Longtemps localisé par les historiens dans le périmètre de Vatteville-la-Rue, l’ancien palais des rois francs, a vraisemblablement réoccupé aux 6e et 7e siècles après J-C, le site de la villa de la mosaïque, située au cœur de l’actuelle forêt domaniale de Brotonne. Après la chute de l’Empire romain d’Occident, Clovis (roi des Francs, 481-511) conquiert une bonne partie de la Gaule. Son fils Clotaire Ier (498-561), devenu roi de Soissons après sa mort, s’allie en 532 à son frère Childebert Ier pour ravir le royaume d’Orléans à ses neveux. La légende d’Arelaune évoque le miracle qui mit fin à cette lutte fratricide grâce à l’intercession de leur mère Clotilde auprès de Saint-Martin-de-Tours. Le saint aurait exaucé la reine en envoyant une tempête de grêle et de pierres qui interrompit le massacre. En 537, Clotaire, à son tour pourchassé par ses frères Childebert et Théodobert, vint se réfugier dans la forêt de Brotonne avant de parvenir à réunifier le royaume franc vers 550. La forêt d’Arelaune servit à nouveau de refuge à son petit-fils Clotaire II (584-629), vaincu à Dormelles vers 600 par ses cousins Théodoric II et Théodobert. Celui-ci réunifia à son tour la Neustrie, l’Austrasie et la Burgondie. Le palais d’Arelaune devint alors l’un des trois palais des rois francs, résidence des rois de Neustrie et des maires du Palais.
"Le site de la villa de la mosaïque, déjà connu par des textes médiévaux, est mentionné pour la première fois en 1837 par Léon Fallue. L’auteur le décrit comme « Le plus grand établissement dela forêt de Brotonne » auquel plusieurs villae sont accolées à l’Est. La conservation est excellente : 80 cm d’élévation en moyenne, très étendu (15 ha) et au milieu d’un environnement forestier. La première campagne de fouille sur la villa de la mosaïque a eu lieu en 1838 sous l’autorité de R. Charlier. À cette occasion, de nombreuses découvertes ont été faites, en particulier la fameuse mosaïque dite « d’Orphée » conservée au musée des Antiquités de Rouen. Une seconde campagne de fouille en 1843 découvrit de nombreuses tesselles de mosaïques et fragments d’enduits peints, mais aussi une quantité importante de fragments de verre à vitre et de luxueuses verreries (coupe et vases).
À l’occasion des fouilles conduites en 1976 et 1978, M.-C. Lequoy a réalisé un relevé microtopographique de la villa. Elle constate alors que celle-ci se divise en une pars urbana et une pars rustica, de 550 m de long sur 150 m de large, ce qui en fait l’une des plus grandes villae de Gaule. En 1987, un sondage sur la villa a été réalisé. Il a révélé quatre phases successives qui s’échelonnent entre le début du Ier siècle après J.‑C. et le dans le courant du 4e siècle.
La principale avancée de ces dernières années concernant la villa de la mosaïque est sans conteste le relevé LiDAR. Cela a permis de montrer que cette villa était la plus grande de la boucle de Brotonne puisqu’elle s’étend sur 1 600 m de long et 180 m de large." (Christophe Petit, 2022).
Chercheuse associée au Parc naturel des Boucles de la Seine Normande depuis 2014, en charge de l'inventaire du patrimoine bâti et des éléments de paysage associés.