Il s'agit du célèbre vitrail dit de la bataille navale La description ci-après émane d'un technicien de la marine : Monsieur André Giret, membre de L’Académie de Marine. Nous lui laissons donc la parole.
Cette verrière, datée de 1523, rappelle le souvenir d'un combat naval dans lequel deux navires de guerre d'inégales dimensions s'attaquent corps à corps.
Le plus petit est au premier plan et le plus grand ressemble à une caraque. Sur ces deux bâtiments, les voiles sont ferlées.
Au loin, à gauche, on aperçoit un troisième navire, peint en vert et rempli de combattants. Les trois navires ont la proue tournée vers la gauche et aucun d'eux ne possède de gouvernail. Les ponts des deux navires sont remplis de combattants, ainsi que les trois hunes du plus grand. Nous en avons compté au moins trente - Tous ces guerriers sont armés de sabres, de piques et de lances. Vêtus de costumes blancs ils ont la tête recouverte d'un casque argenté avec un ornement doré.
Le combat est engagé et l'on se bat furieusement. Le petit navire n'a qu‘un mât et il est tellement incliné qu’il semble choir sur le pont. On y remarque un château d'avant et un château d’arrière. On ne saurait dire s'il a ou non un beaupré. A notre avis, il semble être un navire à marche rapide et armé fortement.
Une puissante artillerie y est embarquée. Entre la proue et les haubans, trois canons avec bouches se voient sur la coque bâbord avant. Vers l’arrière, quatre autres canons montrent leurs bouches. Sortant des sabords de la dunette d’arrière, on aperçoit trois canons à plus faible calibre. II doit y avoir autant de pièces sur le côté tribord. Alors il doit y avoir quatorze gros canons et six petits.
Au sommet du mât flotte une flamme jaune, à l'aigle bicéphale : c’étaient les armes de Charles Quint. En outre, sur le château d'avant figurent cinq écussons. Trois sont à un lion rampant de sable sur champ de « gueules » et deux sont : « à la croix de Saint André ». Ces boucliers au lion de sable évoquent les Flamands. II y avait donc de Flamands au service de Charles Quint.
On est donc en présence d'un navire espagnol monté par un équipage mi Flamand, mi Espagnol. Le grand navire - II a trois mâts : misaine, grand mât et artimon. La hune de misaine est pleine de soldats armés de dards qui étaient des sortes de flèches. Chaque mât porte une vergue avec sa voile ferlée et l'on en voit les haubans, spécialement ceux du mât d’artimon.
En fait d’artillerie, on n’aperçoit que les quatre canons placés sur le gaillard arrière et un cinquième à l'entrepont. Au sommet de chacun des mâts flottent des pavillons. Sur la misaine et le grand mât une flamme rouge. Sur le mât d'artimon une banderole de « gueules » avec une croix latine d’argent ce qui est un pavillon français.
Divers guerriers soutiennent d'une main un bouclier et de I ’autre, brandissent une épée. Divers écussons décorent le navire. Nous avons là certainement un navire Normand. Près du gaillard d'arrière se tient un personnage revêtu du collier de Saint Michel. C'est sans doute l’amiral de France Guillaume Gouffier, sieur de Bonnivet. On a dû rappeler ainsi que les pilotes d'Ango faisaient la course avec l'autorisation de l'amiral.
Le vice-amiral de cette époque était Guy on Le Roy, seigneur du Chillou. II fut capitaine de Honfleur et devait devenir l’arrière-grand-père du Cardinal de Richelieu.
Ce magnifique vitrail de l’église de Villequier rappelle l'un des nombreux combats soutenus par les pilotes du fameux armateur de Dieppe : Jean Ango. Lorsque I ’Espagnol Cortez, en 1521, conquis le Mexique,
il y recueillir beaucoup de trésors. II en chargea sur des galions qui furent envoyés en Espagne. Aussi nos corsaires normands tentèrent-ils de chercher à s‘emparer de ces trésors, car il y avait la guerre avec Charles Quint qui était maitre d'une partie de L'Europe Occidentale.
Un des pilotes d'Ango, Jean Fleury, attaqua souvent ces galions Espagnols dans le parage des Açores. Et c‘est l'une de ces attaques que représente sans doute le vénérable vitrail de 1523.
Ce Jean Fleury était, ci croit-on, originaire de Vatteville et le port où il armait ses navires était Honfleur.
II est vraisemblable que les donateurs du vitrail étaient des compagnons de Fleury quand il courait les mers à la recherche des trésors du Mexique.
II faut remarquer que le grand navire du vitrail porte à la poulaine une salamandre et ne serait-ce pas le nom du bâtiment ?
S’il en sert ainsi, ce navire serait bien au Dieppois Jean Ango, car on possède des actes où il figure, spécialement une déclaration passée en 1526 devant l'amirauté de Harfleur.
Au-dessous de ces navires se trouve l'inscription suivante : L'an mil V XXIII Jeha Busquet de l'eau marini(er) (a) donne la moy tie de cest(e) verrière et Jacques Puault Pobr.rt Bu(s)quet et Jehan Breton le Jeune ont donne I'aultre moytie priez Dieu pour eux Pater Noster Ave Maria
Au bas du vitrail, on a peint trois saints : sainte Barbe, saint Eustache, saint Jean- Baptiste. Sainte Barbe était la patronne des charpentiers - des artilleurs et pyrotechniciens : le dépôt de munition des navires s‘appelait, la Sainte Barbe et sa corporation était importante à cause des chantiers de constructions navales qui existaient alors à Villequier.
Ce magnifique vitrail a été réparé en 1859 par les descendants des familles Busquet et Lebreton. Les Busquet étaient propriétaires du fief de la « Maison Blanche ».
Chercheuse, spécialité vitrail. Membre de la cellule vitrail de la sous-direction de l'Inventaire, Co-auteure de plusieurs ouvrages du Corpus Vitrearum consacrés au recensement des vitraux anciens de la France.