Dossier d’œuvre architecture IA61001481 | Réalisé par
Billat Hélène (Contributeur)
Billat Hélène

Chercheur à l'inventaire général du patrimoine culturel de Basse-Normandie puis de Normandie depuis 2013 : architecture civile et religieuse, patrimoine rural, objets mobiliers civils et religieux étudiés dans le cadre d'inventaires topographiques et ponctuels. Suivi scientifique de l'étude du patrimoine bâti du Parc naturel régional du Perche.

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Maillard Florent (Contributeur)
Maillard Florent

Chercheur associé au Parc naturel régional du Perche depuis 2011, en charge de l'architecture rurale du PNR.

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  • enquête thématique régionale, architecture rurale du Parc naturel régional du Perche
monastère de la chartreuse du Val-Dieu puis demeure
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général
  • (c) Parc naturel régional du Perche

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Parc naturel régional du Perche
  • Commune Feings
  • Lieu-dit le Valdieu
  • Cadastre 1830 E1 6, 8  ; 2019 OE 64, 65
  • Dénominations
    couvent
  • Destinations
    maison
  • Parties constituantes non étudiées
    chapelle, logis, porte

La chartreuse du Val-Dieu : de la fondation à la restauration (12e-21e siècles)

La fondation et le développement du temporel

Au milieu du 12e siècle, la fin de l’indépendance du duché de Normandie oblige les Rotrou à modifier leur stratégie politique et à se rapprocher de leurs voisins, les comtes de Blois et deVue de la chartreuse du Val-Dieu depuis l'étang aux chèvres au nord.Vue de la chartreuse du Val-Dieu depuis l'étang aux chèvres au nord. Chartres qui, par leurs alliances matrimoniales, affirment leur ancrage au cœur de la famille capétienne1. Le mariage de Rotrou III2 avec l’une des filles de Thibaud IV, Mathilde de Blois3 à la fin des années 1140 ou au début de la décennie suivante, ouvre un nouveau chapitre de l’histoire comtale. Cet événement contribue à réactiver l’alliance avec la maison de Blois, considérablement affaiblie à l’époque de son grand-père Geoffroy II (1079-1099), et à étendre le réseau d’influence de cette maison à laquelle est concédé en décembre 1158, par le roi Henri II, le château de Bellême qu’elle avait perdu voilà plus de quarante ans. Le rapprochement des Rotrou avec ces seigneurs, qui se poursuit dans les années 1160-1170, se manifeste dans plusieurs actes de Rotrou III. Celui de la fondation de la maison cartusienne du Val Dieu4, en 11705, en porte également la marque puisqu’il mentionne l’aide et les conseils de son beau-frère Guillaume de Champagne, évêque de Chartres et de Sens6, dont le comte7 a bénéficié. Les copies de la charte de fondation ainsi que le Recueil sur la Chartreuse du Val-Dieu8 donnent le nom des témoins cofondateurs du Val Dieu : Mathilde de Blois, son fils Geoffroy III et son épouse Mathilde de Saxe (1171-1210)9. Cette fondation n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans l’histoire familiale, Rotrou III nourrissant le même intérêt que son père et son grand-père pour les nouveaux courants monastiques, en particulier pour les ordres cartusien et trappiste. Passant outre l'hostilité épiscopale sagienne, Rotrou III décide d’implanter cette nouvelle maison de chartreux dans une partie du Perche réputée des plus inhospitalières et déshéritées, au nord de la forêt de Réno, entre Longny et Mortagne situés à l’ouest de la rivière de la Commeauche. Comme dans la plupart des fondations cartusiennes du 12e siècle, elle est implantée à la périphérie du pouvoir politique et religieux, ici de la principauté et du diocèse de Chartres, ce qui en fait un point d'ancrage certes marginal au plan territorial mais relativement important à terme pour le renforcement du pouvoir politique des comtes du Perche, encore incertain en cette zone de confins, et le développement économique de la région. A sa création, elle est confiée à Simon, prieur du Mont-Dieu, près de Sedan et à Ingelbert, prieur du Val Saint-Pierre, près de Vervins (Aisne)10. La charte de fondation a été par la suite vidimée et ratifiée par Louis IX en 1233.

Conformément aux Coutumes (règle) écrites par le prieur Guigues en 112711, l'acte de fondation de la chartreuse détermine le périmètre du désert12, implanté au lieu-dit du Val du Diable, qui comprend sur environ 4 km de côté une partie de la forêt et des terres, soit 663 hectares, et lui confère des privilèges. Si les seigneurs abandonnent leurs droits sur la forêt, les paysans s'opposent violemment à la vente de leurs terres, obligeant le pape Alexandre III à prendre une bulle en 1180 pour réduire le domaine. L'église monastique est consacrée en 1181 par Froger, évêque de Séez, avec l'assistance de son homologue chartrain récemment nommé, Pierre de Celle13. A partir de 1247, les moines accroissent leur domaine par l'acquisition de terres situées en dehors son périmètre, notamment vers le nord et l'ouest. Ils obtiennent également des dons, parfois assortis de rémunérations du donataire au donateur comme cela se pratiquait souvent en pays coutumier par les institutions religieuses, et acquièrent des rentes selon le même procédé. Tout en exploitant les terres situées aux abords du monastère selon le mode du faire-valoir direct, les moines recourent, à l’instar des seigneurs, aux baux viagers et aux concessions en censive pour rentabiliser les propriétés plus éloignées en s'appuyant sur les exploitants en place. Cette évolution se retrouve consignée dans les Statuta Antiqua approuvés en 1259, qui avalisent l'extension du périmètre initial du désert comme l'acquisition de terres en son dehors.

De la guerre de Cent Ans aux guerres de religion (1337-1598)

A la veille de la guerre de Cent Ans (1337), la chartreuse joue un rôle économique non négligeable dans cette partie de la province et ses nombreux revenus lui permettent de mieux résister aux aléas de l'histoire, en particulier durant la guerre de Cent Ans. Grâce aux donations successives, la communauté fait reconstruire et agrandir ses bâtiments au fil des siècles. Pierre II d'Alençon (1340-1404), qui reçoit le comté du Perche par lettres royales du 26 décembre 1377, est l'un de ses grands bienfaiteurs. La portée des travaux qu’il a contribué à financer reste cependant mal connue faute de sources14. La reconstruction partielle de l’église (portions de murs, voûte) et l’érection d’une nouvelle porte d’entrée du monastère en seraient les éléments les plus marquants. Il aurait également favorisé la construction d’une habitation en dehors du cloître15. Dans son testament16, il prévoit plusieurs donations à la chartreuse du Val Dieu. Il affecte 80 livres de rente pour établir quatre nouvelles cellules17 et agrandir la communauté qui compte à cette époque 8 ou 9 moines. Il formule le vœu d’être inhumé dans l’église abbatiale aux côtés de sa fille Jehanne, suivant en cela une pratique répandue parmi les princes du bas Moyen Age18 - tels Philippe le Hardi enterré en 1386 à la Charteuse de Champmol près de Dijon (Côte-d’Or), autre fervent admirateur de l’ordre cartusien, ou Arthur III de Bretagne dans celle de Nantes en 1445 – sans pour autant vouloir fonder une nécropole dynastique19. Le choix de cet emplacement relève d’une inclination personnelle du prince des Lis pour l’ordre cartusien, qui connaît un regain de faveur à la fin de l’époque médiévale, tout en répondant à des motivations religieuses et politiques répandues dans l’aristocratie20 : confier le salut de son âme à un ordre érémitique reconnu pour l’austérité de sa règle restée authentique, faire œuvre d’humilité et de piété en renonçant à la pompe funèbre, à l’exemple de son aïeul Pierre de France, fils de Louis IX, et enfin, légitimer son pouvoir, dont l’imposition n’a pas été de soi, en un territoire éloigné du centre névralgique de la principauté (Argentan), à la confluence du duché de Normandie, des comtés de Chartres et du Maine. Au décès de Pierre II, le 20 septembre 1404, son fils Jean Ier confirme les donations. En 1419, Henri V place le monastère sous sa protection, deux ans après avoir été saccagé par les troupes anglaises. Des travaux, mal documentés, sont menés à la fin du 14e siècle puis au 16e siècle, sous les priorats de Jérôme de Corre (1530-1546) et Jean Lassère (1546-1567)21, qui font rebâtir la cuisine, le petit cloître et enfin le grand cloître22. C’est après le passage des Calvinistes en 1562 qu’émerge l’idée de reconstruire totalement le monastère23.

Au temps du catholicisme triomphant

Les travaux de réhabilitation ou de reconstruction sont menés progressivement au gré des moyens et des donations. Le 12 mars 1563, les moines obtiennent du roi Charles IX, l’autorisation de vendre jusqu’à concurrence de 8 000 livres de bois pour les financer24. De nouvelles donations y contribuent, tant financières que foncières. Au 17e siècle, les moines procèdent à la réédification de l'église conventuelle. C’est l’ingénieur et architecte du roi Pierre Le Muet (1591-1669) qui en livre les plans25. Après avoir œuvré à Paris, notamment sur le chantier du Val-de-Grâce, il poursuit sa carrière en province, intervenant dans la région, notamment au château de L’Aigle26. L’église se présente comme un édifice orienté à vaisseau unique qui s’étend sur quatre travées et que surmonte un clocher implanté à l’entrée du chœur monastique.

Cartusia Vallis Dei, province cartusienne de France-sur-Loire.- Huile sur toile, Jean-Baptiste (?) de Cany, 1688 (musée de la Correrie, Saint-Pierre-de-Chartreuse).Cartusia Vallis Dei, province cartusienne de France-sur-Loire.- Huile sur toile, Jean-Baptiste (?) de Cany, 1688 (musée de la Correrie, Saint-Pierre-de-Chartreuse).Du fait de la rareté des sources documentant les différentes campagnes de travaux, il est tentant de recourir à l’iconographie. La vue perspective signée et datée de 1688 par un certain "de Cany"27 reste à ce jour la représentation la plus ancienne connue du monastère avant sa reconstruction au siècle suivant. Elle montre des bâtiments hétérogènes, en matière de style et d'époque, qui résultent de plusieurs campagnes de travaux menés à la fin du 14e siècle, au 16e siècle et durant la seconde moitié du 17e siècle. Est-ce que tous les bâtiments représentés existaient en 1688 ou certains étaient-ils en projet ? Il n’est pas possible de répondre avec certitude. Cette grande toile fait partie d’une série de 79 « cartes » conservées au musée de la Correrie de la Grande Chartreuse (située sur la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse) représentant l’ensemble des maisons de l’Ordre à compter de la fin du 17e siècle jusqu'au 19e siècle pour les plus récentes. Il est important de rappeler que cette initiative, due au ministère général de l'Ordre, dom Innocent Le Masson (1675-1703), se révèle être l'une des plus prestigieuses campagnes iconographiques entreprise à l'instar d'autres ordres au lendemain des guerres de Religion. Les objectifs en sont bien connus : tout en exaltant la foi catholique romaine, ces "cartes" étaient un instrument de connaissance et de contrôle des bâtiments des chartreuses essaimées dans toute la chrétienté. L'obligation de soumettre tout projet de construction aux institutions centrales de l'Ordre avait pour finalité d’en renforcer la rigueur que le prieur de la Grande Chartreuse précise en commentant les chapitres des Statuts relatifs aux bâtiments des chartreuses de la Disciplina ordinis cartusiensis (1582). Plus ou moins habiles, ces "cartes" posent bien évidemment la question de la fiabilité historique de la représentation car plusieurs sont restées à l'état de projet et ne montrent donc pas les bâtiments dans leur état réel. Celle de la chartreuse du Val Dieu a l’intérêt de donner un état plausible, ou projeté, antérieur à la reconstruction du 18e siècle, qui a fait table rase de toutes les constructions à l'exception de l'église et du grand cloître qui ont conservé leur implantation et, sans doute, tout ou partie de leur élévation. Il est certes difficile d'en attester l’absolue véracité car elle exalte avant tout "la signification du renoncement cartusien"28 et l'organisation de la vie érémitique mais aussi l’étendue de son emprise dans un espace magnifié. Cette « carte » traduit cette relation singulière au monde relégué au second plan qui montre ici le panorama d'une vaste étendue forestière issue de la Silva Pertica, res nullius (bien de personne) longtemps réputée impénétrable. Vue de détail de la Cartusia Vallis Dei, province cartusienne de France-sur-Loire : l'étang poissonneux.- Huile sur toile, Jean-Baptiste (?) de Cany, 1688 (musée de la Correrie, Saint-Pierre-de-Chartreuse).Vue de détail de la Cartusia Vallis Dei, province cartusienne de France-sur-Loire : l'étang poissonneux.- Huile sur toile, Jean-Baptiste (?) de Cany, 1688 (musée de la Correrie, Saint-Pierre-de-Chartreuse).C’est cette forêt que les moines ont en partie défrichée et aménagée en jardins et réserves d’eau poissonneuses visibles au premier plan où s'animent les seules figures esquissées du tableau. Au-delà du désert se découvre un paysage humanisé de vallées et de plaines bocagères. L'enceinte fortifiée, dont les courtines sont reliées par des tours rondes aux angles, délimite "la demeure de l'homme en quête de Dieu"29. Précédée de fossés, elle s'inscrit dans une clairière que protègent les flancs abrupts des coteaux dominés par un plateau peu élevé. Dans l’axe de la composition, le regard s’arrête en premier lieu sur la porte fortifiée dite du comte Pierre en référence à Pierre II, comte d’Alençon et du Perche, qui s’y était retiré plusieurs fois à la fin de sa vie et où reposait sa fille décédée en 1403. Vue de détail de la Cartusia Vallis Dei, province cartusienne de France-sur-Loire : la chartreuse dans son enceinte.- Huile sur toile, Jean-Baptiste (?) de Cany, 1688 (musée de la Correrie, Saint-Pierre-de-Chartreuse).Vue de détail de la Cartusia Vallis Dei, province cartusienne de France-sur-Loire : la chartreuse dans son enceinte.- Huile sur toile, Jean-Baptiste (?) de Cany, 1688 (musée de la Correrie, Saint-Pierre-de-Chartreuse).Au premier plan à gauche s’alignent les compartiments réguliers de l’hortus conclusus, protégé des vents et des prédateurs par de hauts murs, et dans l’axe, au-delà de la cour d’honneur, le cloître majeur dont l’organisation reflète le mode de vie semi-érémitique des Chartreux et où on distingue au centre une fontaine et dans un angle un cimetière. S’y adossent les ermitages30 comprenant chacun une cellule donnant sur un jardin, où les frères passent l’essentiel de leur temps, n’en sortant que pour suivre les offices : si leur architecture en est sobre, chacune est pourvue, selon les Coutumes, d'un lit, d'un oratoire, d'un foyer, d'un bureau et d'un atelier mais aussi d'un jardin planté ici de carrés, toutes choses jugées nécessaires à l'équilibre moral des moines. D’où l’emplacement de l’église, située à la jonction du grand cloître et du cloître mineur, bordé par les espaces de vie communautaire (chapitre, réfectoire, bibliothèque). Vue de détail de la Cartusia Vallis Dei, province cartusienne de France-sur-Loire : la porterie, une partie de la cour d'honneur, le petit cloître et l'église.- Huile sur toile, Jean-Baptiste (?) de Cany, 1688 (musée de la Correrie, Saint-Pierre-de-Chartreuse).Vue de détail de la Cartusia Vallis Dei, province cartusienne de France-sur-Loire : la porterie, une partie de la cour d'honneur, le petit cloître et l'église.- Huile sur toile, Jean-Baptiste (?) de Cany, 1688 (musée de la Correrie, Saint-Pierre-de-Chartreuse).L’édifice reconstruit sur les plans de Pierre Le Muet semble, d’après la représentation de 1688, le seul à être couvert en ardoise, les autres bâtiments l'étant en tuile plate. La plupart des bâtiments sont en moellons enduits, avec ou sans chaînage d'angle, dont se démarque la porte fortifiée31 avec sa double entrée, piétonne et charretière, à pont levis et sa tour de guet. Le pan de bois semble réservé aux constructions à vocation agricole. Plusieurs bâtiments contrefortés devaient être voûtés comme les greniers, la cuisine et la salle des hôtes32. Les deux cloîtres, bien que reconstruits courant du 16e siècle, conservent au moins pour partie leurs arcades gothiques trilobées33. Dans le ciel de cette représentation idéale, domine un cartouche renfermant les armoiries, modifiées ici, de la chartreuse34, autour duquel vient s'enrouler un phylactère portant le nom de la chartreuse et la date de sa fondation : Cartusia Vallis Dei Fundata Anno 1170.

La reconstruction de la chartreuse au 18e siècle

Dès le 2e quart du 18e siècle, la chartreuse fait l’objet d’une série de travaux, tout d’abord sous le priorat de dom Jean-Baptiste Soucaric (1725-1755) qui fait réédifier le mur d’enceinte et le cloître majeur35, puis sous son successeur dom Aimé des Champs (1755-1780) qui recourt au R. P. J.-B. Miserey (1726-1786), un architecte de la congrégation de Saint-Maur, pour reconstruire une grande partie du monastère. Les donations contribuent là encore au développement et à l’enrichissement de la maison. La postérité a retenu la fondation que fit le 4 mai 1740 la veuve de Jacques de Bailleul, Marie de la Vove, dame de Bellegarde, pour deux nouvelles cellules et deux places de profès, assortie de terres36.

Nouvelle vue de la Chartreuse du Val-Dieu.- Estampe, Nicolas-Jean-Baptiste de Poilly, 1769 (musée Boucher de Perthes, Abbeville).Nouvelle vue de la Chartreuse du Val-Dieu.- Estampe, Nicolas-Jean-Baptiste de Poilly, 1769 (musée Boucher de Perthes, Abbeville).C’est une estampe de Jean-Baptiste Nicolas de Poilly (1707-1780) qui permet d’attribuer au R. P. J.- B. Miserey le dessein de la reconstruction du monastère. Exécutée d'après ses relevé et dessin selon l’inscription portée dans l’un des cartouches, elle représente une vue perspective cavalière du site à l'issue de cette campagne de reconstruction. Précédant l’église et le grand cloître37, demeurés au même emplacement, les nouveaux bâtiments conventuels encadrent un jardin à la française précédé d’une cour plantée de parterres et d’arbres en alignement fermée au nord par une porterie38, par laquelle débuta la reconstruction en 1760 ou peu avant39, cantonnée de corps moins élevés abritant sur deux niveaux la buanderie et l'aumônerie40.Vue de l'élévation nord de la porterie.Vue de l'élévation nord de la porterie. De part et d’autre de la porterie, deux bâtiments identiques intégrés au mur de clôture accueillent à l’ouest la chapelle des femmes et à l'est la pharmacie. La basse-cour occupe partiellement le terrain de l’ancien jardin potager, le nouveau étant relégué plus au nord, à l’est des ermitages. Un ponceau enjambe un bassin maçonné41 qui départage la cour commune de celle régulière bordée par des corps de bâtiment, à l’élévation ordonnancée en travées régulières, disposés en U. Dans la cour dite régulière, qui faisait office de cour d’honneur, les ailes en retour d’équerre abritent d’un côté la bibliothèque et de l’autre le logement des hôtes. L’aile centrale, percée en son centre d’une porte monumentale formant un avant-corps et menant au grand cloître, comprenait le logement du procureur et les cellules des adjudicateurs des rentes et des bois. A l’ouest, entre l’aile occidentale de la cour régulière et l’église s’étend le petit cloître adossé à celle-ci. La gravure de Poilly, dont on doit souligner le caractère plus schématique que la peinture de 1688, ajoute à l'édifice de culte une abside au chevet plat, ainsi que des baies plus régulières. La salle capitulaire et le réfectoire sont logés dans un bâtiment mitoyen à l’ouest du petit cloître. Le logement du prieur se situe à l'est dans le prolongement de l’aile centrale de la cour régulière et bénéficie de sa propre cour, sur laquelle donne la boulangerie (figurant également sur la toile de 1688), érigée près de la basse-cour. Celle-ci est bordée à l’est par les bâtiments abritant caves et greniers, écuries et remises. Au nord, intégrée au mur de clôture, est implantée l’infirmerie des domestiques en face de laquelle se trouve le bâtiment réunissant sous un même toit la cuisine et le logement des domestiques. Plan de mise au net des levés (avec métré) préalable au plan géométrique des bois de la Chartreuse du Val-Dieu.- Dessin à la plume, non signé, 1790 (AD Eure-et-Loir. 2 Fi 363/02).Plan de mise au net des levés (avec métré) préalable au plan géométrique des bois de la Chartreuse du Val-Dieu.- Dessin à la plume, non signé, 1790 (AD Eure-et-Loir. 2 Fi 363/02).A noter que le plan de 1790, conservé aux Archives départementales d'Eure-et-Loir, localise également des écuries et des forges à l’ouest des bâtiments réguliers, en arrière du petit cloître et de l’église.

Bâti selon un plan axial, le domaine gagne en symétrie, à l’instar des demeures classiques. Les différents bâtiments s’organisent d’une manière plus rationnelle que prolongent les différents parterres plantés dans les cours successives, commune et régulière, dans celle du grand cloître et en avant du petit cloître.

Vue méridionale de la porterie et des bâtiments adjacents depuis le ponceau.Vue méridionale de la porterie et des bâtiments adjacents depuis le ponceau.

Cette rationalité, recherchée dès le siècle précédent, se répercute sur la gestion quotidienne du monastère et l’organisation de ses espaces. Elle est favorisée par la suppression des maisons-basses, en 167942, qui permet de centraliser intramuros l’administration du temporel et du spirituel. Le nouveau projet du Val-Dieu prévoit bien d’intégrer le logement du procureur qui a la charge de l’administration du temporel, avec l’accueil des hôtes, la gestion des frères convers et des officiers de maison. Ce qui ne signifie pas que les bâtiments de la maison-basse, dénommée Correrie – formée de cinq bâtiments répartis le long de la limite de la parcelle 113 du plan préparatoire de 1790 - implantée au nord du monastère dans le prolongement de l’étang éponyme non loin de la route de Longny, n’aient plus aucune utilité43. Ces évolutions n’entravent pas le spirituel. L’église, libérée de l’emprise des anciens bâtiments et cours, acquiert en visibilité. Conservée dans le parcellaire actuel, cette nouvelle assiette monastique, où se lit aisément le tracé de l’ancienne enceinte qui subsiste à l’état de vestiges, place le grand cloître au cœur de la clôture et s’étend désormais jusqu’aux limites de la forêt44. Des tourelles rondes renforcent le mur de clôture sans pour autant lui conférer un caractère défensif qui disparaît au profit d'une plus grande ouverture sur l'environnement dont la représentation a soigneusement gommé le relief escarpé pour se conformer à l'idéal d'une demeure seigneuriale aux champs. Une partie des anciens fossés sont devenus ainsi autant de sauts de loup des nouveaux jardins.

La reconstruction entreprise au 18e siècle s’accompagne d’embellissements intérieurs exceptionnels, notamment par la commande de lambris, de tableaux et de mobilier cultuel. A l’inverse des travaux d’architecture, au sujet desquels les sources manquent pour en documenter les différentes étapes de mise en œuvre, ceux touchant au décor ont laissé quelques noms. La communauté du Val-Dieu fait appel à des artistes d’horizons différents, œuvrant dans la région ou menant une carrière parisienne après avoir fait leur apprentissage auprès de maîtres renommés45.  En rendant hommage aux fondateurs et bienfaiteurs de l’ordre et de la chartreuse du Val Dieu, ces embellissements inscrivent la reconstruction du monastère – dont l’architecture rompt avec l’esthétique médiévale - dans une filiation historique et spirituelle. Saint Bruno, fondateur des Chartreux, est à l’honneur mais aussi saint Paul ermite, tous deux représentés en 1768 par le peintre Guillaume Martin (Montpellier, 1737 – Paris, 1800). Les deux tableaux, déposés dans l’église Saint-Sauveur de Bellême depuis la Révolution, faisaient peut-être partie d’un décor plus important à l’image des cycles peints consacrés aux Pères du désert du Grand Siècle, souvent d’après des corpus de gravures flamandes, auxquels ne recourt pas ici Guillaume Martin. Ils montrent que l’évocation des grandes figures de l’érémitisme se perpétue dans les ordres religieux fidèles à l’esprit de la Réforme catholique qui prône le retour aux sources de la tradition monastique. Rotrou III comte du Perche présentant le plan de la chartreuse du Val-Dieu à ses fils.- Huile sur toile, Nicolas-René Jollain, 1766. (Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, Alençon).Rotrou III comte du Perche présentant le plan de la chartreuse du Val-Dieu à ses fils.- Huile sur toile, Nicolas-René Jollain, 1766. (Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, Alençon).Quant aux deux tableaux, aujourd’hui accrochés aux cimaises de la salle des mariages de la mairie de Sées, ils honorent la mémoire de personnalités prestigieuses qui ont marqué l’histoire de la chartreuse du Val Dieu, son fondateur Rotrou III et son plus zélé bienfaiteur Pierre II de Valois, comte d’Alençon. Ils témoignent à la fois du patronage laïc prestigieux dont la maison a bénéficié à l’époque médiévale et du rôle joué par l’aristocratie laïque dans le développement de l’institution monastique que reprend inlassablement l’historiographie. Au sein des bâtiments conventuels, ces deux grands formats prenaient place dans le vaste salon des hôtes pour mieux signifier l’importance accordée à l’accueil des laïcs46, alors que s’accroissent dans le même temps les ressources et la domesticité. Leur iconographie ambitieuse ne pouvait qu’être confiée à un peintre confirmé, Nicolas-René Jollain (1732-1804)47 connu pour avoir participé au renouvellement du genre de la peinture d’histoire porté par le courant néo-classique, comme Guillaume Martin élève de Joseph-Marie Vien48. Pierre II de Valois comte d'Alençon et du Perche et sa fille devant la chartreuse du Val-Dieu.- Huile sur toile, Nicolas-René Jollain, 1766. (Musée des Beaux-Arts et de Dentelle, Alençon).Pierre II de Valois comte d'Alençon et du Perche et sa fille devant la chartreuse du Val-Dieu.- Huile sur toile, Nicolas-René Jollain, 1766. (Musée des Beaux-Arts et de Dentelle, Alençon).Les travaux sont interrompus par les événements révolutionnaires. Le sculpteur-ciseleur parisien Laitié49, à qui dom Christophe Antoine Gerle50 avait commandé « une décoration d’autel comprenant un tabernacle, chandelliers, girandolle et autres ornements d’une riche composition le tout en bronze d’oree d’or moulüe et d’un assez grand prix », doit suspendre son ouvrage le 23 août 1789, à la demande de dom Bruno Bascher dernier prieur du Val-Dieu, et malgré ses réclamations au Directoire, n’a toujours rien perçu en 179251. Le décret de suppression des ordres religieux du 2 novembre 1789 laisse nombre de paiements en déshérence.

Le domaine monastique proprement dit, de plus de 23 arpents, s’inscrit dans un terrain plus vaste de plusieurs centaines d’hectares dont les aménagements sont connus par deux plans de l’époque révolutionnaire (1790)52. Le mur de clôture, dans lequel s’inséraient six tours53, peu élevées, se doublait d’un fossé en eau qui ceinturait la partie septentrionale du domaine. Ce fossé avait pour fonction de collecter les eaux ruisselant en abondance vers le vallon,  formant une cuvette peu profonde, cerné par deux rivières, la Villette à l’ouest et la Commeauche à l’est. Au-delà du mur d’enceinte, ce ne sont pas moins de 14 étangs, recensés en 1790, qui formaient un ensemble exceptionnel de réserves d’eau poissonneuses. Les plus petits se situaient majoritairement en marge du domaine, au sud (quatre étangs dont ceux de la Gautrie et de la Pestrollière), à l’ouest (2 étangs) et, à proximité des bâtiments monastiques, au nord-ouest (4 étangs). Le réseau d’étangs et de canaux était particulièrement développé au nord, dans l’axe du monastère, dominé par deux grands étangs, le premier dit aux Chèvres d'une superficie de près de 9 arpents et le second, légèrement plus grand s'étendant sur près de 11 arpents, aménagé dans l’axe du premier, à proximité de la Correrie qui lui a donné son nom. Ces deux étangs successifs, précédés au sud par un jardin potager, étaient séparés par l’avenue de la Vallée Madeleine. Autour se trouvaient trois étangs plus petits dont celui de la Bigotterie et de la Vigne aménagés dans le prolongement de l’étang de la Correrie. Au lieu-dit de La Vigne, trois réservoirs avaient été établis. Plan géométrique des bois de la Chartreuse du Val-Dieu.- Dessin à la plume, non signé, 1790 (AD Orne. 65 B 105).Plan géométrique des bois de la Chartreuse du Val-Dieu.- Dessin à la plume, non signé, 1790 (AD Orne. 65 B 105).Ce réseau hydraulique se déployait dans un environnement forestier composé à quasi parité de bois taillis et de hautes futaies (soit un total de plus de 1 300 arpents) traversés par des chemins et des allées et, dans une moindre proportion, de bois affermés (10 arpents et 31 perches), de labours et de jardins (75 arpents et 87 perches), de prés et d’herbages (13 arpents 26 perches). Cet état des lieux, cartographié en 1790, donne des informations importantes sur la nature et l’étendue des aménagements opérés par les chartreux sur plusieurs siècles. Il montre comment les moines ont su tirer parti des contraintes topographiques pour exploiter le milieu forestier et domestiquer les eaux. Tout en permettant à la communauté de vivre en autarcie, ces aménagements ont favorisé une économie de proximité.

Pillage et dispersion (1789-1799)

La nationalisation des biens du clergé a des conséquences matérielles dramatiques sur la chartreuse confiée au district et à la Société Populaire de Mortagne dans l’attente d’une mise en vente. En 1791, Jean Chéron, marchand demeurant à Pullay près de Verneuil (Eure), propose au Directoire d’acquérir la totalité du site enclos de murs54 pour y établir une manufacture en utilisant le réseau de canaux alimentés par les réservoirs situés « au dessus de l’enclos », ainsi que l’étang « en face » et un moulin à papier qui subsiste non loin. Le 21 mai de la même année est dressée une estimation de six étangs et des bois avoisinants de la chartreuse55. Vue de l'étang aux chèvres et de la forêt depuis la porterie de l'ancienne chartreuse.Vue de l'étang aux chèvres et de la forêt depuis la porterie de l'ancienne chartreuse.Le domaine monastique se dégrade considérablement à partir de 1796 lorsque que le citoyen Jean Nicolas Toustain se rend acquéreur de la chartreuse et de ses dépendances56, pour la somme de 85 000 francs, le 28 fructidor an IV (14 septembre 1796)57. Sur le site, le nouveau propriétaire envisage d’établir « une blanchirie [blanchisserie] et une fabrique de toiles, ainsi que d’y faire quatre moulins à ciment, à eau, à foulon et à bled »58. Pour mener à bien ses projets, il « abat journellement les bâtiments », dévaste et enlève « tout ce qui dépend de son acquisition », justifiant ses actes comme autant de preuves de patriotisme59. La correspondance du Directoire exécutif se fait largement l’écho des « dégradations considérables » commis par l’acquéreur, qui vend à tout va les matériaux issus de la démolition des bâtiments, tout en condamnant le bris illégal des scellés apposés sur la bibliothèque. L’administration municipale du canton de Mortagne s’en émeut et dénonce l’inaction de la justice, mais est sommée dans un premier temps, sur ordre du ministre des Finances, de cesser les poursuites à l’encontre du propriétaire60. Les régisseurs de l’Enregistrement et du Domaine national ont bien saisi les conséquences délétères de cette surséance qui permet au citoyen Toustain de continuer en toute impunité « à abattre les bâtimens, les arbres fruitiers et autres, [faisant] argent de tout, sous prétexte que tout cela est nécessaire à un établissement qu’il projette, mais auquel on ne croit point parcequ’on ne lui connoit aucun moyen d’exécution ». L’incapacité des autorités publiques à stopper de tels agissements profite à l’acquéreur, lui facilite la dilapidation du bien qui, lorsqu’il sera à nouveau retombé dans le domaine public, aura perdu plus des trois-quarts de sa valeur61. Dans le même temps, le Département invite les Domaines à affermer le bien, « afin que la République en retire les revenus qui lui en appartiennent »62, contre lequel s'oppose le citoyen Toustain les 12 et 19 messidor an V (28, 30 juin 1797). A plusieurs reprises, celui-ci tente de proroger les délais de paiement de son acquisition. L’arrêté du 13 prairial an V (1er juin 1797), qui l’expulse officiellement des lieux et ordonne la saisie de ses biens, ne met pas un terme à son entreprise destructrice. Rien n’arrête le propriétaire déchu qui, aussitôt relevé de sa déchéance en vertu de la loi du 17 ventôse an V (7 mars 1797)63, poursuit, comme le relate l’administration municipale le 2 fructidor an V (19 août 1797), « la plus grande activité à la destruction d’un grand nombre de bâtimens dont il vend à vil prix les matériaux ». Le procès-verbal dressé par la commune de Feings le 8 fructidor an V (25 août 1797), indique que « la majeure partie des matériaux saisis (…) ont été enlevés par le citoyen Toustain au mépris de l’opposition faitte au nom de l’administration (…) » le 29 thermidor dernier (16 août 1797), « que le plus grand nombre de bâtimens couverts d’ardoise sont dépourvus de tous les plombs qui formoient leurs enfaitures » vendus en partie aux potiers de Saint-Mard-de-Réno. Par délibération du même jour, le conseil municipal décide d’envoyer six hommes de la 30e brigade d’infanterie légère en garnison à Mortagne, surveiller le site. La commune démunie de moyens obtient peu d’aide du Département dont les Domaines relèvent le silence assourdissant64. Le Directoire exécutif tente en vain d’obliger l’acheteur à solder son acquisition, lui accordant le délai d’un mois supplémentaire, par arrêté du 6 germinal an VI (26 mars 1798), qui restera sans effet.  Dans une lettre adressée le 23 germinal an VI (12 avril 1798) au Département de l’Orne, le ministre des Finances se réjouit des mesures enfin prises par le Directoire exécutif pour « soustraire une propriété intéressante aux dévastations trop graves » et la réunir au domaine national avec la saisie de la totalité des meubles. Mais cette déchéance de propriété intervient trop tardivement après enlèvement d’une grande quantité de matériaux et de mobiliers dans un domaine également exposé aux pillages. Toustain continue en l’an VI de contester cette dépossession, se trouvant conforter dans son bon droit par la loi votée par le Conseil des Cinq-Cents « qui relève de la déchéance les acquéreurs des biens nationaux »65

La nationalisation de la chartreuse pose rapidement la question du devenir des biens meubles. En demandant à ce que ce type de biens soit dissocié de la vente du fonds, auquel ils sont attachés, le Directoire exécutif n’ambitionne pas tant de les préserver que d’en tirer un bon prix. Les décors de lambris, créés en quantité au 18e siècle lors de la reconstruction du monastère, mais aussi les huisseries et planchers, sont particulièrement visés par cette directive. Les autorités considèrent que s’ils sont maintenus en place et vendus avec le fonds, ils n’augmenteront guère le prix de vente des immeubles. Cette stratégie spéculative justifie au Val-Dieu comme ailleurs la dépose de biens immeubles par destination. Elle s’accomplit tant bien que mal face à la « rapacité » du citoyen Toustain incapable d’assurer la sécurité du domaine où s’accomplissent nombre de vols de ces biens. D’après le procès-verbal dressé le 21 fructidor an IV (7 septembre 1796)  par le citoyen Larüe, expert nommé, « il résulte que les lembry et boisures de la bibliothèque et deux tableaux étant dans cet appartement ne peuvent faire partie de la vente, qu’il en est de même du petit cabinet d’histoire naturelle étant au bout, dans toutes ces parties de deux tableaux et des quatre colonnes de marbres étant dans l’église, et de deux tableaux étant dans le salon de compagnie et représentant les fondateurs de cette maison », lesquels biens distraits de la vente devront être déposés aux frais de l’acquéreur66. La dispersion du mobilier dans les paroisses avoisinantes et dans les édifices publics d’Alençon (notamment son musée) permet d’en sauvegarder une partie67. Les biens meubles sont saisis le 1er messidor en V et leur adjudication est fixée le 14 du même mois68. Le 12 pluviôse an VII (31 janvier 1799), la municipalité de Mortagne décide de se porter acquéreur « de parqueterie et de boiserie » issues des démolitions perpétrées par le propriétaire déchu « pour être employées d’une manière utile au service public »69. La demande est pressante car il s’agit dans l’immédiat de remployer ce mobilier qualifié « de peu de valeur » pour monter un autel de la Patrie, une enceinte, un orchestre et une tribune dans l’église devenue un Temple en vue de célébrer les fêtes décadaires, ordonnées par les lois des 17 thermidor et 13 fructidor an VI (4 août et 30 août 1798). A terme, plusieurs églises de la région - outre Mortagne, Loisé, Longny et Bellême - reçoivent la chaire, les stalles ainsi que les lambris de style Louis XV qui ornaient le chœur de l’église du Val Dieu ; celle de Champs le maître-autel en marbre de Sienne, celles de Tourouvre et de Saint-Mard-de-Réno, les chasubles et autres ornements.  Les ouvrages et lambris de l’ancienne bibliothèque sont transférés à la bibliothèque d’Alençon70.

Le temps de la reconversion et de la sauvegarde

Dépecée et abandonnée, l’ancienne chartreuse devient grande pourvoyeuse de pierres à bâtir. Les mutations de propriété se multiplient à un rythme soutenu dès la fin du Directoire et tout au long du 19e siècle. Les propriétaires insolvables se succèdent sans pouvoir mettre fin à sa ruine. Par contrat du 14 floréal an VII (3 mai 1799)71, le sieur Louis François Bion, négociant à Mortagne, en devient propriétaire pour la somme de 512 060 francs, puis la revend au sieur Jérôme François Vaudoré, marchand de bois, demeurant à Mortagne, lequel  « a vendu, cédé et abandonné » au prix d’achat par devant notaire le 25 thermidor an XII (13 août 1804) au  comte de Gontaut-Biron72, à la condition de faire « réserve jusqu’au 1er vendre de l’an quatorze [23 septembre 1805] d’un logement dans le bâtiment du portail pour l’habitation du Sr Lair dit La Rousse ainsi que du droit qu’il a accordé à ce dernier de continuer la démolition, qui se trouvant commencé[e] et d’enlever pendant cet intervalle les matériaux qui proviendront sans que cette faculté puisse s’étendre sur les bâtiments qui composent le portail et l’ancienne chapelle ensemble celui de la buanderie qui demeureront dans leur intégrité, ledit temps expiré tout ce qui se trouvera sur ledit lieu appartiendra de droit à l’acquéreur »73. Vue des ruines des cellules du grand cloître et, à l'arrière-plan, de la porterie depuis le sud-ouest.- photographie, abbé E. Duval, limite 19e siècle 20e siècle (AD Orne. 21 Fi : fonds Lemale).Vue des ruines des cellules du grand cloître et, à l'arrière-plan, de la porterie depuis le sud-ouest.- photographie, abbé E. Duval, limite 19e siècle 20e siècle (AD Orne. 21 Fi : fonds Lemale).Si le site reste longtemps dans un état déplorable, que décrit d’une manière poétique William Dorset Fellowes en 181774, il existe dès 1804 une volonté de sauver ce qui peut l’être encore, à savoir la porterie et une partie des bâtiments adjacents.  La porterie et la chapelle des femmes dite aussi des Dames ou Sainte-Anne, qui permettait aux femmes de suivre les offices, ainsi que l’infirmerie des domestiques, construite au sud-ouest de la porterie dans un angle du mur d’enceinte, sont les seuls éléments bâtis subsistants reportés sur le cadastre de 183075, de même que la ferme dépendant du monastère sise au lieu-dit du Grand-Boulay76. Celle-ci s’étend sur un vaste terrain à quelques centaines de mètres au nord-ouest de la chartreuse, anciennement entourée de fossés mis en eau et dotée d’une mare, comme l’indique encore le cadastre. Elle possède des bâtiments datés du 17e au 19e siècle dont certains ont disparu après 1830. Quant à la maison basse de la chartreuse du Val-Dieu, appelée Correrie, elle n'est plus matérialisée sur le cadastre de 1830 (parcelle 265)77. En 1836, le domaine du Val-Dieu passe entre les mains de François de Vanssay puis en 1847, de Raymond Chauveau, garde général des Eaux et Forêts,  et en 1852 de Jean Bouvier Desnos. Julien Séguret, prêtre de la Grande Chartreuse de Saint-Pierre-de-Chartreuse (Isère), acquiert le Val-Dieu en 1870 dans le but de rétablir l’Ordre. Après deux années de tentative (1881-1882), le site est à nouveau mis en vente et acheté par Marie Bouvier Desnos78.

Vue de l'ancienne porterie depuis le nord.- photographie, 1er quart 20e siècle (AD Orne. 21 Fi : fonds Lemale).Vue de l'ancienne porterie depuis le nord.- photographie, 1er quart 20e siècle (AD Orne. 21 Fi : fonds Lemale).

Les occupations successives du 19e siècle ont marqué le site et les bâtiments subsistants. La conversion de la porterie en logement n’a pas modifié fondamentalement son élévation extérieure mais plutôt ses espaces intérieurs qui ont été divisés pour être habitables. La façade antérieure de la porterie, orientée au nord, possède encore son décor sculpté, contemporain de sa construction en 1760, de figures en haut-relief de la Vierge à l’Enfant et des saints Bruno et Jean-Baptiste79 qui surmontent les anciennes portes charretière et piétonnes condamnées.Détail de la façade nord de la porterie : haut-relief de la Vierge à l'Enfant surmontant l'ancienne porte charretière.Détail de la façade nord de la porterie : haut-relief de la Vierge à l'Enfant surmontant l'ancienne porte charretière. Du temps de l’abbé Desvaux, les girouettes des épis de faitage de son ample toiture en croupe arboraient les armes des premiers comtes du Perche80. A l’intérieur, les pièces conservent quelques aménagements du 19e siècle tels que tomettes flammées (issues de la production locale de la région de Mortagne, pièce centrale du rez-de-chaussée), plancher charpenté (pièce orientale du rez-de-chaussée), escaliers (escaliers tournants à balustres en bois menant à l’étage et à la bibliothèque aménagée dans les combles, corps central de la porterie). Certaines cheminées ont été détruites (extrémités des corps bas de la porterie), d’autres existent en marbre. La pharmacie, ainsi nommée dans la gravure de 1769, a été identifiée par l'Abbé Desvaux comme étant la chapelle Saint-Vincent initialement réservée aux frères convers et aux domestiques81. Ce bâtiment a été reconstruit symétriquement à la chapelle des femmes conformément au plan du siècle précédent, vraisemblablement à l’initiative de Charles-Marie Saisson, général des Chartreux (1863-1877), lors de sa tentative de rétablissement de l'Ordre au Val Dieu82, sur les fondations de l’ancienne chapelle dont il reste en façade principale la première assise en grès roussard et l’amorce d’un chaînage en brique à l’angle nord-ouest. Contrairement à la chapelle des femmes, son élévation, moins haute, est plus rustique : porte d’entrée dépourvue d’arc cintré et de fronton triangulaire, baies du deuxième niveau plus nombreuses (4 au lieu de 3) et moins hautes, enduit à pierre vue et non plein, bandeaux et chaînages en brique absents, pente du toit moins forte, deux cheminées. Ces différences corroborent une reconstruction à l’économie après 1830 qui a facilité sa reconversion, comme celle de la chapelle des femmes, en bâtiment agricole au 19e siècle83. Vue d'ensemble depuis le sud-ouest du bâtiment est adjacent à la porterie reconstruit à l'emplacement de l'ancienne pharmacie dans le 3e quart du 19e siècle.Vue d'ensemble depuis le sud-ouest du bâtiment est adjacent à la porterie reconstruit à l'emplacement de l'ancienne pharmacie dans le 3e quart du 19e siècle.

Les deux bâtiments à vaisseau unique, couverts d’un toit à longs pans, en croupe droite et ronde, se terminent en hémicycle. L’ancienne chapelle des femmes a quant à elle conservé son élévation bien que certaines de ses ouvertures aient été obturées (notamment la grande baie axiale). Elle a retrouvé son volume intérieur autrefois divisé par un plancher établi consécutivement à sa reconversion agricole, et a conservé en grande partie les éléments d’origine de sa voûte en berceau lambrissée, dont la charpente à poinçons et entraits possède un décor sculpté d’étoiles et de rosaces.

Vue de la chapelle des femmes depuis le sud-est.Vue de la chapelle des femmes depuis le sud-est.

Le toit à porcs situé non loin de la basse-cour a été construit après 1830, tandis que la remise actuelle a été bâtie à la fin du 20e siècle à l’emplacement des écuries et remises monastiques. L’ancienne infirmerie des domestiques, convertie en fournil doté d’un four hors-œuvre (non matérialisé sur le cadastre de 1830), sert actuellement de logement. Les autres bâtiments ou aménagements monastiques subsistent à l’état de ruine84 ou de traces85, au premier chef les cellules monacales mais aussi le mur d’enceinte et ses tours, mieux préservés dans sa partie occidentale86, les bornes et enfin, divers éléments du système hydraulique : bassins versants collectant l’eau (ou étangs dont certains sont actuellement à sec), fossés en eau (partiellement restitués sur la frange orientale du domaine), fontaines. Trois fontaines existent sur la frange est du domaine, dont une a reçu en 2021 une maçonnerie en grès roussard et moellons de silex ; une autre existe, qui a été murée, à l’ouest. Sur le cadastre de 1830 figurent les étangs, reliés par un ruisseau artificiel, qui témoignent effectivement du système hydraulique mis en place par les moines pour recueillir et canaliser les eaux abondantes du territoire.

Vue de l'ancienne infirmerie ultérieurement transformée en fournil, depuis le sud-est.Vue de l'ancienne infirmerie ultérieurement transformée en fournil, depuis le sud-est.

Ceux qui subsistent au nord présentent aujourd’hui à peu près les mêmes contours qu’en 1830, excepté celui situé en contrebas de la porterie, anciennement dénommé étang aux Chèvres, qui a retrouvé lors des travaux de remise en eau sa superficie de l’Ancien Régime. Au-delà du périmètre correspondant au grand cloître, entouré d’une ceinture sylvestre, s’étendent des herbages, des champs et des bois.

Vue paysagère avec le ponceau marquant la limite entre les anciennes cours commune et régulière.Vue paysagère avec le ponceau marquant la limite entre les anciennes cours commune et régulière.La propriété du Val-Dieu, dont les limites correspondent au périmètre de la maison cartusienne de la seconde moitié du 18e siècle, s'étend aujourd’hui sur un terrain de 50 hectares. Depuis 1997, date à laquelle il passe en d'autres mains privées, plusieurs travaux ont été effectués : remise en eau d’une partie des fossés et de l'étang septentrional, asséché au 19e siècle, abattage d’une peupleraie plantée à proximité des bâtiments, réhabilitation du ponceau maçonné du jardin enjambant des fossés mis en eau, réalisation d'un enduit "au clou" sur les façades de la porterie.

Vue des fossés en eau longeant le domaine monastique au sud-est.Vue des fossés en eau longeant le domaine monastique au sud-est.

Lors des Journées européennes du patrimoine, la propriété est ouverte à la visite, afin de faire découvrir au public la réhabilitation remarquable du site monastique.

1Kathleen Thompson, Power and Border Lordship in Medieval France: The County of the Perche, 1000-1226, London : The Royal Historical Society ; Woodbridge ; Rochester, N.Y. : The Boydell Press, 2002 (Studies in History New Series, vol. 24), p. 86 et ss.2Né d’un second mariage de Rotrou II le Grand avec Harvise d’Evreux, mère de Walter de Salisbury, Rotrou III est, en dépit de la conservation d’une quarantaine de ses actes et de la longévité de son règne, le comte du Perche le moins bien connu. De cette union naquirent également Geoffroy et Stéphane, qui sera nommé archevêque de Palerme par Marguerite de Navarre – reine du royaume normand de Sicile - et vraisemblablement une fille dénommée Béatrice. Cf. Kathleen Hapgood Thompson, The Counts of the Perche, ca. 1066-1217, Th. doct. : Histoire : Université de Sheffield : 1995, mise en ligne sur le site internet White Rose eTheses Onligne,  http://etheses.whiterose.ac.uk/3520/1/364231.pdf3Fille de Thibaud IV, comte de Blois et de Chartres, et de Mathilde de Carinthie, Mathilde de Blois est décédée en 1184.4Il existe deux copies de la charte de fondation conservées aux Archives départementales de l’Orne (H 2621, 2622) qui pourraient dater, d’après Kathleen Thompson, de 1189, op. cit., 1995, p. 25, note 75.5A cet égard, la chartreuse du Val Dieu est la plus ancienne fondation cartusienne de l'ouest de la France.6Guillaume de Champagne dit « aux blanches mains », né en 1135, est le quatrième enfant de Thibaud II comte de Troyes et de Mathilde de Spanheim, qui devient par le mariage de sa sœur Adèle, le beau-frère de Louis VII, puis l’oncle maternel de Philippe Auguste. Il a commencé jeune une carrière ecclésiastique. Nommé en 1164 à la tête du diocèse de Chartres, il continue de l’administrer après avoir été élu à la tête de celui de Sens (1168-1176). Cf. Kathleen Thompson, op. cit., p. 93-94 ; Ludwig Falkenstein, Guillaume aux Blanches Mains, archevêque de Reims et légat du Siège apostolique (1176-1202), Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, Année 2003, 2009, p. 194-200.7Le fondateur de la chartreuse n’est pas Rotrou IV (décédé en 1194) qui est le second fils de Rotrou III (ca. 1135-1191) devenu comte du Perche en 1144 à la mort de son père Rotrou II le Grand lors de la prise de Rouen par Geoffroi le Bel « Plantegenêt », comte d’Anjou (1129-1151). La biographie de ces deux Rotrou est source de nombreuses confusions. L’abbé Desvaux lui-même se trompe en attribuant la pose de la première pierre de l’église du Val Dieu à Rotrou II (A travers le Corbonnais et le Perche chartrain. Société Historique et Archéologique de l'Orne, 1905, t. XXIV, p. 91). Pour une généalogie précise, se reporter aux travaux de Kathleen Thompson, op. cit.8Bibliothèque municipale d’Alençon, ms 112 (français, latin), 17e siècle, voir en particulier : « Venerabilium patrum priorum Cartusiae Vallis Dei catalogus, per f. Josephum Rousseau, ibidem procuratorem, ex multa et solerti cartarum ejusdem domus perlectione collectus » et « Ensuivent les coppies collationnées à leurs originaux des titres de la maison du Val-Dieu ».9Au sujet de la belle-fille de Rotrou III, voir l’article de Kathleen Thompson, « Matilda, countess of the Perche (1171-1210) : the expression of authority in name, style and seal », Tabularia [Online], Les femmes et les actes, Online since 18 July 2003, connection on 02 May 2019. URL : http://journals.openedition.org/tabularia/1546 ; DOI : 10.4000/tabularia.154610Albert Desvaux (abbé), op.  cit., 1905, p. 92.11Consuetudines domni Guigoni.12Le désert de la charteuse s’étendait du Moulin de Sevoux (commune de Malétable) au haut de Monferré (commune de Monceaux), situé au-dessus de Saint-Victor-de-Réno, et de là au chemin menant à Mortagne puis à la rivière de la Villette jusqu’au lieu-dit Le Plessis (commune de Feings).13Philippe Siguret, Abbayes et prieurés du Perche : Sainte-Gauburge, le Val-Dieu, la Trappe et les Clairets, Cahiers Percherons, 1958, n°8, p. 15.14Jean-Pierre Aniel, Les Maisons de chartreux : des origines à la chartreuse de Pavie, Paris : Arts et métiers graphiques ; Genève : Droz, 1983 (Bibliothèque de la Société française d'archéologie ; 16), p. 101.15A. Racinet, Histoire du Val-Dieu. Bellême : imprimerie de E. Giroux, 1883, p. 12.16Rédigé les 21 et 29 août 1404 (BNF, nouv. acq. fr. 7277, fol. 221), peu avant le décès de Pierre II survenu à Argentan le 20 septembre, le testament prévoit d’octroyer plusieurs biens à la chartreuse dont la seigneurie de Soligny-la-Trappe. Il précise également les dernières volontés du prince souhaitant se faire inhumer sous la tour des cloches « dans le cœur des frères convers pour être foulée aux pieds » à condition que sa tombe soit dépourvue d’inscriptions ou de mausolée. Le don de 500 écus or devait pourvoir aux frais de sépulture. (A. Racinet, op. cit., p. 14). A la demande du baron Cyrille Jules Patu de Saint-Vincent, les dépouilles de Pierre II de Valois et de sa fille sont exhumées le 19 novembre 1865 des ruines de l'église abbatiale de la chartreuse, afin de les enterrer provisoirement dans la crypte de l'église Saint-Barthélémy du Pin-la-Garenne. Le 2 octobre 2013, les ossements y sont redécouverts, analysés par le laboratoire de paléopathologie de l'université de Caen puis reconditionnés sous l'autel de la chapelle dite des Combattants de l'église Saint-Barthélémy.17Léon de La Sicotière, Auguste Poulet-Malassis, Le département de l'Orne archéologique et pittoresque, Laigle : J.-F. Beuzelin, 1845, p. 168-176. Bart des Boulais relève dans le cloître la présence d’un tableau commémorant la construction de ces nouvelles cellules côtées D, E, F, G, cette dernière étant dévolue à la secrétairerie, et arborant les armes d’Alençon « afin que les habitans d’icelle prient Dieu pour l’âme de feu, de bonne mémoire, Pierre, jadis comte d’Alençon » (Recueil des antiquités du Perche. Mortagne : Pichard-Hayes : L. Daupeley, 1890, p. 197-198. Annoté par Tournoüer, Henri).18Gaude-Ferragu Murielle, « Les dévotions princières à la fin du Moyen Âge : les testaments des ducs de Bourgogne et de leur famille (1386-1477) », Revue du Nord, 2004/1 (n° 354), p. 7-23. DOI : 10.3917/rdn.354.0007. URL : https://www.cairn.info/revue-du-nord-2004-1-page-7.htm19Son fils Jean Ier, tué à la bataille d’Azincourt en 1415, est enterré dans l’abbaye bénédictine Saint-Martin de Sées, siège épiscopal de la principauté. Son petit-fils René l’est en 1492 dans le prieuré bénédictin de Notre-Dame d’Alençon.20BNF, nouv. acq. fr. 7277, fol. 221- 234 v°.21La liste des priorats est donnée par A. Racinet, op.cit., p. 23-24.22Id., p. 24, notes 1-2.23Philippe Siguret, op. cit., p. 19.24Racinet, op. cit., p. 20.25Philippe Siguret, op. cit., p. 19. Cf. également Claude Mignot, Pierre Le Muet architecte (1591-1669). [s; l.] : [s. n.], 1991, 3 vol. Th. doct. : Histoire de l'art : Paris 4 : 1991. [non consulté].26Le château a été construit sur les plans de Le Muet bien après son décès, en 1690, à l’instigation de son propriétaire Louis des Acres, marquis de L’Aigle.27Il pourrait être le peintre paysagiste non académicien Jean-Baptiste de Cany mentionné en 1679 par Félibien dans les Noms des peintres les plus célèbres et les plus connus anciens et modernes, p. 70, 77.28Pierrette Paravy, Les cartes de Chartreuse : désert et architecture, Grenoble : Editions Glénat, 2010, p. 25.29Id., p. 26.30On en dénombre une petite dizaine bordant les côtés ouest, sud et est du grand cloître. Au début de leur existence, les communautés cartusiennes comptent en moyenne douze moines.31Peut-être édifiée en grès roussard du fait de la couleur du parement.32Jean-Pierre Aniel, op. cit., p. 101.33Id., p. 101.34D'azur à la croix d'or chargée en abîme d'un trèfle de sinople. Les armoiries de la chartreuse sont en réalité « De sable à la croix d'argent chargée en abîme d'un trèfle de sinople ». D’après Denis Guillemin, directeur du Parc naturel du Perche, qui a clairement authentifié ces armoiries, cette entorse résulte vraisemblablement d’un choix esthétique pour mieux faire ressortir l’écu. Denis Guillemin a référencé plusieurs représentations connues de celles-ci, figurant seules (datées de 1655, domaine de la Revardière, Feings), brochant les armes mi-parti Perche ancien / Valois-Alençon ou écartelées avec ces mêmes armes (matrice de sceau en bronze, bouteille en verre et taque de cheminée du XVIIIème siècle, Musée Percheron, Mortagne-au-Perche). L’Armorial de la province du Perche publié par Hector de Souancé et Henri Tournoüer (1897-1903) indique qu’elles sont « D’azur à une Notre-Dame d’or », p. 113.35Racinet, op. cit., p. 20. Jean-Pierre Aniel , op. cit., p. 101. Aucune source n’a été retrouvée pour étayer cette affirmation.36Id.37Racinet donne les dimensions du grand cloître (L = 100 x la = 33 m) et de la bibliothèque (L 21 x + la 8 m), op. cit., p. 21.38Qui n’a pas été construite à l’emplacement de l’entrée médiévale mais à l’est de celle-ci, dans l’axe du grand cloître.391760 étant la date portée sur l’agrafe de l’arc central de la porterie.40Usages rapportés par l’historiographie mais trouvés dans les sources.41Des ouvrages maçonnés, seul subsiste le ponceau construit en grès.42La suppression de la domus inferior également dénommée « Courroierie » ou « Correrie », qui réunissait les logements du procureur et des convers, les ateliers et les bâtiments d’exploitation, a été prise par le Chapitre Général de l’ordre.43Albert Desvaux (abbé), op.  cit., 1905, p. 96. D’après cet auteur, la chapelle Sainte-Anne (des femmes) aurait remplacé celle de la Correrie dont il restait des vestiges au début du 20e siècle. Si aucune source n’a été retrouvée attestant la présence d’une chapelle, un édifice cultuel où se tenaient les offices pour les convers existait habituellement au sein des maisons-basses cartusiennes.44La confrontation du tableau de 1688 et de la gravure de Poilly permet de voir les zones d’extension du périmètre monastique : cour commune ou cour d’entrée (appelée ailleurs cour d’honneur) du monastère au sud, où étaient accueillis les visiteurs, verger à l’est et jardin potager à l’ouest.45Se reporter notamment à la synthèse d’Etienne Poulain, La chartreuse du Val-Dieu : un décor dispersé. In [Exposition. Caen, Musée de Normandie, 2015]. Beauté divine ! Tableaux des églises bas-normandes, 16e-20e siècles, Lyon : Lieux-Dits, 2015, p. 68-71.46L’ordre cartusien a élaboré une conception de l’hospitalité ou de l’accueil des visiteurs (qualifiés d’étrangers) qui lui est propre et qui a évolué au cours du temps en fonction de l’ancrage territorial et du contexte politique et économique. La réception des hôtes incombait au procureur. Elle a des implications concrètes sur l’organisation des bâtiments et leurs usages.47Issu d’une dynastie d’artistes, il a été formé dans l’atelier familial et du peintre Jean-Baptiste Marie Pierre. Admis à l’Académie en 1773, il obtient le titre de garde du musée du roi tout en participant à la décoration de la Maison royale.48Etienne Poulain, op. cit., p. 71.49Supposé être Jean-François Laitié, actif à la fin du règne de Louis XVI (Alphonse Maze-Sencier, Le livre des collectionneurs, Paris : Librairie Renouard, 1885, p. 238), et père du sculpteur, 1er Prix de Rome Charles-René Laitié (1782-1862).50Prieur de la chartreuse du Val-Dieu du 22 octobre 1785 à l’été 1788.51Archives départementales de l’Orne, 1 Q 1133.52Conservés aux archives départementales d’Eure-et-Loir (2 Fi 363/02) et de l’Orne (65 B 105), le premier étant préparatoire au second.53Insérées dans le mur de clôture à l’est et au nord. En 1790, le plan préparatoire au plan géométrique (Archives départementales d’Eure-et-Loir) matérialise l’emplacement d’une septième tour au nord-ouest.54Archives départementales de l’Orne, 1 Q 1133. Les informations relatives à la période révolutionnaire sont issues, sauf mention contraire, de cette cote.55Estimation s'élevant à 5 260 livres portant sur la mare des Souches, les étangs du bas de La Vigne, aux Chèvres, de la Correrie, de La Vigne, de la Bigotterie, de dom Gabriel.56Le 5 thermidor an IV (23 juillet 1796), une première soumission est faite par les citoyens Louis de Seine propriétaire demeurant à Paris et Jean Nicolas Toustain demeurant à Châlons-sur-Marne en vue d’acquérir « les domaines nationaux dépendant de l’abbaie du Valdieu consistant en terres labourables, prés, pastures, bois, moullins et générallement tout ce qui dépend dudit abbaye du Valdieu sans en rien excepter ny réserver », pour lesquels ont été versés 30 000 francs correspondant aux trois-quarts du prix de sa valeur estimée (Extrait du registre des Soumissions de Biens nationaux). D’autres adjudications concernent les terres situées dans l’enclos de la chartreuse comme par exemple les « herbes et treffles complantés dans partie de l’enclos » dont la vente est annoncée le 20 messidor an VI (8 juillet 1798), Archives départementales de l’Orne, 1 Q 1147.57Extrait du Registre des Contrats de vente passés par l’Administration du Département de l’Orne, 28 fructidor an IV : « la maison conventuelle (…) avec les cours, hospice, cellules, avec les jardins de toute espèce (…) avec quatre étangs, le 1er remply d’eau, nommé l’étang aux chèvres et l’arrivée de la ci-devant chartreuse (…), le 2ème à sec en face dudit étang aux chèvres partagé par le chemin, le 3ème derrière la chartreuse d’où on tire l’eau pour l’usage de la maison, le 4ème à sec étant à costé avec tous les petits bois, plus les plants fruitiers qui sont en dehors du 1er enclos, ainsy que le tour de l’échelle,  et la partie de terrein qui se trouve partagée par le mur du parc et un fossé, plus enfin trois arpents de bois taillis ou environ attachés à la maison pour son usage, avec une ancienne pépinière et le terrein en dépendant».58Procès-verbal de visite du 19 floréal an V (8 mai 1797).59Lettre de l’administration centrale du Département de l’Orne au ministre des Finances, 1er fructidor an V (18 août 1897) ; cf. également la lettre du citoyen Toustain aux citoyens administrateurs [du département de l’Orne], 25 thermidor an V (12 août 1797).60Lettre de l’administration municipale du canton rural de Mortagne au Département, 24 thermidor an V (11 août 1797).61Lettre des régisseurs de l’Enregistrement et du Domaine national au Ministre des finances, 13 fructidor an V (30 août 1797) ; cf. également leur lettre du 14 thermidor an V (1er août 1797) où il est dit que le citoyen Toustain « finira par réduire la propriété du Valdieu, à la seule valeur du sol ».62Lettre du Département à l’administration du canton de Mortagne, 9 prairial an V (28 mai 1797).63Lettre du commissaire du Directoire exécutif près l’administration centrale du département de l’Orne au Directeur de la régie nationale à Alençon, 28 prairial an V (16 juin 1797) ; lettre du Département au ministre des finances, 5 thermidor an V (23 juillet 1797).64Lettre du receveur de l’Enregistrement et des Domaines à Mortagne au directeur de l’Enregistrement et des Domaines, 3 fructidor an V (20 août 1797).65Lettre du citoyen Toustain aux citoyens administrateurs, 3 messidor an VI (21 juin 1798).66Extrait du Registre des Contrats de vente passés par l’Administration du Département de l’Orne, 28 fructidor an IV.67Etienne Poulain, op. cit. Cf.  L’abbé Desvaux, Le Mobilier d'art du Val-Dieu. Mortagne : impr. de Vve G. Meaux, 1901.68Lettre de la municipalité de Mortagne au Département, 7 messidor an V (25 juin 1797).69Archives départementales de l’Orne, 1 Q 1683.70Allavena, Stéphane, Champion, Alain, Pionchon, Catherine. La bibliothèque d’Alençon, Orne. Cabourg : Les Cahiers du Temps, 2006. (Itinéraire du patrimoine : 289).71Mention du contrat du 14 floréal an VII dans un courrier du sous-préfet de Mortagne au préfet du Département, 23 floréal an XIII (13 mai 1805), Archives départementales de l’Orne, 1 Q 1164.72Il s’agit d’Aimé-Charles Zacharie Elisabeth (1776-1840), 1er comte de Gontaut-Biron (1810), marquis de Saint-Blancard, chambellan de Napoléon Ier et député (1822). L’abbé Desvaux rapporte que son père Jean Armand Henri Alexandre (1746-1826), seigneur de Longny et autres lieux, avait déjà acquis des terres dépendant de l’ancien domaine monastique puis la chartreuse elle-même en 1800 « au mépris du droit de la propriété et des censures de l’Eglise ». Bien que le Concordat (1801) régularise ses acquisitions, son fils est contraint de les liquider (op.  cit., 1905, p. 97).73Contrat de vente passé par devant Me Simon Pierre Goissard, notaire à Longny, le 25 thermidor an XII (13 août 1804), minute du 13 fructidor an XII (31 août 1804), Archives départementales de l’Orne, 1 Q 1164.74A visit to the monastery of La Trappe in 1817 : with notes taken during a tour through le Perche, Normandy, Bretagne, Poitou, Anjou, Le Bocage, Touraine, Orleanois and the environs of Paris, 2e éd. London, 1818, p. 38-43. L’auteur y affirme notamment que le mur d’enceinte est entièrement conservé et qu’on peut encore voir une colonnade entourant l’ensemble formant un grand espace où est aménagé un jardin, animé de bassins et bordé d’allées, qui lui fait penser à celui du Palais Royal à Paris (p. 42).75Archives départementales de l’Orne, 3P2-160/6, section E1.76Archives départementales de l’Orne, 3P2-160/5, section D.77Jean-Pierre Aniel, op. cit., p. 102. L’auteur affirme que les bâtiments formaient un H, ce qui est inexact, si on se réfère aux plans de 1790. Il y a eu méprise avec ceux situés non loin de la Correrie au lieu-dit de La Vigne.78Recherches dans les matrices cadastrales effectuées par Florent Maillard. Cf. également l’abbé Desvaux, op. cit., p. 97.79D’après l’abbé Desvaux, les deux hauts-reliefs des saints, « presque entièrement détruit[s] par l’action du temps et du vandalisme, ont été restauré[s] en 1894 », La chartreuse du Val-Dieu. In La Normandie monumentale et pittoresque. Orne. Deuxième partie. Le Havre : Lemale & Cie, 1897, p. 194.80Plus précisément des seigneurs de Bellême « d’argent aux trois chevrons de gueules ». Albert Desvaux (abbé), op.  cit., 1905, p. 96.81Albert Desvaux (abbé), op.  cit., 1905, p. 96. D’après cet auteur, cet édifice, que des plans indiquent comme étant la pharmacie des étrangers, serait une autre chapelle dédiée à Saint-Vincent. Cette affirmation n’a pu être vérifiée dans les sources. Il semblerait logique que ce bâtiment, construit symétriquement à la chapelle des femmes, avec la même élévation, et à proximité des bâtiments d’exploitation du monastère, soit réservée aux offices des convers et des domestiques.82Ce prieur a racheté plusieurs maisons de l’Ordre dont celle du Val Dieu. Sa tentative n’a pas été consolidée dans les années qui suivirent son généralat marqué par la montée de l’anticléricalisme. Cet échec n’est peut-être pas directement imputable au décret du 29 mars 1880 ordonnant l’expulsion des congrégations religieuses non autorisées, les Chartreux et les Trappistes de certaines régions réussissant à échapper à cette décision.83La chapelle des femmes a abrité une grange et une étable (Léon de la Sicotière et Auguste Poulet-Malassis, op. cit., p. 176), tandis que le bâtiment reconstruit symétriquement au cours de la seconde moitié du 19e siècle (non mentionné dans le même ouvrage) est devenu une grange à foin. C’est à cette époque que le mur de clôture reliant les différents bâtiments de l’entrée a été réhabilité.84Vestiges enfouis et en élévation, notamment de pans de murs des bâtiments conventuels.85De grands parterres délimitent les périmètres des cours successives qui n’existent plus. Une double rangée d'arbres en alignement matérialise les ailes en retour d’équerre de la cour d’honneur.86L’une des tourelles dite aux lares est aujourd’hui la mieux préservée. Les fondations circulaires de deux autres tourelles subsistent.

Rotrou III fonde en 1170 une maison de chartreux qui, par leur labeur et leurs prières, rendront à Dieu le Val antérieurement voué au diable. Érigé au nord de la forêt de Réno, dont il reçoit une partie assortie de terres et de privilèges, le monastère est saccagé à plusieurs reprises dès la guerre de Cent Ans. Les dispositions antérieures à la reconstruction partielle de 1760 sont connues par un tableau signé et daté "de Cany" en 1688 qui fait partie d’une série de « cartes » représentant plus ou moins fidèlement l’ensemble des maisons de l’Ordre. Dans l’axe de la composition, figure la porte fortifiée dite du comte Pierre en référence à Pierre II d’Alençon qui s’y était retiré à plusieurs reprises à la fin de sa vie. Au premier plan à gauche s’alignent les compartiments réguliers de l’hortus conclusus (jardin clos), et dans leur prolongement, au-delà de la cour d’honneur, le cloître majeur dont l’organisation reflète le mode de vie semi-érémitique des Chartreux. S’y adossent les ermitages, comprenant chacun une cellule donnant sur un jardin, où les frères passent l’essentiel de leur temps, n’en sortant que pour suivre les offices. D’où l’emplacement de l’église située à la jonction du grand cloître et du cloître mineur, bordé par des espaces de vie communautaires (chapitre, réfectoire, bibliothèque). L’édifice a été reconstruit par Pierre Le Muet (1591-1661), ingénieur et architecte du roi qui a œuvré sur le chantier du château de L’Aigle et du Val-de-Grâce à Paris. En dehors de cette reconstruction et de travaux menés à la fin du 14e et au 16e siècles, mal documentés, la maison du Val-Dieu présente ici un état plausible ou projeté antérieur à la réédification du 18e siècle qui a fait table rase de quasiment tous les bâtiments.

Dès le 2e quart du 18e siècle, la chartreuse fait l’objet d’une série de travaux. Le mur d’enceinte est ainsi réédifié de même que le cloître majeur au même emplacement. Le prieur dom Aimé des Champs recourt au R. P. Miserey, architecte de la congrégation de Saint-Maur, pour envisager la reconstruction du monastère. Précédant l’église, demeurée en place comme le grand cloître, les nouveaux bâtiments conventuels – le logement des hôtes et la bibliothèque – encadrent un jardin à la française fermé au nord par la porterie, par laquelle débute la reconstruction en 1760, tandis que la basse-cour est transférée en lieu et place de l’ancien jardin, relégué plus au sud. Bâti selon un plan axial, le domaine gagne en symétrie, à l’instar des demeures classiques.

À la Révolution, le monastère est vendu comme bien national et la plupart des bâtiments disparaissent rapidement après leur démontage. Il en va de même pour le mobilier religieux disséminé dans les paroisses voisines. Les églises de Mortagne-au-Perche, Loisé, Longny-au-Perche et Bellême reçoivent la chaire, les stalles ainsi que les lambris de style Louis XV qui ornaient le chœur de l’église du Val-Dieu, celle de Champs le maître-autel en marbre de Sienne, celles de Tourouvre et de Saint-Mard-de-Réno, les chasubles et ornements. Quant aux ouvrages et lambris de l’ancienne bibliothèque, ils sont transférés à Alençon.

En 1830, le cadastre ne fait état que de la porterie et de la chapelle des femmes dite des Dames ou de Sainte-Anne, qui permettait aux femmes de suivre les offices. Reconverti en dépendance agricole, ce bâtiment a été réhabilité vers 1900. La pharmacie, ainsi nommée sur la gravure de 1769, correspond à l’ancienne chapelle Saint-Vincent initialement réservée aux frères convers et aux domestiques. Ce bâtiment a été reconstruit symétriquement à la chapelle des femmes presque conformément au plan du siècle précédent, à l’instigation de Charles-Marie Saisson, général des Chartreux (1863-1877), lors de sa tentative de rétablissement de l’Ordre au Val-Dieu. La transformation de la porterie en logement dans la seconde moitié du 19e siècle a occasionné plusieurs modifications comme le bouchage des portes charretière et piétonnes. Le ponceau maçonné enjambant un fossé en eau est un vestige de l’aménagement des jardins au 18e siècle qui permettait de passer de la cour commune à la cour régulière. Une double rangée d’arbres en alignement délimite aujourd’hui le parterre de la première cour.

En 1976, la forêt de Réno-Valdieu bénéficie d’une inscription au titre des sites, érigée au niveau du classement en 2003. Entre temps, le nouveau propriétaire des lieux obtient en 1997 l’inscription au titre des monuments historiques des façades et toitures de la porterie, de l’ancienne infirmerie des domestiques (transformé en fournil au 19e siècle) et de la chapelle des femmes, de l’assiette du jardin fortifié, avec l'ensemble des vestiges enfouis et en élévation, comprenant notamment les murs d'enceinte, les fossés et les bornes, les vestiges des tours, les murs ruinés des bâtiments conventuels, ainsi que les éléments du système hydraulique progressivement réhabilités.

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 18e siècle
  • Auteur(s)
    • Personnalité :
      Rotrou III
      Rotrou III

      Né en 1135, du comte Rotrou II le Grand (1099-1144) et de Mathilde, fille illégitime du roi Henri Ier d'Angleterre, Rotrou III est seigneur de Nogent-le-Rotrou, siège du pouvoir dynastique, et de Mortagne. Il devient le deuxième comte du Perche en 1144 au décès de son père, survenu lors du siège de Rouen. Durant sa minorité, son héritage est géré par le plus jeune fère de Louis VII, Robert Capet, second époux de sa mère, qui porte le titre de comte du Perche dans une charte de 1145. Quelques années après, à la fin des années 1140 ou au début de la décennie suivante, il épouse Mathilde (décédée en janvier 1184), fille de Thibaud IV, comte de Blois et de Chartres, et de Mathilde de Carinthie, ce qui lui permet de renforcer les liens du comté, affaibli, avec cette maison. C'est lui qui fonde en 1070 la chartreuse du Val Dieu au diocèse de Séez. En 1173-1174, il soutient Henri le Jeune puis se rallie à son père Henri II roi d'Angleterre qui lui confie des missions diplomatiques. Il participe à la troisième croisade (1187) et décède lors du siège de Saint-Jean-d'Acre en juillet 1191. Son fils Geoffrey III devient le troisième comte du perche (1191-1202).

      Sources :

      -Site internet Persée, Véronique Gazeau, Compte-rendu d'une thèse Le Perche, XIe-XIIIe siècle : Kathleen Thompson, Power and Border Lordship in Medieval France. The county of the Perche, 1000-1226, Annales de Normandie, 2005, n°1-2, p. 168-170, https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_2005_num_55_1_1525, consulté le 21 avril 2020.

      -Kathleen Thompson, Power and Border Lordship in Medieval France: The County of the Perche, 1000-1226, London : The Royal Historical Society ; Woodbridge ; Rochester, N.Y. : The Boydell Press, 2002 (Studies in History New Series, vol. 24). [https://books.google.fr]

      -Kathleen Hapgood Thompson, The Counts of the Perche, ca. 1066-1217. Th. doct. : Histoire : Université de Sheffield : 1995. [http://etheses.whiterose.ac.uk/3520/1/364231.pdf]

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    • Personnalité :
      Valois Pierre II de
      Valois Pierre II de

      Pierre de Valois, né de Charles II d'Alençon et de Marie de La Cerda, reçoit le comté d'Alençon en 1367 après sa captivité anglaise (1361-1366) pour contribuer à la libération du roi Jean II le Bon. Il épouse Marie Chamaillart, vicomtesse de Beaumont-au-Maine, en octobre 1371 après avoir guerroyé en Aquitaine. Il poursuit les combats en Bretagne aux côtés de Du Guesclin. Le roi lui accorde par lettres du 26 décembre 1377 le comté du Perche et la seigneurie d'Exmes. Méconnu de ses vassaux, il doit développer une véritable stratégie pour rallier l'aristocratie normande. Il constitue un réseau de chevaliers, d'écuyers et de lettrés parmi lesquels ils recrutent chambellans, officiers et hommes de confiance pour administrer cet apanage princier très étendu, tout en s'appuyant sur ceux qui ont administré les circonscriptions imparfaitement pacifiées en l'absence de prince. Soutenu par le roi, il dote sa principauté de plusieurs institutions (chancellerie, trésorerie, chambre des comptes, échiquier) qui connaît un âge d'or.

      D'après la tradition, Pierre II fait de fréquentes retraites à la chartreuse du Val Dieu à la fin de sa vie. Cultivant une piété mystique à l'instar de son ancêtre saint Louis, il formule le vœu de s'y faire inhumer auprès de sa fille peu avant son décès survenu à Argentan le 20 septembre 1404. Le 19 novembre 1865, le baron Cyrille Jules Patu de Saint-Vincent, membre de la Société des Antiquaires de Normandie, demande l'exhumation des restes des deux dépouilles des ruines de l'église abbatiale de la chartreuse afin de les enterrer provisoirement dans la crypte de l'église Saint-Barthélémy du Pin-la-Garenne, édifice qu'il a contribué à agrandir et embellir, en vue de les transférer en la basilique Saint-Denis. Suite au décès du baron, ce projet est resté lettre morte. Le 2 octobre 2013, les ossements sont redécouverts par Fabrice Morand, archéologue et Michel Ganivet secrétaire de l'association Pin Patrimoine et Nature. Après avoir été analysés par le laboratoire de paléopathologie de l'université de Caen, les ossements ont été reconditionnés dans un coffre en bois créé pour l'occasion et scellé par le maire Jacky Bertrand avec les rapports de fouilles puis enfouis sous l'autel de la chapelle dite des Combattants de l'église Saint-Barthélémy. La nouvelle sépulture a été inaugurée le 18 novembre 2013.

      Sources consultées le 21 avril 2020 :

      -site internet Sigilla, base numérique des sceaux conservés en France, http://www.sigilla.org/fr/sgdb/sigillant/26459

      -site internet Persée, article de Franck Mauger, L'Hôtel de Pierre de Valois, prince des Lis, comte d'Alençon (1368-1404) et du Perche (1377-1404), Annales de Normandie, 2009, n°35, p. 97-113, https://www.persee.fr/doc/annor_0570-1600_2009_hos_35_1_2533

      -blog Les amis du vieil Alençon, Jean-David Desforges, La nouvelle sépulture de Pierre II d'Alençon, 18 novembre 2017, http://les-amis-du-vieil-alencon.over-blog.com/2018/04/la-nouvelle-sepulture-de-pierre-ii-d-alencon.html

      -Abbé Louis-Joseph Fret. Promenade à la Chartreuse du Val-Dieu et à l'abbaye de la Grande-Trappe de Mortagne, ou Scènes de mœurs percheronnes, revue et annotée par l'abbe A.-P. Gaulier. La Chapelle-Montligeon : impr.-libraire Notre-Dame de Notre-Dame de Montligeon, 1897.

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    • Personnalité :
      Froger
      Froger

      Issue de l'ordre canonial de Saint-Augustin, Froger est nommé le 20 décembre 1159 par le roi Henri II d'Angleterre, dont il est l'aumônier, à la tête de l'évêché de Séez suite au refus de la candidature d'Achart d'Avranches, alors abbé de Saint-Victor de Paris. Cette nomination lui vaut, sans doute à tort, les invectives d'Arnoul de Lisieux qui dénonce, au pape Alexandre III, ses tentatives de sécularisation du chapitre cathédral, qui n'aboutira que bien plus tard en 1547, son recours au népotisme et son supposé antipapisme. Du pape Alexandre III, Froger obtient l'autorisation de créer un archidiaconé séculier dans le but implicite de renforcer sa position face au chapitre régulier à la tête duquel il a été imposé par le duc-roi. Il prend une part active au conflit opposant Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, au roi d'Angleterre. Il assiste au concile de Caen en 1182. Au cours de son épiscopat, il agit en bienfaiteur de l'hôpital Sainte-Croix de Séez et de l'abbaye de Mortemer au diocèse de Rouen. C'est dans le chœur de l'église de cette abbaye qu'il est inhumé à son décès survenu le 12 septembre 1184. A cette occasion, le Chapitre général de l'ordre cistercien ordonne la célébration de trois messes pour l'âme du défunt.

      Sources consultées le 24 avril 2020 :

      -site internet OpenEdition books, dates exactes de son épiscopat dans Marie Casset. Les Évêques aux champs, Châteaux et manoirs des évêques normands au Moyen Âge (XIe-XVe siècles). Nouvelle édition [en ligne]. Mont-Saint-Aignan : Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2007 (généré le 24 avril 2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/purh/7124>. ISBN : 9791024010700. DOI : https://doi.org/10.4000/books.purh.7124.

      -site internet Persée, René Crozet. L'épiscopat de France et l'Ordre de Cîteaux au XIIe siècle. Cahiers de Civilisation Médiévale, 1975, n°71-72, p. 263-268, https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1975_num_18_71_2012

      -Pierre Desportes, Jean-Pascal Foucher, Françoise Lodé, laurent Vallière. Fasti Ecclesiae Gallicanae. Volume 9 : Diocèse de Sées. Brepols : Turnhout, 2005.

      -site de Cairn.info, article de Grégory Combalbert, Formation et déclin d'un réseau réformateur. Hugues d'Amiens et les évêques normands, entre le pape et le duc (fin des années 1130-1164). Les Annales de Normandie, 2013, n°2, p. 3-48. https://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2013-2-page-3.htm

      -site internet Books.google, Recueil des statuts... pour le bon ordre de la discipline et de l'administration dans le Diocèse de Séez contenant une Notice abrégée sur les évêques de Séez. Sées : Jules Valin, 1844, p. XIII-XIV, https://books.google.fr/books?id=_SgPAAAAQAAJ&pg=PR1&dq=%C3%A9v%C3%AAque+de+s%C3%A9ez&hl=fr&ei=O3F-Tc-SG47q4gbOnYXsBQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CCoQ6AEwAA#v=onepage&q=froger&f=false

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    • Auteur :
      Le Muet Pierre
      Le Muet Pierre

      Pierre Le Muet naît le 7 octobre 1591 à Dijon dans une famille d'épée et de robe. Après avoir suivi une formation d'ingénieur militaire, il est nommé architecte du roi en 1616 à l'époque de la régence de Marie de Médicis. Sous la direction de l'ingénieur Pierre de Conty d'Argencourt, il assume la fonction de "conducteur des dessins des fortifications de Picardie" au titre de laquelle il participe à l'édification des places fortes. Il épouse en 1632 Marie Autissier, fille d'un maître maçon parisien. Le couple s'installe rue Dauphine. A Paris, il participe également à la construction de plusieurs édifices prestigieux tels que le Val-de-Grâce (dont il prend la conduite du chantier au décès de Jacques Lemercier en 1654), l’église des Petits-Pères et l’église Notre-Dame-des-Victoires (dès 1628) ainsi que de nombreux hôtels particuliers. "Il publie les modèles de sa Manière de bastir pour toutes sortes de personnes [1623] avant de commencer vers 1637-38 une seconde carrière d'architecte. Il participe à l'évolution rapide, technique, distributive et esthétique de la construction privée autour de 1640. Formé dans le style maniériste tardif, il développe un classicisme atticiste moins sophistiqué mais plus épuré que celui de Mansart" (Claude Mignot). En province, il ­édifie les châteaux de Luynes (Indre-et-Loire) et de L’Aigle (Orne). En Bourgogne, il supervise la transformation de l’ancienne place forte de Tanlay (Yonne) en un château de plaisance achevé vers 1650 pour le compte de son propriétaire Michel Particelli d’Émery, surintendant des finances de ­Mazarin. Il décède à Paris le 28 septembre 1669.

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    • Personnalité :
      Soucaric Jean-Baptiste
      Soucaric Jean-Baptiste

      Prieur de la chartreuse du Val Dieu de 1725 à 1755.

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    • Personnalité :
      Champs Aimé (des)
      Champs Aimé (des)

      Prieur de la chartreuse du Val Dieu de 1755 à 1780, issu de la noblesse d'après Louis Joseph Fret. Sous son priorat ont été réédifiés la majeure partie des bâtiments.

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    • Auteur :
      Miserey R. P.
      Miserey R. P.

      Moine bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, missionné par le prieur dom Aimé des Champs pour établir les plans du nouveau monastère dont la reconstruction débute en 1760.

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    • Personnalité :
      Saisson Charles-Marie
      Saisson Charles-Marie

      Général des Chartreux (1863-1877). Sa tentative de rétablir l'ordre au Val-Dieu autour de 1880 n'a pas abouti.

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Implantée au sud-est de la commune, l’ancienne chartreuse du Val-Dieu occupe une clairière en limite nord de la forêt de Réno-Valdieu et s’inscrit dans un vallon. Le domaine cartusien proprement dit, qui s'étend sur 50 hectares au sud de la porterie, était initialement clôturé par un mur d’enceinte ponctué de tours et précédé d’un fossé en eau. Il en subsiste quelques éléments, notamment la tour dite aux lares. Les bâtiments détruits ont laissé place à un vaste jardin organisé en parterres engazonnés délimités par une double rangée d'arbres en alignement. Un pont maçonné en grès enjambe un fossé mis en eau qui sépare les deux parterres correspondant aux anciennes cours commune et régulière (dite aussi cour d'honneur). Le système hydraulique comprend plusieurs étangs reliés par un ruisseau artificiel. La plupart d'entre eux ont gardé leurs contours excepté celui dénommé étang aux chèvres situé en contrebas de la porterie, au nord-est, considérablement agrandi. Subsistent également trois fontaines maçonnées en élévation. Au-delà du périmètre correspondant au grand cloître, entouré d’une ceinture sylvestre, s’étendent des herbages, des champs et des bois.

Les bâtiments conservés s'élèvent de part et d'autre de la porterie (1760) qui en constitue l'élément majeur établi au nord. L’ancienne porterie, transformée en habitation dans la seconde moitié du 19e siècle, se démarque, avec la chapelle des femmes, par la qualité de mise en œuvre de ses matériaux. La sobriété de l’élévation, alliant le calcaire et la brique, est rehaussée par un enduit au clou et un décor sculpté raffiné qui surmonte les portes anciennement charretière et piétonnes représentant la Vierge à l’Enfant, saint Bruno fondateur de l’ordre des chartreux et saint Jean-Baptiste patron de la vie érémitique. Elle est cantonnée de deux corps de bâtiment plus bas traités en moellons enduits avec des encadrements en brique, qui étaient dévolus à la buanderie et à l’aumônerie. Implantée perpendiculairement à l’ouest de la porterie, la chapelle des femmes ou Sainte-Anne se compose d'un vaisseau unique bâti sur un plan allongé terminé au sud par un abside circulaire. Comme pour la porterie, la brique y est largement employée pour former les encadrements des six baies, également réparties sur les faces est et ouest, la corniche et le bandeau en continuité des linteaux et appuis. L’enduit plein couvrant les murs en moellons de silex et de roussard contraste avec les teintes chaudes de la brique. Cet ensemble architectural présente, au-delà du caractère rustique de son gros œuvre, un certain raffinement propre au 18e siècle. Afin de restaurer une certaine unité, les bâtiments plus récents (logement de l'actuel régisseur reconstruit à l'emplacement de l'ancienne pharmacie à l'est de la porterie, logement aménagé dans l'ancienne infirmerie des domestiques située au sud-ouest de la porterie dans un angle du mur d’enceinte, remise bâtie sur les vestiges des anciennes écuries et remises, et toit à porcs sis à l'est en retrait de la porterie) ont été reconstruits au cours de la seconde moitié du 19e siècle dans des matériaux sensiblement identiques : murs enduits à pierre vue et brique plus rouge voire brune dite flammée. Le motif de bandeau a quant à lui été abandonné. Les toits présentent des formes diverses, à longs pans et en croupe, arrondie pour la chapelle des dames et le logement du régisseur. Seule l'ancienne porterie est couverte en ardoise, la couverture des autres bâtiments étant en tuile plate.

  • Murs
    • brique
    • calcaire pierre de taille
    • calcaire moellon enduit
    • grès pierre de taille
  • Toits
    ardoise, tuile plate
  • Plans
    plan rectangulaire régulier, jardin régulier
  • Étages
    1 étage carré
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
    • lambris de couvrement
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à plusieurs pans croupe
    • toit à longs pans croupe ronde
    • appentis
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant
  • Jardins
    massif d'arbres, bois de jardin, parterre de gazon
  • État de conservation
    bon état, restauré
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • Vierge à l'Enfant
    • saint Jean-baptiste
    • moine
  • Précision représentations

    La Vierge à l'Enfant surmonte l'ancienne porte charretière, tandis que saint Bruno fondateur de l'ordre des Chartreux et saint Jean-Baptiste, patron de la vie érémitique surmontent les anciennes portes piétonnes.

  • Mesures
  • Statut de la propriété
    propriété privée, L'actuel propriétaire M. Etienne Bréton a acquis le site en 1997.
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    bâtiment conventuel, chapelle, jardin, étang, site archéologique, borne, fossé de clôture de jardin, enceinte
  • Sites de protection
    site inscrit, parc naturel régional
  • Protections
    inscrit MH partiellement, 1997/12/18
  • Précisions sur la protection

    inscription par arrêté du 18 décembre 1997 : Façades et toitures de la porterie, de l'ancienne pharmacie et de la chapelle des Dames (cad. E 64) ; assiette du jardin fortifié, avec l'ensemble des vestiges enfouis et en élévation, comprenant notamment : les murs d'enceinte, les fossés et les bornes, les vestiges des tours, les murs ruinés des bâtiments conventuels, ainsi que les éléments du système hydraulique (cad. E 64 à 66, lieudit Le Valdieu, 67, lieudit Grande Cour, 68, lieudit Les Fontaines, 69, lieudit Les Fosses, 70, lieudit Grande Pièce du Valdieu, 102, lieudit Etangs du Bas de la Ligne).

    Site inscrit par arrêté du 8 janvier 1976 : 5 870 hectares comprenant le massif forestier de 2 000 hectares (dont 1 600 hectares de forêt domaniale) et ses abords qui s'étend de Boissy-Maugis au sud à la commune de Feings au nord, de la vallée de Villette à l'ouest à celle de la Commeauche à l'est. 9 communes dont celle de Feings sont concernées par cette protection. En juillet 2003, une mesure de classement intervient sur la quasi-totalité du site. Seules 25 enclaves autour de hameaux et de villages sont exclues du classement. En avril 2006, la forêt domaniale ainsi que les vallées de la Commeauche et de la Jambée sont désignées en zone Natura 2000 au titre de la Directive Oiseaux. Elles intègrent la Zone de Protection Spéciale « Forêts et étangs du Perche » qui s’étend sur près de 48 000 hectares sur les départements de l’Orne et de l’Eure-et-Loir.

    Sources consultées le 23 avril 2020 :

    -Site internet POP Culture, https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA61000004

    -site internet de la DREAL, http://www.donnees.normandie.developpement-durable.gouv.fr/pdf/SITES/61091f.pdf

  • Référence MH