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lnventaire général du patrimoine culturel de Normandie

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Lumière sur

hôtel particulier dit hôtel de Guise, puis préfecture et hôtel de département, actuellement préfecture

Conçu pour un particulier au XVIIe siècle puis modelé au siècle suivant par les intendants, l’hôtel de la Préfecture de l’Orne est aujourd’hui encore remarqué et admiré pour ses façades en brique et pierre, atypiques dans le paysage architectural alençonnais : il s'agit en effet du seul exemple alençonnais du style dit Louis XIII. La singularité du parti constructif – logis entre cour et jardin, bichromie des façades, haut pavillon central abritant l’escalier – dut être très remarquée dans la ville au moment de sa création, vers 1630-1640. Cependant, l’édifice s’inscrit parfaitement dans la lignée des châteaux édifiés en Normandie dans la première moitié du XVIIe siècle, tels celui de Balleroy, réalisé par François Mansart à partir de 1631, ou encore celui de Beaumesnil (1633-1640). L’originalité de cet ensemble dans le paysage architectural d’Alençon contribua de tout temps à attiser les convoitises et explique la présence d’illustres locataires dans ses murs.

D'Elisabeth d’Orléans à l’intendant Jullien, les agrandissements de l’hôtel ont toujours été réalisés avec les matériaux initiaux et la polychromie des façades fut respectée. D’ailleurs, lors de l’édification du "pavillon neuf", l’intendant demanda que ce dernier soit "totalement semblable au mur de face de l’ancien bâtiment pour ne faire qu’une même décoration". Pourtant, la disposition des adjonctions et l’emploi des matériaux étaient alors désuets et loin de s’adapter à l’esthétique néo-classique naissante. Cette volonté d’uniformiser nouvelles et anciennes constructions est un phénomène rare en cette seconde moitié du XVIIIe siècle. Toutefois, au premier coup d’œil, cet ensemble peut apparaître hétérogène par la différence de traitement entre le logis en brique et pierre et l’aile de service en moellon enduit. Cette opposition correspond à la hiérarchie des fonctions entre les deux bâtiments. En revanche, les deux pavillons d’entrée actuellement enduits devaient à l’origine être revêtus d’un parement de brique ou d’une peinture en fausse-coupe de brique en harmonie avec le corps de Le corps de logis. Détail : pavillon central. Vue prise du sud.Le corps de logis. Détail : pavillon central. Vue prise du sud.logis.

L’hôtel Fromont

Désirant exprimer dans la pierre son statut social, Charles Fromont, sieur de la Besnardière et de Mieuxcé, receveur des tailles en l’élection d’Alençon, maître de forges, engage dans les années 1630 la construction d'une demeure dans le faubourg Saint-Blaise. Construite hors les murs, elle se développait sur une superficie importante et bénéficiait d’un vaste jardin, affirmant ainsi la fortune et le pouvoir de son occupant. L'édifice se composait alors d’un bâtiment précédé d’une cour d’honneur et relié par de hauts murs à deux pavillons d’entrée, l’ensemble étant sans doute complété de communs. Le logis, noyau originel de l’édifice actuel, comprenait un pavillon central à trois niveaux flanqué de deux ailes plus basses à trois travées de baies. Par son parti architectural et la polychromie de ses façades, l’hôtel Fromont peut être rapproché de certains grands châteaux édifiés au même moment dans la campagne normande, tels Balleroy (Calvados) ou Beaumesnil (Eure). Le maître d’œuvre reste inconnu, mais il faut signaler qu’aux 16e et 17e siècles Alençon était un foyer artistique important et que, par leurs activités de maîtres de forge, les Fromont étaient en relation avec la famille des Gabriel, architectes d’Argentan.

Pierre Fromont, fils du commanditaire, céda l'hôtel aux religieuses de la Visitation le 20 mai 1673. Il se compose alors d"un grand corps de logis construict de brique et de Hertré en forme de pavillon composé de trois salles entre lesquelles est le grand escalier, deux cuisines, une grande cour et deux offices soubz lesd. salles, cinq chambres, une autre en galetas, deux cabinetz, greniers dessus, une cour devant lad. maison, une escurie au bout, jardins enclos derrière".

L’hôtel de Guise

En 1667, à l'occasion de son mariage avec le duc de Guise, Elisabeth d’Orléans reçoit du roi Louis XIV, son cousin, le duché d’Alençon. Frappée successivement par la mort de son époux en 1671, puis celle de son fils en 1675, elle décide de s’éloigner de la cour et entre solennellement dans la ville d’Alençon le 11 septembre 1676. Préférant l’hôtel Fromont au château des ducs, déjà fort délabré, elle use de son droit de retrait féodal pour exproprier les religieuses de la Visitation. Dès 1677, elle fait augmenter le corps de logis principal de deux travées de baies vers l’ouest. Six ans plus tard, elle étend la basse-cour à l’est par plusieurs acquisitions et y fait élever un nouveau bâtiment. Une orangerie, détruite au 19e siècle, complétait cet ensemble au nord. Par testament du 18 mars 1695, la duchesse de Guise et d’Alençon lègue sa résidence et son mobilier à l’Hôtel-Dieu. A son décès, en 1696, une difficile et longue bataille de succession s'engage entre ses ayants droit et l'hôpital, dont l’enjeu fut principalement l’hôtel. Au terme de 53 ans de procédures, un arrêt du Conseil d’Etat du 17 février 1749 rattache tous les biens de la princesse à la Couronne.

L'hôtel de l’Intendance

Depuis la création de la généralité d’Alençon en mai 1636, la cité ducale accueillait des intendants envoyés et commissionnés par le roi pour se charger, en son nom, des missions de justice, police et finance. Dès le XVIIe siècle, ces derniers semblent avoir convoité l’hôtel Fromont. Intendant de 1671 à 1676, Michel Colbert l’occupa à partir de 1673. Les visitandines, qui venaient d’acquérir l’édifice, ne purent l’en chasser et il n’en partit qu’à l’arrivée d’Elisabeth d’Orléans en 1676. L’administration de la généralité profita certainement de la succession problématique de la duchesse pour réinvestir les lieux au plus tard en 1713 : elle occupera l’hôtel jusqu’à la Révolution. Lorsque l’hôtel de Guise revint à la Couronne en 1749, Louis François Lallemant de Levignen, intendant de 1726 à 1766, proposa au roi d’en faire cession à la communauté des habitants de la ville contre l’obligation de l’affecter “à perpétuité aux intendants de la généralité”.

Officiellement locataire du bâtiment par arrêt du Conseil d’Etat du 6 avril 1751, il engagea alors jusqu’en 1755 de nombreuses et longues réparations financées par les principales villes de la généralité, notamment la réfection des couvertures. Quand le dernier intendant, Antoine Jean Baptiste Alexandre Jullien, s’installa dans son hôtel en 1766, il décida de l’agrandir, considérant que “le peu d’appartement qui s’y trouve est mal distribué et dans un mauvais estat [...] Il est indispensable d’y faire de grandes réparations, une nouvelle distribution et d’y construire un pavillon neuf dans lequel on pourra disposer un appartement complet à donner dans l’occasion, un salon d’assemblée, une salle à manger convenable et un appartement pour Madame l’Intendante”. Ce “pavillon neuf” fut construit de 1767 à 1772 par Louis Alexandre de Cessart, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de la généralité, à l’extrémité orientale du corps de logis principal, en retour sur la cour d’honneur. Réalisé dans le même style que le bâtiment originel, il regroupait au rez-de-chaussée les pièces nécessaires aux fonctions de l’intendant – notamment son cabinet de travail et celui de son secrétaire particulier, ainsi qu’un salon d’assemblée – tandis qu’à l’étage se déployaient les pièces de réception et un des appartements privés. Les combles du bâtiment des écuries furent aménagés en salles d’archives et en bureaux pour les secrétaires et les commis de l’Intendance. Peu de temps après l’achèvement de ces travaux, Jullien commanda une seconde campagne d’agrandissement. De Cessart mit au point le projet avec son confrère Boesnier qui lui succéda dans la réalisation des travaux. Les cuisines, auparavant installées dans les sous-sols du corps de logis primitif, furent aménagées dès 1774 au rez-de-chaussée du pavillon d’entrée est. Afin d’assurer la liaison entre les appartements et les cuisines, un corps de bâtiment abritant un escalier et des pièces de service fut élevé à l’est de la cour d’honneur entre le “pavillon neuf” et le pavillon d’entrée. Une chapelle, rappelant l’essence de la Monarchie de droit divin, fut alors intégrée à la nouvelle distribution. Accolé au “pavillon neuf”, un pavillon plus modeste fut également bâti sur le jardin afin que “Madame l’Intendante” puisse disposer au premier étage du petit salon qui manquait à l’ordonnance complète de son appartement. En 1776, l’hôtel de l’Intendance avait acquis la silhouette architecturale qui est toujours celle de la Porte d'entrée sur cour.Porte d'entrée sur cour.Préfecture de l’Orne.

L'hôtel de la préfecture

Lorsque fut créé le corps préfectoral le 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), la grande majorité des préfets s’installèrent dans les anciens hôtels de l’Intendance des généralités. Avec celles de Besançon, de Châlons-sur-Marne, de Dijon ou de Montpellier, la résidence des intendants d’Alençon comptait parmi les plus fameuses. Aussi, lorsque se posa la question de trouver un lieu pour établir l’administration du département de l’Orne, le Conseil municipal d’Alençon répondit d’une même voix en 1790 que “l’hôtel de l’Intendance est le plus superbe hôtel de la province entière, tant par la magnificence de la bâtisse que […] par les plus vastes jardins qu’en font partie ”. En 11800, l’administration préfectorale s'y installa à son tour. Le baron Lamagdelaine, premier préfet de l’Orne, engagea la réhabilitation de l’hôtel sans modification sensible du parti hérité des intendants. Il se contenta d’ouvrir les bâtiments sur la rue en remplaçant, en 1810, le mur de clôture par une grille. Dès lors, seules des modifications d’ordre technique (chauffage, gaz, électricité) furent apportées à la résidence. En revanche, les bâtiments des communs et des écuries furent totalement remaniés pour accueillir l’administration préfectorale et celle du département. L’importance architecturale de l’hôtel de la Préfecture de l’Orne fut reconnue par un classement parmi les Monuments historiques en 1903.

Servant d'écrin aux Salle à manger de l'hôtel de la préfecture.Salle à manger de l'hôtel de la préfecture.pièces de réception, l'étage (salon, salle à manger) de ce nouveau bâtiment accueillait également les appartements privés de “Madame l’Intendante”, tandis que le rez-de-chaussée était réservé à l’intendant et à ses collaborateurs (salon d’audience, cabinet, secrétariat, archives). Le salon, réalisé vers 1770 par Fixon, menuisier parisien, constitue le plus ancien témoignage d’un décor néoclassique en Basse-Normandie. La salle à manger, conçue dès l’origine pour les réceptions, est ornée d'un décor de coquilles et de vases.

Deux ans après l'achèvement de cette construction, Jullien fit élever, sur les plans de l’ingénieur de Cessart, une aile pour relier le nouveau bâtiment au pavillon d’entrée, dans lequel il fit aménager les cuisines, aujourd’hui Anciennes cuisines.Anciennes cuisines.“salle des gardes”. Un escalier permettait désormais d'assurer une liaison de service entre les cuisines et les salles de réception. Le premier étage de la nouvelle aile était réservé aux pièces d’office. Une chapelle complétait cette nouvelle distribution.

L’Hôtel de la Préfecture et du Département

En mars 1800, le baron Lamadgelaine, premier préfet de l’Orne, s’installa dans cet hôtel devenu propriété du Département. Le remplacement du haut mur de clôture sur la rue par une grille en 1810 permit désormais de contempler la plus belle et la plus originale des résidences alençonnaises.

La résidence ne connut plus ensuite de modification majeure. Les extensions des XIXe et XXe siècles, ont été nécessitées par le développement des services administratifs, dans la cour des écuries à l’ouest et dans la basse-cour, à l’est.

Le vaste jardin à la française attesté au XVIIIe siècle était composé, dans la perspective du bâtiment, d’un parterre de verdure terminé par un saut de loup, d’un potager en contrebas à l'ouest et d'un rond-point de verdure à l'est. Il fut redessiné au début du XIXe siècle en jardin à l'anglaise, agrémenté de fontaines et de sculptures.

Depuis 1800, Conseil général et Préfecture se partagent l'usage de l'hôtel de Guise, édifice symbole de la continuité de l’Administration.

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