Dossier d’œuvre objet IM14006261 | Réalisé par
Billat Hélène (Contributeur)
Billat Hélène

Chercheuse à l'inventaire général du patrimoine culturel de Basse-Normandie puis de Normandie depuis 2013 : architecture civile et religieuse, patrimoine rural, objets mobiliers civils et religieux étudiés dans le cadre d'inventaires topographiques et ponctuels. Suivi scientifique de l'étude du patrimoine bâti du Parc naturel régional du Perche.

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  • opération ponctuelle, Abbaye aux Dames de Caen
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Normandie - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Caen - Caen-6
  • Commune Caen
  • Adresse place Reinte-Mathilde
  • Emplacement dans l'édifice Aile ouest des anciens bâtiments conventuels, 1er étage, bureau du Président

Initié dès son enfance par un père cheminot pratiquant la peinture, Leonardo Cremonini se forme à l’Académie des Beaux-Arts de Bologne puis à celle de Brera à Milan avant de s’installer à Venise en 1950. Il s’installe définitivement à Paris l’année suivante où il participe, aux côtés de Francis Bacon, Balthus et Victor Brauner, au renouveau de la peinture figurative. Marqué par le courant expressionniste dans les années 50, Cremonini « adoucit les effets expressionnistes de sa manière » durant la décennie suivante pour évoquer subtilement les rapports qu’entretiennent les figures avec leur environnement matériel au travers de scènes d’intérieur, créant un univers intimiste singulier. C’est à cette période que se rattache le tableau intitulé Attraverso lo specchio (A travers le miroir) daté du 6 juin 1963. C’est également durant ces années que l’artiste effectue de nombreux séjours à Trouville, où il peut méditer à loisir sur le temps qui passe.

Abondamment référencé dans de nombreux catalogues d’exposition, ce tableau est considéré comme une œuvre majeure de l’artiste, en ce qu’elle renouvelle avec brio le thème de la figure contemplant son reflet, cher au répertoire des Vanités du Grand Siècle, tout en s’inscrivant dans la grande tradition littéraire italienne du réalisme onirique par la représentation de nombreux détails de la vie quotidienne issus de l’environnement même du peintre. C’est en quelque sorte une quintessence de vanitas que donne à voir cette allégorie enracinée dans la réalité concrète d’une scène familière qui nous conduit, par le traitement sophistiqué de la matière picturale, de l’autre côté du miroir, dans l’univers obsessionnel du subconscient.

Aplats de couleurs contrastées, coulures et glacis bruts, contenus dans le cadre vaguement Modern Style d’un meuble, composent ici une réalité à fleur de peau. Les couleurs raffinées bavent ou s’étalent l’une sur l’autre comme pour mieux brouiller les frontières du réel. Le cadrage photographique vient renforcer cette inquiétante étrangeté mise en mots par Michel Butor, ami du peintre : « Miroirs dans les tableaux, mais non tableaux-miroirs, plutôt des écrans où se projetteraient des ombres, non s’imprimeraient, et pas seulement des ombres, des odeurs aussi ; ou bien le miroir que l’on approche de sa bouche, lorsqu’on se demande si ce corps est mort ou encore vivant – quand il se réveillera, il ne verra ses traits qu’à travers le brouillard qui prouvait leur mobilité. » (Les parenthèses de l’été, 1969).

"A travers le miroir" est considéré comme une œuvre majeure et rare de la période réaliste onirique du peintre.

Le tableau a été acquis par la Région Basse-Normandie en 1999 auprès de Madame Giovanna Madonia pour un montant de 280 000 francs (42 686 euros). Il devait l'être initialement par le Musée des beaux-arts de Caen, avec l'aide de la Société des Amis du musée, en vue d'enrichir le versant italien de ses collections. La commission du Fonds régional d'acquisition des musées (FRAM) n'avait pu obtenir l'avis favorable du Comité national artistique des musées classés et contrôlés, qui avait jugé l'œuvre trop académique. Longtemps déposé dans les réserves du musée des beaux-arts, qui a assuré sa bonne conservation, le tableau a réintégré les bâtiments de la Région Normandie au début de l'année 2022. Après avoir été exposé dans le hall de la présidence, il a été accroché dans le bureau même du Président.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 20e siècle , porte la date
  • Dates
    • 1963, porte la date
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Cremonini Leonardo
      Cremonini Leonardo

      Leonardo Cremonini est né à Bologne en 1925. Formé à l'Académie des beaux-arts de Bologne puis de Brera (Milan), il s'établit à Paris où il organise sa première exposition personnelle en 1951. A ses débuts, il produit des œuvres marquées par l'expressionnisme : Taureaux ouverts (1953), Chevaux féroces (1955), L'Homme et la bête (1957-1958). Il se montre déjà également ouvert au surréalisme, notamment dans la représentation de figures monumentales (Articulations végétales, 1958-1959). Cette dernière tendance se confirme dans les années 1960-1964, où sa peinture devient plus intériorisée : A travers le miroir (1963), Vertiges (1964), Réveil à l'hôtel (1963-1964). Les scènes du quotidien, en apparence banales, constituent ses thèmes de prédilection. Elles sont traversées par les obsessions angoissantes du subconscient, conférant à ses compositions une dimension onirique. La récurrence d'objets ou de lieux familiers brouille les limites entre l'univers réel et l'imaginaire. L'utilisation d'une palette subtile instaure un contraste saisissant entre le cadre raffiné, extérieur ou intérieur, et l'iconographie violente ou crue. A partir de 1964, Cremonini trouve son inspiration sur des lieux de villégiature très fréquentés durant les vacances estivales, qu'il passe souvent à Trouville (Calvados) : Au-delà du jeu (1964-1966), Parenthèses de l'été (1965-1966). Il ancre son art dans la figuration : Wagon de nuit (1966), représentation de scènes de jeux d'enfants. Vers 1975, il évoque les espaces intérieur et extérieur réunis (Courants d'air, 1975), et les contraintes (Les libertés au carré, 1975-1976 ; Passage protégé, 1975-1976). A la fin de la décennie 70, apparaissent les œuvres désarticulées et rythmées : Les fragments du corps aimé (1977-1978), Passe-partout du visible (1977-1978).

      Brillant coloriste, Cremonini est l'observateur d'une réalité objective, apparemment anodine, où le spectateur est invité "à rechercher dans l'espace pictural les traces de quelque chose qui se situe dans un ailleurs" , au-delà des faux-semblants d'un monde illusoire, comme "en sursis au seuil d'une rupture de nature indéterminée, qui nous introduit dans une dimension tragique" (Françoise Parouty-David). A ce titre, il appartient au mouvement de la Nouvelle figuration qui jette un regard critique sur la société de consommation et son imaginaire collectif. Ces dernières toiles s'emplissent de scènes mystérieuses et de dépouillement où l'ordre établi chavire, emporté par les artifices de la peinture. Ruptures des plans et des perspectives, omniprésence de la couleur, sensuelle et organique, dissipent les repères visuels habituels pour créer un monde énigmatique.

      Cremonini s'est lié à de nombreux artistes, tels Francis Bacon, Balthus, Roberto Matta, Karl Plattner, Zao Wou-Ki, ainsi qu’à des figures du monde littéraire, qui lui ont consacré d’importants écrits, comme Louis Althusser, Michel Butor, Dino Buzzati, Italo Calvino, Régis Debray, Umberto Eco ou Alberto Moravia. Son œuvre a fait l'objet de plusieurs rétrospectives à travers le monde et se trouve exposée dans une quarantaine de musées en Europe et aux États-Unis.

      Sources consultées en 2024 :

      -Dossier documentaire du musée des beaux-arts de Caen.

      -Michel Laclotte (dir.). Petit Larousse de la Peinture. Paris : Librairie Larousse, 1979, p. 402.

      -[Exposition. Grenoble, Musée des beaux-arts, 1983]. Cremonini : douze ans de peintures, 1970-1982. Grenoble : Musée de Grenoble, 1983.

      -RUBIN, William, ALTHUSSER, Louis, EMMANUEL, Pierre et al. Cremonini : peintures 1953-1987. Genève : Skira, 1987.

      -[Exposition. Biron, Château ; Ribérac, Collégiale Notre-Dame, 1996]. Cremonini. Périgueux : Conseil Général de Dordogne, 1996.

      -[Exposition. Monaco, Salle d'exposition du quai Antoine 1er, 2000]. Cremonini : une rétrospective 1950-2000. Monaco : Direction régionale des affaires culturelles, Milan : Electa, 2000.

      -Françoise Parouty-David. La rhétorique de la tension chez Léonardo Crémonini. Figure de l'attente et figure de l'aguet dans l'énoncé visuel. In: Langages, 34ᵉ année, n°137, 2000. Sémiotique du discours et tensions rhétoriques, sous la direction de Jean-François Bordron et Jacques Fontanille. pp. 87-101. DOI : https://doi.org/10.3406/lgge.2000.1786 ; www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_2000_num_34_137_1786

      -Entretien avec Leonardo Cremonini. Nuances, n°30, automne 2002.

      -Leonardo Cremonini, 1999-2006. La Gazette Drouot, n°15, 14 avril 2006.

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      peintre signature

Dépourvue de cadre, la toile est tendue sur un châssis à clés en bois à deux traverses. La couche picturale est composée de peinture à l'huile et de glacis bruts. Elle est appliquée par taches et coulures.

  • Catégories
    peinture
  • Structures
    • support, rectangulaire horizontal
  • Matériaux
    • toile, support peinture à l'huile
  • Mesures
    • h : 104 centimètre (sans le cadre)
    • la : 73 centimètre (sans le cadre)
  • Iconographies
    • miroir, allégorie
    • corps dévêtu, de trois-quarts, dégradé, effet de couleur, reflet, figure
  • Précision représentations

    Une femme est représentée debout de trois-quarts, jusqu'aux cuisses. Une robe couvre partiellement son corps dénudé au-dessus de la poitrine. Sa main gauche porte à hauteur de son visage un miroir qui ressemble à la coupe axiale d'un cerveau humain. Cet objet masque le visage de la femme qui se reflète d'une manière évanescente dans le miroir ovale Modern Style devant lequel est se tient. La composition est structurée par les horizontales et verticales du mobilier sombre, tandis qu'un chambranle aux couleurs chatoyantes introduit à senestre le regard du spectateur dans cet univers aux reflets inquiétants.

  • Inscriptions & marques
    • date, peint, sur l'oeuvre
    • inscription concernant l'iconographie, peint, sur l'oeuvre, italien
    • inscription concernant l'auteur, peint, sur l'oeuvre
  • Précision inscriptions

    Daté en bas à senestre en rouge sur la face : "6. 6. 63".

    Date peinte en noir sur le support, au revers : "6. 6. 63"

    Nom et titre (en italien) de l'œuvre peints en noir sur les travers du châssis au revers.

    Chiffres peints en noir sur les montants et les traverses du châssis au revers : 63, 4, 42 (sur étiquette).

  • État de conservation
    • bon état
  • Statut de la propriété
    propriété de la région
  • Intérêt de l'œuvre
    À signaler

Documents d'archives

  • Musée des Beaux-Arts Caen. Dossier documentaire : correspondance relative à l'achat du tableau, 1995-1999.

    Musée des Beaux-Arts, Caen

Bibliographie

  • LACLOTTE, Michel (dir.). Petit Larousse de la Peinture. Paris : Librairie Larousse, 1979.

    Musée des Beaux-Arts, Caen
    p. 402.
  • RUBIN, William, ALTHUSSER, Louis, EMMANUEL, Pierre et al. Cremonini : peintures 1953-1987. Genève : Skira, 1987.

    Musée des Beaux-Arts, Caen
    n°69, p. 95.
Date(s) d'enquête : 2021; Date(s) de rédaction : 2021
(c) Région Normandie - Inventaire général
Billat Hélène
Billat Hélène

Chercheuse à l'inventaire général du patrimoine culturel de Basse-Normandie puis de Normandie depuis 2013 : architecture civile et religieuse, patrimoine rural, objets mobiliers civils et religieux étudiés dans le cadre d'inventaires topographiques et ponctuels. Suivi scientifique de l'étude du patrimoine bâti du Parc naturel régional du Perche.

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