Logo ={0} - Retour à l'accueil

église paroissiale Saint-Germain et Saint-Protais

Dossier IA61001470 réalisé en 2019

Fiche

Vocablessaint Germain, saint Protais
Dénominationséglise paroissiale
Aire d'étude et cantonParc naturel régional du Perche
AdresseCommune : Feings
Lieu-dit : Le Bourg
Cadastre : 1830 G 187 ; 2019 ZM 60

La paroisse de Saint-Gervais et Saint-Protais est citée dans le cartulaire du prieuré Saint-Denis de Nogent dès la fin du 11e siècle, époque probable de sa fondation par le seigneur Gervais de Feings. Ce sont les seigneurs de Feings qui nomment à la cure de la paroisse.

Construite au 11e ou au 12e siècle, la nef est précédée d’un portail roman et est éclairée de baies de même style qui ont parfois été obturées. D'après les sources antérieures à son effondrement au 18e siècle et à l'abbé Desvaux, l'édifice comprenait une tour-clocher romane, contrefortée et surmontée d'une flèche en maçonnerie, positionnée à l'angle nord-est de la nef. Dans le prolongement de la nef, le chœur résulte d’une campagne de construction plus récente (17e siècle). S’y trouve un maître-autel en pierre daté 1638. Lors d'une visite à Feings en 1702, l'évêque de Sées constate la ruine de la tour-clocher et ordonne sa réparation. Faute d'accord entre les paroissiens, le curé et les moines chartreux du Val-Dieu se concertent pour savoir s'il faut la restaurer ou la reconstruire. Faute d’intervention rapide, la tour s'effondre en 1716, endommageant une grande partie du chœur. S'ensuit une bataille juridique à l'issue de laquelle un arrêté est pris en 1723 par le parlement de Paris ordonnant aux paroissiens et aux moines de faire les travaux sous peine d'amende. La nouvelle tour-clocher est finalement érigée en 1742 à l'ouest de l'édifice, à l'emplacement d'un ancien chapitrel, et le chœur est restauré à la même époque. Deux cadrans solaires ornent les murs du chœur : le plus ancien, daté 1637 à l'angle nord-est, le plus récent au sud daté 1741 et surmonté d'une devise latine "FORSITAN ULTIMA VITAE" (Et si c'était ta dernière [vie] ?). Implantée à l'arrière du chœur, la sacristie date également du 18e siècle.

A la Révolution, le curé est arrêté et l'église transformée en temple de la Raison. Des travaux d'entretien sont signalés au 19e siècle : réfection de la couverture, du couvrement et du pavage. Les vitraux, datés de 1923, sont l’œuvre de l'atelier Lorin. Certains portent les noms des donateurs : Arthur Meunier, Pierre Goblet, famille Moreuil, Armand Guimond.

Période(s)Principale : 11e siècle, 12e siècle , (?)
Principale : 17e siècle
Principale : 2e quart 18e siècle
Dates1637, porte la date
1638, porte la date
1742, daté par source
1741, porte la date

De plan allongé, l'église se situe au carrefour des routes départementales 5 et 281. Elle comprend une nef, précédée à l'ouest d'une tour-clocher de plan carré et prolongée à l'est d'un chœur et d’une sacristie. L'accès principal se fait à l'ouest par une porte en plein cintre de la tour-clocher qui protège le portail roman. En plein cintre et ornée de dents de scie et de chevrons, il est encadrée de colonnettes à chapiteaux sculptés. Des vestiges de baies romanes sont encore visibles dans la nef aujourd'hui éclairée par trois baies en plein cintre au nord et deux baies en plein cintre et une baie en arc brisé à remplage gothique au sud. Percée sous la baie sud-est, une porte permet d’accéder à la nef tandis qu'un œil-de-bœuf au sud-ouest éclaire les fonds baptismaux. Quatre baies éclairent le chœur, deux au nord et deux au sud, tandis qu'une porte actuellement bouchée en permettait l'accès au sud depuis l'extérieur. A l'intérieur, la tour-clocher possède une voûte en arc-de-cloître percée en son centre et sur un côté (accès au niveau supérieur et à la chambre des cloches). La nef et le chœur possèdent une fausse-voûte lambrissée en berceau dont la charpente est partiellement visible (entraits et poinçons des fermes principales). De style classique, le maître-autel est encadré de deux portes donnant sur la sacristie et surmontées des statues des saints patrons.

Les murs sont en pierre de taille calcaire (tour-clocher) ou en moellons de calcaire, de silex et de grès roussard couverts d'un enduit. Les encadrements des baies et les chaînages d'angle sont pour l'essentiel en pierre de taille calcaire et plus rarement en pierre de taille de grès roussard). Les toits à longs pans sont couverts en tuile plate, à l'exception de la tour-clocher couverte d'un toit en pavillon en ardoise.

Murscalcaire moellon enduit
silex moellon enduit
grès moellon enduit
calcaire pierre de taille
Toittuile plate, ardoise
Plansplan allongé
Couvrementsfausse voûte en berceau plein-cintre
Couverturestoit à longs pans
toit en pavillon
Escaliers

État de conservationbon état

Construction hétérogène, l'église paroissiale Saint-Gervais et Saint-Protais conserve notamment son portail roman du 11e ou du 12e siècle, ainsi que son chœur du 17e siècle et une tour-clocher de 1742. Ces éléments d'architecture tout comme l'histoire bien documentée de l'effondrement de sa tour romane, en font un édifice de premier ordre à l'échelle communale.

Statut de la propriétépropriété publique
Intérêt de l'œuvreà signaler
Protections

Annexes

  • L’histoire de l’église et de la paroisse Saint-Gervais et Saint-Protais

    Extrait de : LÊ VÀN HÁO. Feings – Structures et problèmes d’un village français – Essai d’ethnosociologie. p. 39-43

    […] B – L’histoire de l’église et de la paroisse Saint-Gervais et Saint-Protais

    L’église de Feings, particulièrement modernisée à la fin du XVIIIe siècle, laisse voir des traces extrêmement antiques : des murailles, d’étoites fenêtres en meurtrière, un cadran solaire, des contreforts ; elle conserve surtout un curieux portail de style roman très frustre daté du XIe ou du XIIe siècle et exécuté dans la pierre tendre du pays maintenant fort avariée. Au XVe siècle, alors qu’un certain Jacques d’Illiers, fils ou neveu d’un compagnon de Jeanne d’Arc, était curé de Feings, l’église posséda une tour romane surmontée d’une flèche en pierre qui devait être remarquable, en tout cas unique dans la région (1). En 1702, l’évêque de Sées visitant Feings et constant la ruine de cette tour, ordonna sa réparation. De grandes dissensions ont lieu alors dans la paroisse car on ne sait s’il faut restaurer ou refaire une nouvelle tour. Le curé excuse ses ouilles auprès de l’évêque, malgré leur mauvaise volonté et leur mentalité chicanière, et lui demande des subventions. En 1716, on discute encore les moyens d’agir quand une brusque bourrasque d’avril fait ébranler la flècle puis fait s’écraser et s’effondrer la tour dans le chœur. Paroissiens et moines veulent obliger le nouveau curé ainsi que son prédécesseur (en retraite) de réparer la tour à leur frais (1). En 1723, un arrêt du parlement ordonne aux manants et aux religieux du Val-Dieu de faire les travaux sous peine d’amende (2). Les travaux s’exécutent alors, mais avec tant de mauvaise volonté que 20 ans plus tard, le nouvel évêque de Sées, visitant à son tour l’église, menace que si tout n’est pas prêt et terminé à la Pentecôte prochaine, le lieu du culte serait interdit et le service paroissial transféré à Villiers-sous-Mortagne. Cette fois, on se met sérieusement à l’œuvre, le chœur se termine tant bien que mal et en avant du portail s’élève la tour actuelle massive et dénuée de tout cachet. Au cours de la 2ème moitié du XVIIIe siècle, les archidiacres inspectant l’église et la paroisse constatent régulièrement l’état délabré des objets liturgiques (livres et vêtements), ainsi que des arcades et du pavage de la nef, le retard des comptes financiers dont les déficits s’accumulent. Le curé, Julien Tison, servant à Feings depuis 1751 est « un bon vieillard d’une charité inépuisable », mais réduit à la plus extrême pauvreté puisqu’il n’a pas les moyens de s’acheter une culotte (3), les pauvres absorbant tous ses revenus. Les communiants de la paroisse (au-dessus de 13 ans) atteignent le chiffre de 500 personnes. (4)

    La Révolution vient déchaîner soudain les haines religieuses les plus inattendues. En 1789, le curé Tison refuse de prêter serment sur la Constitution civile du Clergé ; la municipalité le renvoie et accepte un curé assermenté, Pierre Lin, également maire de Feings. L’ancien curé a dès lors tout le village contre lui. Un bon nombre d’habitants « composé en partie de ceux qui lui doivent reconnaissance, l’enlèvent de force de son presbytère et le garde à vue dans une chaumière. De là, ils le conduisent à Mortagne, le promène à travers la ville sur un âne, le dos tourné vers la tête de l’animal, l’obligeant à tenir d’une main la queue de l’animal et de l’autre un paquet d’oribus allumé. La promenade terminée ils le conduisent en prison ». (2 et 4)

    Après Pierre Lin, c’est le tour de Noël Avenel, autre prêtre assermenté. C’est, nous l’avons vu, le personnage qui dirige pratiquement toutes les affaires civiles et religieuses de Feings de 1792 à 1795. Son ardeur révolutionnaire se heurte cependant à l’opposition d’une fraction du village restée fidèle au catholicisme. Une fois, alors qu’il organise dans l’église une réunion des officiers municipaux et de quelques notables pour délibérer sur les bancs à laisser dans l’église ou à restituer à chacun des paroissiens qui les avaient faits, un attroupement de jeunes gens vient troubler l’assemblée et jette et brise une grande partie des bancs qu’ils mettent hors de l’église. (5)

    Après le départ de Noël Avenel, Feings accepte encore deux autres curés assermentés jusqu’à ce que le concordat, en 1803, les fasse remplacer : l’abbé Mare, ancien curé réfractaire, devient desservant, rétablit le Conseil de Fabrique et reprend en main l’évangélisation. Vers 1804, un vicaire général inspectant Feings note que la paroisse « a 768 âmes… des chemins très difficiles, des cultivateurs dont la plupart n’ont qu’un esprit d’intérêt et de chicane ; une demi-douzaine d’illuminés qui n’assistent point à la messe, que deux tiers seulement des habitants ont pascalisé ». (6)

    En 1803, le curé note que les édifices religieux (église et presbytère) représentent « l’image parfaite de la dévastation » : ils attendront encore pourtant près d’un demi-siècle pour être convenablement restaurés. En 1833-34 a lieu le premier conflit entre le maire et le curé qui porte sur la question de l’appartenance des biens ecclésiastiques. La municipalité invoque la sécularisation de 1789 et veut bâtir une école sur l’emplacement de la grange du presbytère, la cure, elle, et le conseil de fabrique déclarent nulles et non avenues les mesures anti-religieuses prises pendant la Révolution. Le préfêt le Ministre des Cultes donnent raison, en dernière instance, au curé et interdisent l’extraction de la grange presbytérale.

    En 1858, l’église de Feings « à la connaissance et à l’aveu de tous, est la plus dépourvue et la plus dénuée, même sous le rapport du nécessaire » et le presbytère devient inhabitable. La cure et la municipalité s’entendent alors pour vendre une partie des dépendances du presbytère en vue d’obtenir les fonds nécessaires aux réparations. En 1865, le maire Leroy, soutenu par la presque totalité du conseil municipal, accuse le curé d’avoir employé les fonds aux réparations non urgentes, et s’oppose à la construction de la maison du sacristain. L’évêque donne raison au curé et le préfet invite la maire à la réconciliation. « Les circonstances sont trop graves pour votre commune menacée de perdre son prêtre si elle entend s’exposer aux conséquences de la lutte engagée avec l’autorité épiscopale. » (7) La maison du sacristain est bâtie, mais la lutte entre le curé soutenu par une partie du village et le maire appuyé par l’autre partie tourne en calomnies, injures et violences. Le curé est rappelé en 1871 et pendant deux ans le service religieux est assuré par le maire d’Autheuil qui s’oppose, lui aussi, à la municipalité de Feings de toutes ses forces. Mais déjà les dispositions laïques du gouvernement de la IIIe République achèvent de réduire l’influence du clergé das le domaine social et de l’obliger au silence. L’État fait afficher dans toutes le communes la condamnation prononcée par le Conseil d’État contre Mgr l’évêque de Sées qui avait traité de scélérate la loi de mars 1882 sur l’enseignement primaire et cette condamnation est restée affichée à Feings.

    En 1900, à l’occasion de la mort d’un des membres de la Fabrique, le curé fait allusion à « la fonction délicate et difficile » que doivent remplir ces laïcs en ces temps difficiles pour sauvegarder les droits de l’Église face à l’hostilité de l’État. En 1904, le curé note que « la persécution s’accentue de plus en plus : suppression de la liberté d’enseignement, enlèvement du crucifix dans les tribunaux, enlèvement aux curés bineurs (8) de la jouissance du presbytère avec leurs dépendances de paroisses de binage. Décidément ils sont enragés… » (9)

    En 1906, c’est en vain que le curé proteste contre l’inventaire de l’église : acceptant la condamnation du Pape sur la loi de Séparation, il sait que l’inventaire « prélude à une prochaine confiscation » et affirme que « les objets que renferme l’église appartiennent aux catholiques de Feings ». En 1906 également, soit cent ans après sa nouvelle fondation, le conseil de Fabrique est dissous non sans avoir protesté contre cet « acte de main mise, entre autres, de la part de qui que ce soit sur les biens de l’Église doublement sacrés et par leur origine et par leur destination. » (9)Désormais, le curé doit payer à la municipalité un loyer pour être admis à loger au presbytère. En 1920, la cure de Feings est supprimée et la paroisse entre en binage avec celle de Villiers-sous-Mortagne où réside le curé. En 1948, la municipalité refuse d’accrder au curé une salle du presbytère – qui est louée à des particulier – pour y faire le catéchisme ; la demande n’est agréée qu’en 1952, par 7 voix contre 4 au conseil municipal, avec la remarque que « le fait de donner au curé une salle du presbytère est une faveur et non une obligation motivée par quelque texte législatif. » (10) […]

    (1) D’après Abbé Desvaux. Bull. de la société hist. et arch. de l’Orne, XXIV, 1905

    (2) D’après les archives épiscopales

    (3) Compte-rendu de visites d’archidiacres de 1672 à 1784 (manuscrit communiqué par l’abbé Flamant).

    (4) Libéré en 1801 il voulait revenir à Feings, mais meurt épuisé par les souffrances et privations. Il a alors 83 ans et compté parmi les martyrs de la Révolution (archives épiscopales).

    (5) Archives communales

    (6) Archives épiscopales ; on note la chute soudaine du nombre de communiants : à Pâques 100 % à la veille de la Révolution, 66 % au lendemain du Concordat.

    (7) Archives départementales

    (8) Curé bineur, paroisse de binage : expressions signifiant qu’un seul curé doit s’occuper du ministère de deux paroisses à la fois.

    (9) Archives paroissiales

    (10) Archives communales

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Orne. H 2641. Procédure entre les chartreux unis aux habitants de Feings contre le curé de Feings et son prédécesseur à cause des réparations à faire au chœur, au chancel et à la tour de l’église de Feings – devis de ces réparations (1726).

  • AD Orne. E dépôt 200/39. Délibération des habitants sur la construction de la tour de l’église de Feings (le 8 mai 1735).

  • AD Orne. E dépôt 200/40. Eglise paroissiale et presbytère de Feings.

  • AD Orne. O 603. Eglise de Feings (1864-1933).

  • AD Orne. V 244. Fabrique de Feings (1817-1875).

Bibliographie
  • AUBRY, Jean. Feings et le Val-Dieu – Regards sur le passé… monographie communale. (s.l.) : (s.d.), 1982.

  • AUBERT, J. (abbé). Les églises de l'Orne et leurs oeuvres d'art. Lyon : Presses de Lescuyer, 1977.

  • VÀN HÁO, Lê. Feings – Structures et problèmes d’un village français – Essai d’ethnosociologie. Th. doct. : Lettres et Sciences Humaines : Paris 4 : 1961.

Périodiques
  • SIGURET, Philippe. Trésors des églises du canton de Mortagne. Cahiers percherons, 1964, n°23.

(c) Région Normandie - Inventaire général (c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Parc naturel régional du Perche (c) Parc naturel régional du Perche - Maillard Florent
Maillard Florent

Chercheur associé au Parc naturel régional du Perche depuis 2011, en charge de l'architecture rurale du PNR.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.