d'origine à la suite d'un incendie accidentel déclaré dans les combles. A l'inverse, certains ateliers en sheds sont détruits pour dégager une vaste esplanade devant l’ancienne filature. L'Armée abandonne le site en 1999, laissant vacant au cœur de la ville de Petit-Quevilly et de la rive gauche rouennaise un vaste terrain de 3,5 ha.
En 2001, le ministère des Armées cède le site aux collectivités locales qui envisagent de mettre en œuvre sur l’emprise de l’ancienne usine un grand projet de développement urbain conciliant des constructions neuves et la valorisation du patrimoine existant à savoir : la filature proprement-dite et la salle des machines attenante, toutes deux inscrites à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en avril 2003, tous les autres bâtiments industriels ayant été détruits.
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Période(s)
- Principale : 2e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
- Principale : 3e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
- Principale : 4e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
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Dates
- 1846, daté par source, daté par travaux historiques
- 1893, daté par travaux historiques, daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Fairbairn Williamingénieur attribution par sourceFairbairn WilliamCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
- Auteur : architecte attribution par source
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Auteur :
Caban Félix-Andréarchitecte attribution par sourceCaban Félix-AndréCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
- Auteur : entrepreneur de maçonnerie attribution par source
- Auteur : entrepreneur de charpenterie attribution par source
- Auteur : entrepreneur attribution par source
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Auteur :
La filature est un bâtiment monobloc monumental en brique et pierre calcaire (chainages d'angle, appuis de fenêtre, de 147 m de long (42 travées), 16 m de large et 25 m de haut (4 niveaux plus comble) composé d’un corps central de 10 travées légèrement saillant, surmonté d'un fronton, et de deux pavillons symétriques aux extrémités servant de cages d’escalier avec système monte-charge. Ces deux pavillons étaient à l’origine surmontés d’un petit campanile dont la cloche rythmait les journées de travail des ouvriers.
Du point de vue constructif, la Foudre est un véritable chef-d’œuvre de modernité. Elle bénéficie des dernières innovations technologiques mises au point par William Fairbairn (1789-1874). Ce brillant ingénieur, connu pour ses travaux sur la résistance des métaux et sur les assemblages métalliques, signe les plans de plusieurs usines à structure métallique dans le nord de l’Angleterre, dans le Yorkshire notamment et la région de Manchester où il vécut. Lorsqu’il est contacté en 1845 par le filateur écossais John Peter pour la conception de la Foudre, Fairbairn apporte avec lui les dernières innovations britanniques dans le domaine, et fait édifier sur le sol français la première usine à structure métallique dite fire-proof (à l'épreuve du feu). Un bâtiment qu’il qualifie lui-même comme « l’un des plus sûrs et probablement des plus parfaits de son espèce ». La structure de la Foudre est constituée de poteaux-poutres en fonte. Les poutres, profilées en I, sont de forme oblongue ce qui permet d’accroitre leur résistance à la traction. Elles mesurent 7, 5m de longueur. Les colonnes ont un diamètre de 20 cm et mesurent de 3 à 4 m de hauteur selon les niveaux (4m au rez-de-chaussée, 3,20m aux 1er et 2e étages et 3m au 3e étage). Les poutres s’appuient directement sur les murs en brique des façades (jusqu'à 80cm d’épaisseur) et sur les colonnes qui servent d’appuis intermédiaires. Ainsi, au centre de chaque niveau d’atelier, un alignement de 39 colonnes rigoureusement espacées de 2,90 m rythme l’espace intérieur de 2000 m².Le système d’assemblage de la structure de la Foudre est à la fois simple et ingénieux. Les colonnes creuses s’emboitent les unes dans les autres et sont maintenues par les poutres réunies entres elles par des anneaux qui entourent les ergots. Pour être véritablement fire-proof, cette ossature est associée à un plafond en voutains de brique sur lequel repose des planchers de 30 cm d’épaisseur composés de brique, de mortier sable en remplissage et recouvert de carreaux de terre cuite. Outre leur fonction porteuse, les colonnes creuses permettent l’écoulement des eaux pluviales entre les noues du toit et peuvent également servir de conduits d’aération. L’intérêt d’une telle structure est, en définitive, moins sa stabilité au feu (assez médiocre à vrai dire) que son excellente résistance mécanique. Les ateliers gagnent en surface, résistent mieux aux efforts occasionnés par le poids et les vibrations des machines… et aux risques d’effondrement (suite à un incendie). Une structure comme celle de la Foudre admet une surcharge de 650 kg/m².
La salle des machines est un petit bâtiment en brique, en rez-de-chaussée surélevé, appuyé la façade Ouest de la filature. La chaufferie, détruite, était un bâtiment du même type construit dans son prolongement.
La filature et la salle de machines faisaient partie d'un vaste site qui s'étendait sur 4 ha en plein coeur de la ville de Petit-Quevilly et qui comprenait des bâtiments (ateliers de production, de réparation, entrepôts, magasins, bureaux...) de moindre intérêt architectural. Ces derniers n'ont pas bénéficié d'une protection au titre des Monuments Historiques comme ce fut le cas pour la filature et sa salle des machines (ISMH par arrêté du 11 avril 2003) et ont tous été détruits pour libérer l'espace et permettre son réaménagement urbain.
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Murs
- calcaire pierre de taille
- brique
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Toitsardoise
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Étages3 étages carrés
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Couvrements
- charpente métallique apparente
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Élévations extérieuresélévation à travées
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Couvertures
- toit à longs pans pignon découvert
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Énergies
- énergie thermique produite sur place
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TypologiesReconversion
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État de conservationétablissement industriel désaffecté, restauré
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Statut de la propriétépropriété publique
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Intérêt de l'œuvreà signaler
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Éléments remarquablesatelier de fabrication
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Protectionsinscrit MH, 2003/04/11
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Documents d'archives
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AD Seine-Maritime. Série U. Sous-série 6 U : 6 U 294. Registre du commerce.
Déclaration modificative de la société anonyme Pouyer-Quertier au registre du commerce, 1920.
Bibliographie
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CHASSAGNE, Serge. Le coton et ses patrons. France, 1760-1840. Paris : EHESS, 1992.
p. 466, 585 -
REAL, Emmanuelle. Reconversions : l'architecture industrielle réinventée. Rouen : Conseil Régional de Haute-Normandie, coll. Images du patrimoine 281, 2013, 304 p.
p. 148-161
Périodiques
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Conservatoire numérique des Arts et Métiers : http://cnum.cnam.fr/CGI/fpage.cgi?4KY15.3/134/100/325/13/317
TURGAN, Julien. La Foudre - Filature de coton. In Les grandes usines : études industrielles en France et à l'étranger. Paris : Michel Lévy frères, Tome 3, 1868, p. 129-176.
-
CHABOT. Archéologie industrielle à l'établissement régional du matériel de Rouen. In : MAT II, supplément au n°5, janvier 1981, 12 p.
-
CHASSAGNE, Serge. Aux origines de l'usine géante de la Foudre. In: Études Normandes, 42e année, n°1, 1993, p. 19-29.
-
Bibliothèque municipale, Rouen
L'Illustration économique et financière, n° spécial Seine Inférieure, 1923, p. 81-88
p. 51 -
Bibliothèque nationale de France : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62289744/f10.item
MONSELET, Charles. La Foudre. Filature de coton de M. Pouyer-Quertier à Rouen. In : Le monde illustré, 29 octobre 1864, p. 283-286
Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.
Chargée de recherches à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie, puis de Normandie, depuis 1992. Spécialité : patrimoine industriel.