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les maisons et les fermes de la commune de Feings

Dossier IA61001469 réalisé en 2019

Fiche

Parmi les 129 bâtiments repérés (97 fermes et 32 maisons), huit ont été sélectionnés pour l’étude (soit six fermes et deux maisons) ; un dossier d’ensemble regroupe deux fermes et le site d’une ancienne tuilerie (détruite).

Repères historiques :

Sur l’ensemble des maisons, seules quatre se situent au cœur du village, la plupart (24) se trouvant dans des hameaux de dimensions moyennes tandis que huit sont isolées. Une seule maison, correspondant à une partie de l’ancienne grange dîmière du village convertie en logement, est antérieure à la Révolution et pourrait dater dans son état actuel du 17e siècle. Plusieurs maisons de hameau ont été édifiées au 18e siècle, six au Bois Brosse et une à Mémoussu datent de 1791. 24 maisons sont postérieures à la Révolution, dont huit ont été construites à la fin du 19e siècle ou au début du siècle suivant. Aux 18e et 19e siècles, période de relative prospérité, plusieurs maisons et fermes sont bâties ou rebâties, soit près de 25 édifices. Il a été observé que la plupart des constructions présentent des agrandissements et des modifications contemporaines : agrandissement des ouvertures, réfection des charpentes, adjonction de nouvelles dépendances, etc.

Alignement de maisons, lieu-dit du Bois Brosse.Alignement de maisons, lieu-dit du Bois Brosse.

A l’exception de celle du centre du village, les fermes se situent en écart. Cette dernière, autrefois nommée la Grande Ferme de Feings qui a, selon l’abbé Fret, remplacé un château médiéval, possède quelques vestiges significatifs du 17e siècle (voir dossier sur le village). De même, quatre autres fermes remontent en partie à cette même période, Sauveloup, La Revardière, Le Grand Boulay et La Huberderie. Elles forment le corpus le plus ancien du bâti du territoire communal. 22 fermes datent du 18e siècle et 71 du 19e siècle ou du début du 20e siècle, soit près des trois quarts des édifices repérés.

Ferme dite du bourg, chef-lieu de la commune de Feings.Ferme dite du bourg, chef-lieu de la commune de Feings.

Plusieurs dates, chronogrammes portés sur l’œuvre ou mentionnés dans des matrices cadastrales, attestant de constructions ou de remaniements ont été relevées : 1626, 1639, 1652, 1654, 1655, 1702, 1757, 1760, 1791, 1835, 1851, 1852, 1853, 1854, 1855, 1856, 1861, 1863, 1864, 1870, 1871, 1872, 1876, 1878, 1884, 1885, 1887 (2 fois), 1888, 1889, 1901 (2 fois), 1913, 1922, 1926, 1947, 1956.

Au sein d'un plateau anciennement bocager, à dominante céréalière depuis les années 1980, l´habitat se trouve dispersé sur l´ensemble du territoire communal, à l’exclusion de sa frange sud-est occupée par la forêt de Réno-Valdieu. La commune compte une cinquantaine de lieux-dits dont quelques fermes et moulins isolés et bon nombre de hameaux dont les plus importants sont La Brosse, L’Hôtel Gage, Le Plessis, La Sauvagère et La Souricière.

Commanditaires :

Sous l’Ancien Régime, période d’intense construction de fermes et maisons, le territoire paroissial vit dans la zone d’influence de la Chartreuse du Val-Dieu. Le monastère possède à lui seul une trentaine de fermes uniquement à Feings. Les moines sont très vraisemblablement à l’initiative de la construction ou de la reconstruction de nombreuses fermes, dont ils sont les décimateurs aux 17e et 18e siècles. Consécutivement à la nationalisation des biens monastiques à la Révolution, d’importants domaines agricoles se constituent au 19e siècle notamment à Launay, à La Revardière et à La Huberderie. L’élevage essentiellement bovin, motivé par une demande importante des villes et rendu possible par des pâtures viables, a contribué à l’enrichissement de familles rurales tels les Dangereux, Guimond, Goblet, Lelarge, Leroy et Moreuil. Durant cette période, le bâti lié aux activités agricoles connaît de nombreuses modifications voire des reconstructions qui affectent autant les logis que les dépendances agricoles des fermes.

Structure et composition d´ensemble :

Parmi les 97 fermes repérées, seules quatre comprennent un logis indépendant non attenant aux dépendances agricoles comme à Bellevue, à La Brosse et à La Barbinière. Six fermes disposent d’un logis secondaire réservé aux grands-parents ou aux ouvriers agricoles. Près des deux tiers des fermes, soit 62 unités, sont de type « bloc à terre » simple, un bâtiment abritant sous un même toit le logis et les dépendances. La laiterie est souvent placée à l’arrière du bâtiment, en façade nord, et la voûte du four se situe généralement sous un appentis contre le pignon et accolé au toit à porcs. Le reste des fermes adopte un plan plus complexe comprenant plusieurs bâtiments. 26 fermes possèdent un plan en « L », une disposition relativement courante dans le secteur : le bâtiment principal - ou le corps de bâtiment principal, dans le cas d’un bâtiment unique en « L » - abrite - sous un même toit ou dans des corps de bâtiments juxtaposés dont les volumes peuvent varier - le logis, le cellier, l’écurie, l’étable et le toit à porcs. Perpendiculaire au premier, le second bâtiment ou corps de bâtiment secondaire sert de remise ou de grange. Un pigeonnier, formé de deux ou quatre trous de boulin et d’une ou deux planches d’envol, en occupe parfois le comble. Cette configuration s’observe notamment à Sauveloup, à L’Hôtel Gage et à La Houssaye. Deux fermes disposent de deux bâtiments positionnés en vis-à-vis comme à La Mare aux Bœufs et à La Souricière. Six fermes comptent trois ou quatre bâtiments disposés en « U » ou en « O », au Breuil, à Launay et aux Moulineaux, créant au centre une cour ouverte.

Ferme, hameau du Breuil.Ferme, hameau du Breuil.

Le logis des fermes est majoritairement en rez-de-chaussée (75), plus rarement surélevé (14). Dans des secteurs très localisés marqués par un relief plus ou moins pentu, les élévations compensent les dénivelés par un étage de soubassement ou un rez-de-chaussée surélevé, voire par l’ajout d’un escalier extérieur. Tel est le cas à La Souricière et aux Moulineaux. Le logis peut également être surmonté d’un comble à surcroît constaté sur neuf logis. Treize disposent d’un étage carré notamment à Châtillon, au Pont, au Rouvray et à la Métairie.

Escalier extérieur donnant accès au logis en rez-de-chaussée surélevé, hameau La Souricière.Escalier extérieur donnant accès au logis en rez-de-chaussée surélevé, hameau La Souricière. Ferme avec logis en rez-de-chaussée surmonté d'un comble à surcroît, lieu-dit de L'Hôtel Gage.Ferme avec logis en rez-de-chaussée surmonté d'un comble à surcroît, lieu-dit de L'Hôtel Gage. Dépendance, hameau de L'Hôtel Gage.Dépendance, hameau de L'Hôtel Gage.

Concernant les maisons, il en a été relevé dix en rez-de-chaussée surmonté d’un étage carré, soit 30 % du corpus. Quatre d’entre elles se situent au sein du village chef-lieu et disposent d’un petit commerce au rez-de-chaussée surmonté d'un étage à usage d’habitation, excepté la maréchalerie où l’atelier est attenant au logis. En écart, de nombreuses maisons d’artisans ont été repérées. Elles reflètent le développement de l’artisanat lié au travail du chanvre (filotiers, tisserands) et, lorsqu’elles se situent en lisière de forêt, à celui de l’exploitation du bois (bucherons, fendeurs, scieurs de long, charbonniers anciennement appelés « cuiseurs de charbon ») ou de son artisanat (charpentiers, sabotiers, etc.). C’est le cas notamment au Bois Brosse, à La Guincendière et au Bourgneuf.

Maison à boutique et atelier de maréchalerie, chef-lieu de la commune de Feings.Maison à boutique et atelier de maréchalerie, chef-lieu de la commune de Feings.

Granges dîmières :

Quatre grandes fermes qui dépendaient de la Chartreuse du Val-Dieu – Le Grand Boulay, La Huberderie, La Revardière et Sauveloup – conservent chacune une imposante grange aux dîmes, servant à engranger les récoltes destinées au monastère. A l’exception de celle du Grand Boulay, les trois autres granges sont datées du second quart ou du milieu du 17e siècle (1626, 1652, 1655). Ces granges qui abritaient aussi une cave - cellier ou une étable - présentent une volumétrie similaire ainsi que des charpentes façonnées sur un même modèle (fermes à poinçon long et sous-faîtière). Les espaces intérieurs présentent des vestiges de subdivision servant à séparer les denrées de natures différentes ou les diverses affectations : bardeaux de chênes à La Revardière et Sauveloup, pan de bois pour cloisonner l’espace intérieur d’une ferme à Sauveloup.

Grange de la ferme, lieu-dit du Grand Boulay.Grange de la ferme, lieu-dit du Grand Boulay. Grange, lieu-dit de La Revardière.Grange, lieu-dit de La Revardière. Grange, lieu-dit de La Huberderie.Grange, lieu-dit de La Huberderie. Grange, lieu-dit de Sauveloup.Grange, lieu-dit de Sauveloup.

Charpente de grange, lieu-dit de La Revardière.Charpente de grange, lieu-dit de La Revardière. Charpente de grange, lieu-dit de La Huberderie.Charpente de grange, lieu-dit de La Huberderie. Charpente de grange, lieu-dit de Sauveloup.Charpente de grange, lieu-dit de Sauveloup.

Matériaux et mises en œuvre :

Le calcaire extrait localement est largement employé dans les constructions. Il est mis en œuvre dans les maçonneries, uniquement sous forme de moellons. Les encadrements des baies, les chaînages d´angle, les corniches et les jambes harpées sont souvent en pierre de taille. Pour les bâtiments les plus anciens, la partie basse des chaînages d’angle et des portes, exposé aux remontées d’humidité, est en roussard, un grès ferrugineux très dur, et parfois en grison, un poudingue ou ciment ferrugineux renfermant des silex. Dans une large partie orientale, en bordure de forêt, le silex du sous-sol est employé sous forme de moellons montés au mortier de terre comme à La Bigotière. La brique, produite localement à La Tuilerie Crochet et au Pont (sites de production détruits) mais aussi dans les communes limitrophes au nord, est largement employée dès le 19e siècle dans les encadrements des baies, les chaînages d’angle, les corniches et les souches de cheminée. De même, des bandeaux en brique séparent souvent les différents niveaux d’élévation ou marquent le changement de matériaux entre le soubassement en silex et la mise en œuvre du reste de l’élévation en moellons de calcaire.

Un matériau, caractéristique des territoires aux sous-sols pauvres en pierre de construction, est utilisé ici de manière exceptionnelle : le pan de bois. Trois exemples subsistent sous forme de vestiges, à La Barbinière, ou en élévation, au Moulin de la Vigne (grange de la seconde moitié du 19e siècle) et au Haut Marchais (logis de ferme du 18e siècle). Ces deux exemples associent une structure porteuse sur poteaux de bois à un remplissage en moellons de silex ou de calcaire, la grange ayant été rehaussée tardivement d’un niveau exempt de maçonnerie. Ce type de mise en œuvre était très certainement plus répandu par le passé et a progressivement été délaissé au profit de la maçonnerie en pierre.

Hameau de La Brosse : exemple de mise en oeuvre du calcaire.Hameau de La Brosse : exemple de mise en oeuvre du calcaire. Ferme, hameau de L'Hôtel Gage : exemple de mise en oeuvre en moellons de silex avec encadrements de baies, chaînages d'angle, bandeaux, corniche et souche de cheminée en brique.Ferme, hameau de L'Hôtel Gage : exemple de mise en oeuvre en moellons de silex avec encadrements de baies, chaînages d'angle, bandeaux, corniche et souche de cheminée en brique. Logis de ferme, lieu-dit du Haut Marchais : exemple de structure porteuse en poteaux de bois avec remplissage en maçonnerie.Logis de ferme, lieu-dit du Haut Marchais : exemple de structure porteuse en poteaux de bois avec remplissage en maçonnerie. Grange en pan de bois, Moulin de la Vigne.Grange en pan de bois, Moulin de la Vigne.

Les murs sont traditionnellement couverts d'un enduit plein à base de chaux aérienne et de sable local donnant une palette de couleur variant du jaune à l’ocre. Si l'enduit à pierre vue est encore prisé aujourd'hui, il se révèle inadapté pour protéger efficacement le calcaire, friable et gélif.

Couvertures :

Les toits des maisons et des fermes sont généralement à longs pans et plus rarement à croupes, observées notamment à La Sauvagère, au chef-lieu de la commune, à La Revardière, au Pont, au Bignon et à Rouvray. Les couvertures sont majoritairement en tuile plate cuite, à l’instar des briques, dans deux tuileries de Feings ou celles des communes voisines septentrionales. Des tuiles déposées portent parfois des inscriptions au revers, voire des dates. Celles qui ont été retrouvées à la ferme de Sauveloup apportent des informations sur la commande et l’identité des commanditaires :

"Le onzième jour d’octobre j’ai livré encore cinq cent de brique et un cent de grand pavé pour Don procureur à Crochet par le fermier de la [...] Magdeleine et du même jour ils nous ont livré trois cent de fagot avec quatre" et "Mémoire de la tuile de la dernière fournée premièrement douze cent [...] à la potrie plus sept cent à la Tannerie tout cela point payé"

Certains bâtiments agricoles sont couverts en tuile mécanique (Culoisé, Le Tertre). Comme la brique, l’usage de l’ardoise se généralise à partir de 1850 au village et sur quelques fermes et maisons rurales en écart (Le Pont, La Chapelière, Launay, L’Arche, La Guée et La Terrine).

Revers des deux tuiles déposées de la ferme de Sauveloup : inscription.Revers des deux tuiles déposées de la ferme de Sauveloup : inscription.

Conclusion :

L´architecture rurale de Feings a connu de nombreux remaniements au cours des siècles suite à l´évolution des modes d'habiter et à la mécanisation de l'agriculture. La diversité du bâti de la commune, tant au niveau des activités qui l’ont fait naître que des matériaux de construction, reflète une activité agricole modeste, souvent exercée en complément d’un artisanat lié au travail du chanvre et à l’exploitation de la forêt. L'abondance des reconstructions, des remaniements et des extensions de dépendances agricoles témoigne cependant du développement de l'agriculture qui connaît son apogée entre le milieu du 19e siècle et le premier quart du 20e siècle.

Le Bignon, La Brosse, La Chapelière, L’Hôtel Gage, La Huberderie, Le Grand Boulay, Moulineaux, Mémoussu, Le Pont, La Revardière, La Sauvagère, Sauveloup et le chef-lieu communal conservent les éléments les plus significatifs du bâti rural de la commune.

Aires d'étudesParc naturel régional du Perche
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Feings
Période(s)Principale : Temps modernes
Principale : Epoque contemporaine
Décompte des œuvresrepérées 129

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Orne. 3 P 3-160/1 à 3 P 3-160/7. Matrices cadastrales de la commune de Feings.

Documents figurés
  • AD Orne. 3 P 2-160/1 à 3 P 2-160/12. Plans cadastraux de 1830 de la commune de Feings.

  • AD Orne. 3 P 5-160/1. Tableau d’assemblage du cadastre de 1830 de la commune de Feings, dressé par M. Bénard, géomètre du cadastre.

Bibliographie
  • FISCHER, Roger. Les maisons paysannes du Perche. Paris : Eyrolles, Maisons paysannes de France, 1994.

  • RACINET, A. Histoire du Val-Dieu. Bellême : imprimerie de E. Giroux, 1883, 30 p. (Gallica)

(c) Région Normandie - Inventaire général (c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Parc naturel régional du Perche (c) Parc naturel régional du Perche - Maillard Florent
Maillard Florent

Chercheur associé au Parc naturel régional du Perche depuis 2011, en charge de l'architecture rurale du PNR.


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